Rencontres du Grand Roissy: les propositions du Préfet Canépa pour la gouvernance

Le préfet Daniel Canépa s'est beaucoup impliqué pour "Roissy"

Le maire de Roissy-en-France, A. Toulouse n’a pas caché son plaisir (teinté de prudence, tout de même)  dans son discours d’accueil. Il a passé tout de suite la parole au préfet de Région, Daniel Canépa, à l’origine de ces Rencontres.  Vous lirez avec intérêt l‘intégralité de son discours ici, et en voici l’essentiel:

– sans le nommer directement, il a cité les phrases du discours de Roissy ( juin 2007) du président de la République qui lient le développement de Paris et de sa région au développement de Roissy CDG. Tout ceci bien sûr en respectant les riverains et l’environnement. A ce sujet il a résumé les mesures prises par la DGAC et qui ont été détaillées en fin de journée par la ministre des Transports, N. Kosciusko-Morizet.

– il a évoqué les discussions en cours sur deux futurs “CDT” (contrat de développement territorial) : l’un sur les “échanges” autour de la plateforme, l’autre avec Val de France, Gonesse et le “Triangle”. Puis la question des transports, notamment dans le cadre du Grand Paris, où “Roissy” devrait être “bien doté” (ce qui s’est confirmé le lendemain, voir l’article).

– sur la “gouvernance” (où tout le monde l’attendait…) , s’il n’a pas voulu sortir de document tout préparé et a préféré “poser les fondations d’un projet partagé”, le préfet n’en a pas moins fait des propositions précises, sur 3 niveaux. Tout d’abord une “Conférence territoriale” comprenant tous les maires du secteur, des représentants du monde économique et des associations. Cette Conférence serait un lieu de débats et organiserait chaque années les “Rencontres du Grand Roissy”.

Deuxième niveau : “un conseil de pôle restreint,composé  une quinzaine de responsables, définirait, animerait et préparerait la mise en œuvre d’une stratégie de développement sur le territoire: aménagement, déplacements, formation… Véritable conseil de la stratégie du territoire, il serait organisé en 4 collèges : élus, État, entreprises et associations”.

Troisième : “un comité opérationnel permanent comprenant l’EPA, le GIP emploi revisité, une délégation générale au développement, en charge de la promotion nationale et internationale, et ADP dans sa composante aménagement. Ce comité mettrait en œuvre les orientations décidées par le conseil de pôle dans le respect des règles de fonctionnement de chacun de ses membres”.

Le territoire d’intervention de l’EPA serait modifié (et prendrait en compte les territoires seine-et-marnais directement  concernés par l’aéroport, ndlr).

Notre avis : ce n’est pas mal, mais…

Les positions de l’État, “proposées” par le préfet vont dans le bon sens, globalement. Il faut  des décideurs pour “gérer” le territoire du Grand Roissy. Exemple: tout le monde réclame un organisme de formation aéroportuaire de haut niveau. On ne pourra pas en mettre un dans chaque commune ou chaque département. Il faudra bien choisir UN endroit.

Comment ça va marcher?  Le “Conseil de pôle”, aux contours juridiques aujourd’hui flous, aura t-il  les moyens légaux de décider et de faire appliquer ? On se réjouira au passage qu’est proposée, dans le “comité opérationnel” , une “délégation chargée de faire la promotion ” du pôle. Et il faudra aller jusqu’au bout : la promotion du pôle, la prospection des investisseurs et des entreprises nécessitent un affichage clair et complet de l’ensemble de la région. On ne peut pas, comme ça se fait jusqu’à présent par les agences de développement des 3 départements, montrer aux investisseurs (comme elles le font notamment  à Datagora d’une manière ubuesque, ou sur les salons type MIPIM ou SIMI) la “partie” seine-et-marnaise, ou séquano-dyionisienne, ou valdoisienne, en montrant une carte d’un territoire incomplet (à Paris Nord 2, c’est carrément le trottoir d’en face, situé sur l’autre département, que l’on cache…). La solution, je n’en vois pas d’autres, est de confier cette “promotion-prospection” du territoire, à une agence spécifique au Grand Roissy, dotée de moyens suffisants, d’une équipe professionnelle (et pas les p’tits copains) avec des objectifs, une autonomie suffisante laissée au Directeur général, sous le contrôle, évidemment, de la structure de gouvernance.

Le président Huchon, qui a pris la parole après le préfet, a repris l’idée de la fameuse “déclaration” qui penche pour une mission de préfiguration d’une Communauté aéroportuaire, tout en suggérant le vote d’une loi modificative, si j’ai bien compris.  “C’est trop tard ou trop tôt” ai-je-entendu de ce côté. Trop tard parce, effectivement, le Président Huchon aurait pu la faire depuis longtemps (voir ce que j’en ai dit ici) et trop tôt parce que la carte des intercommunalités va changer d’ici fin 2011, les CDT vont être en cours etc. Ça risque d’être aussi long que compliqué… En fait, il semble que l’État attende des propositions précises.

Je me demande si la solution du syndicat mixte ouvert ne  serait pas la meilleure, la plus rapide, et la plus simple. Elle aurait en outre l’avantage de pouvoir y inclure les organismes comme la CCI, ce qui réglerait la question de la représentation des entreprises (après tout, c’est bien la raison d’être des CCI, non  ?).

Enfin, on se réjoui ici de l’extension du périmètre de l’EPA Plaine de France vers le Nord Seine-et-Marne. L’EPA lui-même en est conscient car il regarde et se “promène” depuis 2 ou 3 ans, sur ce territoire. Il deviendra ainsi ce qu’il aurait dû être depuis sa création.  Je conseille vivement à tous ceux qui s’intéressent aux débats territoriaux en cours de lire (ou de relire) ce que j’avais écrit dans le BN 13 (février 2002) ici, au moment de la constitution de l’EPA. J’avais titré : “EPA Plaine de France, l’État crée un machin” et je n’ai jamais été démenti. A la relecture, je n’y enlèverais pas grand chose, sauf, et il faut le dire, que le travail de l’EPA donne satisfaction à tous, à entendre les nombreux élus qui m’en parlent. Et, toujours à la relecture, je dirai que finalement Albarello n’a pas vraiment tort, comme je le pensais ces temps-ci  lorsqu’il parle de “développement linéaire” vers le sud (mais ça n’exonère pas le Nord 77 pour autant…).

Enfin, une déception : le maintien du GIP est envisagé. Certes, il sera “revisité” dit pudiquement le préfet. Voici plus de 10 ans que ce GIP, véritable usine à gaz, avec des tas de “collèges” (avec un absentéisme désolant), une présidence “tournante” paralysante, des études psychédéliques qui n’en finissent pas et que ne finissent pas, pour ne pas en dire plus, ne sert strictement à rien, je le répète. Et c’est encore pire depuis le départ de Cherradi (bis repetita). La future “délégation” ou agence de développement éco pourra très bien faire le job.

Mais bon, tout cela va dans le bon sens: une assemblée territoriale , un “conseil”, un exécutif, un EPA, un agence de  développement éco et emploi… C’est pas compliqué tout de même… Et ça sera consensuel.

EV

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