Rendons au Bénin les trésors pillés pendant la colonisation. Contre Jean-Marc Ayrault

cliquez pour comprendre cette œuvre

Les nouveaux lecteurs de RoissyMail l’ignorent peut-être, mais j’ai de nombreuses accointances avec l’Afrique noire (voir notre rubrique ici), spécialement avec le Bénin, petit pays d’Afrique de l’Ouest.

A propos de ce pays, ça fait un moment que je m’étais promis de publier cet article car, d’une certaine manière, ça nous concerne tous.

Voilà : en août dernier le gouvernement de ce pays, présidé par Patrice Talon (élu pour la première fois depuis avril 2016, une sorte de Macron africain) a demandé officiellement (et gentiment) à la  France de restituer les nombreux biens culturels qui avaient été pillés lors de la conquête (1894) et la colonisation par les Français (jusqu’en 1960). Beaucoup de ces œuvres sont exposées dans les musées français, dont celui du Quai Branly et au Louvre. J’ai choisi de vous présenter celle-ci (au Louvre actuellement) , une statue dédiée au dieu fon (les Fon sont l’ethnie majoritaire du Bénin) du fer et de la guerre, nommé Gou, volée (“butin de guerre”) par un officier français lors de la prise du palais royal d’Abomey en 1894. Cliquez  pour voir un article très complet sur les … pérégrinations de cette œuvre.

Contre les hypocrites de gauche

Réponse incroyable, en décembre dernier,  du ministre (PS… ancien Premier ministre! ) des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes (qui connait pourtant bien le Bénin): c’est niet, limite allez vous faire voir  !  Lisez ce document fumeux ici. Il y a eu depuis (voir ça sur cet article du Monde Afrique) une pétition que j’ai signée (moi qui n’aime pas signer les pétitions), tellement je suis indigné par ce refus scandaleux, même si  le maladroit  “CRAN” (“Conseil représentatif des associations noires”), que je n’aime pas du tout du tout, fait partie des initiateurs de la pétition. Les arguments de ce pauvre Ayrault sont fallacieux: les biens en question font partie du patrimoine mobilier de l’État et ne peuvent “aliénés” (MDR pour des bien volés ! ), leur restitution est impossible. Ce qui est entièrement faux : il existe une procédure légale de restitution par laquelle la France a déjà  rendu des œuvres volées, notamment  la Vénus hottentote à l’Afrique du Sud, les têtes maoris à la Nouvelle-Zélande…

Ceci est d’autant plus insupportable que Jean-Marc Ayrault (Nantes était un grand port négrier) fait partie de ceux (ridicules à mes yeux), en France, qui emploient un discours de repentance sur l’esclavage, la colonisation, les pauvres Noirs (la ville de Nantes a même, voyez ça ici “coopéré” au Bénin “autour de l’esclavage” et pour “la création d’un lieu culturel fort” !). Et on refuse de restituer? Bande d’hypocrites, anti-racistes de pacotille, bien-pensants ridicules, gauche bobo !

Autre “argument” contre la restitution, venant d’autres milieux français (voir ici notamment). Le Bénin serait incapable de conserver lesdits objets. La belle affaire ! Je sais que les Béninois ne sont pas très “musées”, mais il y en a (voir ici). J’ai visité plusieurs fois celui de Ouidah, et celui d’Abomey (pas trouvé de site, sinon ce wiki). Et j’ai même été fâché les dernières fois que j’y suis allé avec des amis car les “étrangers” (comprenez les Blancs) doivent payer le double (1000 FCFA au lieu de 500, voyez ici) alors que ces musées ont été largement financés pas lesdits Blancs. La dernière fois (voici 4 ans) que j’ai voulu aller à celui d’Abomey, pour le montrer aux enfants de ma femme (Béninoise) Bignon, on  a été “accueilli” par une femme que l’on a dû réveiller car elle était en train de dormir sur un banc… J’y suis pas rentré, une fois de plus pour cette histoire de prix, et je suis allé boire une bonne bière bien fraiche en attendant que Bignon et ses enfants terminent leur visite.

Mais cela n’ôte rien à l’affaire. Le Bénin demande la restitution de ces biens volés ? Que la France le fasse, et sans barguigner. Ça leur appartient, un point c’est tout et peu importe, sur le fond, ce qu’ils en feront. Les “arguments” opposés s’apparentent selon moi à une minorisation des Africains (pas fort, venant la plupart des zanti-racistes patentés ou professionnels de chez nous).

Bon, je sais que le Bénin travaille sur une reformulation de la demande et j’espère que le président Macron y accédera.

Sur l’art africain

ma femme est chargée de l'entretien ...

Anecdote (mais je suis déjà trop long…). Quand j’étais à plein temps au Bénin (1981-1988) j’ai appris à apprécier l’art africain (on aime où on aime pas…), dont on connait l’apport (tout comme celui de la musique) à la culture occidentale (Picasso…). Et j’avais acheté quelques œuvres qui me plaisaient, dont deux magnifiques têtes d’Ifé (voyez ce que c’est ici), venues du Nigeria voisin et vendues par un marchand ambulant (à un très bon prix, au bout de 2 jours de négo !). Et ces deux statues ci-dessus, que j’avais achetées au marché d’Adjara, une ville située près de Porto-Novo, la capitale administrative du Bénin. Bon prix unitaire : 5000 FCFA (avant la dévaluation du Franc CFA, ça fait 15.24 €). Mais, je connaissais nombre de Français qui avaient passé beaucoup de temps en Afrique, en me rendant dans leurs résidences en France, je voyais celles-ci remplies (de trop) d’objets d’art africains. Je trouvais ça ridicule (ça faisait un peu nostalgie “colo”) et m’étais promis de ne pas faire la même chose une fois rentré en France.

Donc, à chaque fois que des amis venaient nous rendre visite au Bénin (et dieu sait s’il y en a eu, je devrais recevoir une médaille du ministère du tourisme béninois) , je leur faisais cadeau d’œuvres que j’avais achetées. Notamment des deux têtes d’Ifé : l’une à mon cousin Alain, que vous connaissez pour beaucoup d’entre vous) et mon ami Gaby Keslassy (revoir ici). Et les deux statues  ci-dessus (1,35 m quand même) au même cousin.

Rentré à Paris, la nostalgie africaine prenait le dessus (comme beaucoup, je ferai un jour un article à ce sujet) et je ressentais un manque de présence d’objets africains. Du coup, j’avais demandé, un peu honteux,  à mon cousin de me prêter la tête d’Ifé que je lui avais donnée. Ce qu’il a fait volontiers. Quelques années plus tard, je lui ai demandé, toujours honteux, de me prêter ces deux statuettes. Là ça été : “non, mon cher cousin”. Normal…

Et vlà ti pas qu’il y a une quinzaine de jours, lorsqu’il est revenu (après la tournée des Grands Ducs)  nous rendre visite, il a apporté … les statues (toujours en prêt, bien sûr). Excellent état, 30 ans après…

Je comprends que certains vont penser que cet article, ou du moins sa fin, est un peu ridicule. Mais je donne un conseil à tous : apprenez à comprendre l’Afrique….  EV

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