Rencontre avec J.M Fossier : la récolte de blé a été supérieure à la moyenne décénnale.

Jean-Marie Fossier, agriculteur, maire de Louvres, lors de notre entretien chez lui. Sur le cahier, la fameuse carte de l'azote sur l'une de ses parcelles

C’est une bonne nouvelle ! Alors que les conditions météo ont été exécrables tout au long de l’année (froid incessant puis quelques jours de quasi canicule), il y avait de quoi s’inquiéter pour les récoltes et particulièrement celle du blé, la vedette de la plaine de France. Quelques jours avant (voir ici) le début de la moisson, les agriculteurs avaient souhaité un peu de pluie… Mais rien n’est venu. Mais, miracle de la nature, la moisson a été bonne, plus que bonne, tant en qualité qu’en quantité.

C’est ce que m’a confirmé avant hier Jean-Marie Fossier, agriculteur à  Louvres (et maire de la commune depuis qu’il a remplacé Guy Messager, revoir ici). Je suis allé le voir dans sa belle ferme, au centre de Louvres, près de l’église.  Et on a parlé “agricole”. Il connait énormément  de choses, évidemment,  sur le sujet et m’en a fait profité au point que j’étais vraiment ravi en sortant de cet entretien d’une heure. Il est disponible, souriant, pédagogue: un vrai plaisir (Guy Messager ne s’est pas trompé).

Cahier de Plaine…?

En attendant la récolte des betteraves (et celle du maïs, qui a une bonne gueule, en ce moment)

Avant de rentrer dans le détail des moissons, j’aperçois, sur son bureau, un recueil intitulé “Cahier de Plaine”. Bigre ! Hum… C’est quoi, ça M. le Maire ? lui demandais-je.  Du coup, il va me chercher d’autres cahiers: cahiers des semis, cahier de pleins de trucs.. 5 ou 6 au total. Dans chaque cahier sont consignés toutes les opérations, les certificats et expertises multiples, des croquis, des plans, des vues satellite…

Il m’ a expliqué notamment, documents à l’appui, les incroyables avancées technologiques avec notamment l’utilisation du GPS. Un exemple : le dosage de l’azote sur les parcelles. Le satellite montre avec précision les endroits qui sont suffisamment ou insuffisamment azotés. Ainsi pas de gaspillage… Ou encore la prévention des maladies. J.M Fossier ouvre un site sur son ordi et me montre : ainsi en cas de chaleur (propice aux maladies des plantes), le site donne des conseils en temps réel, du genre : “attendre”, puis si ça dure : “traiter”. Et plein d’autres trucs comme ça. Incroyables, pour moi du moins.

On a parlé aussi de l’équipement  GPS des  tracteurs qui moissonnent. Bourrés d’électronique: ainsi le moissonneur peut -il voir sur son écran, en tant réel, le poids récolté, mètre après mètre. Et c’est le GPS qui fait tout, le conducteur ne tient même pas le volant, il ne fait que surveiller, dans sa cabine climatisée. J’ai demandé, l’an prochain, de pouvoir  suivre la moisson dans un tracteur. C’est OK !  Ça va être un grand moment.

Les pigeons (et les lapins) foutent le bazar !

Puis, on voit quelques chiffres sur les récoltes. M Fossier, lui,  cultive uniquement du blé, du colza et du maïs.

Le blé, stocké dans le nouveau silo de Louvres

Blé: agréable surprise donc, la moisson se situe au dessus de la moyenne des 10 dernières années. Rendement : 9 tonnes/ha en moyenne. Prix de la tonne: autour de 175 €, ce qui n’est pas mal, si j’ai bien compris. S’agissant du la vente du blé, J-M Fossier m’explique la complexité des cours, les ventes à terme, les couvertures, les évènements mondiaux, tout joue à la hausse ou à la baisse. C’est exactement comme à la Bourse (voyez ça par exemple) . Les agriculteurs peuvent vendre eux même (sur internet) leur récolte, ou confier ça à la coopérative, ce que fait J-M Fossier : vendre du blé c’est un métier, m’explique t-il. Je veux bien le croire.

Colza : la récolte est décevante. Pour une moyenne habituelle de 3.7 tonnes, on en est à 3.2 cette année. La faute à la prolifération des lapins et des pigeons ! M. Fossier m’explique rapidement le phénomène, que j’ignorais complètement. “Ça vaudrait un article !” me dit-il. Je ferai ça volontiers. Le prix de la tonne de colza : environ 380 €

L’orge de printemps. C’est une plante un peu plus originale, m’explique-il. Cet orge est destiné aux malteries, pour la fabrication de la bière. Mais il faut que l’orge contiennent moins de 10% de protéines. Cette année la production a été de 6.5 T en moyenne et se vend autour de 200 € la tonne.

C'est ça, les féveroles

– les féveroles. J’apprends que ces légumineuses (ici destinées à l’alimentation animale…)  sont très prisées des Égyptiens et que la France en exporte beaucoup la-bas. Cette année, la récolte est très mauvaise : 3 T/ha au lieu de 4.5 ordinairement. Prix : 250 € la tonne.

Les silos, monuments de la plaine agricole

On évoque ensuite quelques points comme l’éco-quartier de Louvres-Puiseux (qui traine un peu, je pense). A ce propos, il m’apprend (on en apprend tous les jours…) que la ville de Louvres et l‘EPA Plaine de France organisent, le 6 septembre, une conférence intitulée “Les Silos, monuments de la plaine agricole“. Voyez le programme ici. J’irai, bien sûr.  Pour mémoire, les anciens silos de Louvres (près de la gare) vont être démolis (sauf un qui sera transformé en immeuble d’habitation, revoyez-ça ici).

Du coup, je suis allé hier faire un tour (à  l’improviste) dans les nouveaux silos de Louvres (dans la ZA du Roncé -la “Tour Eiffel”-), qui appartiennent à la grande coopérative AGORA (dont M. Fossier est le vice président et Fabrice Plasmans, agriculteur à Chennevières-lès-Louvres et à Villeron, le trésorier). Cela appartenait avant à la CAPA France, avant la fusion qui a donné naissance à Agora.

Juste au moment où j'étais sur le toit des silos, avec Nicolas Wagon (le bien nommé pour le coup) un train de céréales passait...

J’ai été très bien reçu par Nicolas Wagon, qui m’a reconnu tout de suite (j’étais sur le cul) ! Je l’avais vu effectivement en 1998 (!) , lorsque j’avais visité les anciens silos pour un article sur les “Paysans de Roissy”, dans Bénéfice.net n°2 ( quelle mémoire il a ! et il est en foto sur l’article). Voyez cet article ici (le pdf est mal positionné, je réglé ça au plus tôt, mais c’est lisible). Il est toujours d’actualité, s’agissant de la problématique de l’urbanisation. Il y a un entretien, toujours actuel, avec M. Boisseau, agriculteur à Gonesse et alors président de la CAPA, qui parlait avec sagesse… Malheureusement, il n’est plus de ce monde.

M. Wagon a bien voulu me faire monter dans les silos (11 000 tonnes de blé de capacité) d’où j’ai pu prendre quelques bonnes fotos.

Les nouveaux silos de Louvres. Je suis monté sur le toit (malgré le vertige...)

L’agriculture, grande activité économique, sur la nouvelle carte du Grand Roissy ?

C’est un peu de leur faute (la légendaire discrétion paysanne…), mais on n’a peu parlé, ces dernières années, de l’agriculture dans cette région de “Roissy”, sauf pour des raisons démagogiques, (à l’image de mes P’tit Loup) . Et pourtant, quel poids économique, quel poids spatial ! (dans le Val d’Oise, 49% des terres sont arables ), voyez ça et les autres départements franciliens ici, sur le site de la Chambre interdépartementale d’agriculture, fort bien fait).

Personnellement, je pense qu’ils gagneraient a être davantage présents dans les débats territoriaux, à mieux faire connaitre leurs activité.  Une première fut la participation, es-qualité, de M. Fossier, justement, aux 2èmes Rencontres du Grand Roissy (à revoir ici). S’ils ne pèsent pas lourd en termes d’emplois, ils pèsent lourd sur le plan de l’activité économique, des investissements de tous ordres, de l’exportation, de la préservation des paysages, du patrimoine  (et de nos racines à tous …).

C’est pourquoi j’ai eu l’idée (j’aurais dû l’avoir avant) de leur proposer d’être présents sur la prochaine carte du Grand Roissy 2030 (un peu en retard par rapport à mes prévisions, mais presque terminée, c’est un gros boulot) : ça serait une première et ça serait super, je pense, pour tout le monde. La proposition a été bien accueillie, maintenant la balle est dans leur camp…

N’oubliez pas:  ils nous nourrissent, et c’est pas rien !

EV

Bonus: belle vue, impressionnante, du site de Cosson, tout à côté des silos. Remarquez les anciens, à l'horizon, à droite.
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