Trois ou quatre choses que je sais d’Air France… L’excellent coup de Janaillac

Une fois de plus, il y a grève (“suspendue” ces derniers jours) à Air France, pour des raisons salariales (alors que les salaires sont déjà pas mal, les voir ici ). C’est bien décevant et, cette fois, ça risque d’être dangereux pour l’existence même de la compagnie. La plus vieille au monde (1933 !). J’ai toujours voyagé sur  Air France (et UTA avant), en tout cas majoritairement. Comme tout le monde, ou presque, j’ai Air France au cœur, pour des raisons “historiques” plus qu’autre chose. En plus,  son siège social est à Tremblay-en-France, depuis 1995 …

effectivement, c'était mieux qu'à Montparnasse

J’ai particulièrement “suivi” la Compagnie depuis que j’étais arrivé à Tremblay. En 1993, le maire de Tremblay, François Asensi, député, était alors chargé de faire le rapport pour avis sur les crédits du transport aérien. Je l’avais, à sa demande, assisté dans cette tâche, passionnante vu la position de la ville. On a ainsi auditionné plusieurs acteurs du secteur, et notamment le président d’Air France de l’époque, Bernard Attali (1988/93). Ça s’était passé dans le bureau d’Attali, dans le siège d’Air France d’alors, tout à côté de la gare Montparnasse. C’est là qu’il nous avait confirmé la décision de transférer le siège à Roissypôle (Tremblay donc, bonjour les taxes pour la commune devait penser le député-maire…). Marrant, B. Attali nous entraine à la fenêtre de son bureau, qui donne sur les voies de la gare en nous disant : voyez, je suis le seul président de compagnie aérienne au monde à avoir son siège dans une gare ferroviaire…

Libéralisation du transport aérien

Si le transport maritime international a toujours été, plus ou moins, libre, ce n’a pas été le cas du transport aérien (on peut se demander pourquoi et sans parler, au moins au sein de l’U.E, du ferroviaire…). Dans les années 70, les USA ont commencé à entamer une déréglementation chez eux, puis dans le monde entier, dès les année 90,  en concluant des accords d’Open Sky, y compris avec des pays européens. Sauf la France, qui ne s’y met pas… Et pour cause ! Avec un bon réseau mondial (grâce aux ex-colonies et aux Dom-Tom) et l’appui de l’Etat français, exploitait ses lignes à l’abri de la réglementation: pas ou peu de concurrence, prix “confortables” (en fait très chers). Donc “le vie est belle”, les bénéfices sont là, jusqu’aux années 90 où le transport aérien mondial se libéralise. Et, le moins que l’on puisse dire c’est la France (droite et gauche confondues), et Air France, engoncés dans leurs certitudes de “confort” ont mal vécu cette libéralisation (qui allait se traduire par un accès incroyable des classes populaires au transport aérien). Et Air France, ses personnels tout du moins, à trainé des pieds pour s’adapter à la nouvelle donne, pendant que les autres compagnies y allaient gaiment. Mais ce n’est pas tout !

La crise de 93/94 : le PDG Christian Blanc passe au dessus des syndicats et réussi un referendum

En octobre 1993 débute une grande grève à Air France. C’est un gros bazar, alors que la compagnie va très mal, et est au bord de la faillite. J’ai, à l’époque, suivi ça de près. Bernar Attali n’est plus PDG et je peux vous dire que ça ne se bousculait pas au portillon pour lui succéder… Finalement, c’ est Christian Blanc qui accepte d’aller au charbon. Il présente un plan nommé “Projet pour l’entreprise” , mais les syndicats, pilotes en tête, n’en veulent pas.  La situation empire et il est envisagé une intervention financière de l’Etat, à hauteur de 20 milliards de Francs. Mais cette subvention-éponge doit obtenir l’aval de le Commission européenne. Devant les blocages incessants , Blanc décide alors de passer au dessus des syndicats et organise un référendum, le 11 avril 1994,  qui sera approuvé par … 81.26% du personnel !Le 27 juillet 1994 la Commission européenne autorise les 20 milliards (nos sous…) de subvention, mais précise que ce sera la dernière fois !

De 94 à 97, Christian Blanc réorganise la compagnie en profondeur, dégraisse le mammouth (2500 départs en 94) et Air France renoue enfin avec les bénéfices mi-mai 97.

L’ère Spinetta  (1997/2009) : des occasions ratées

En septembre 97, Jean-Cyril Spinetta remplace Chistian Blanc, jusqu’en décembre 2008.. Je me souviens que Spinetta n’avait été pas été tendre enver Blanc, lors de la grande crise de 93/94. Sans doute son penchant de gauche (il est membre du PS (ou était, de nos jours on ne sait plus…). Il a fait des choses, c’est incontestable, au moins tant qu’il est possible d’en faire, dans cette compagnie “ingouvernable”. Cependant, tout comme, avant lui, Air France avait eu du mal à adopter la stratégie du “Hub”, Spinetta n’a pas vu venir, j’en témoigne, le phénomène “low cost”. Il n’y croyait pas, comme il l’avait dit lors d’une réunion à Roissy-en-France, à laquelle j’avais assisté. Résultat, le retard encore actuel d’Air France sur ce point. En 2009 il est remplacé par Pierre-Henri Gourgeon (qui n’aura pas laissé un bon souvenir…), jusqu’en 2011. Et, tout récemment, à la demande du Premier  ministre, il a remis au gouvernement un rapport sur le… transport ferroviaire.

De Juniac est parti en courant !

revoyez ce grand moment (mars 2015)

Le 1er juillet 2013, c’est Alexandre de Juniac, qui remplace Spinetta. Le conseil d’administration vote, en mars 2015, sa reconduction pour 4 ans. Mais il démissionne le 5 avril 2016. Il est depuis septembre 2016 directeur général de IATA, l’organisation mondiale du transport aérien. Assurément, il en a eu marre. Revoyez, en cliquant ci-dessus son intervention aux “Entretiens de Royaumont” (Val d’Oise) : à la fin, il dénonce une n’ième gréve des pilotes. On le sent excédé…

Le coup de Jarnaillac !

on lui avait, à l'époque, souhaité la bienvenue, et... "surtout bon courage"...

L’emploi du mot “coup” vient de l’expression “coup de Jarnac“. Ça vaut ce que ça vaut, mais l’expression, selon le Littré, a connu un succès : “Gui de Chabot Jarnac, dans un duel, le 10 juillet 1547, fendit d’un revers de son épée le jarret à son adversaire François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie. Ce coup fut trouvé très habile et fournit une expression proverbiale, qui a pris un sens odieux ; mais c’est un tort de l’usage, car le coup de Jarnac n’eut rien que de loyal, et le duel se passa dans toutes les règles de l’honneur”.

Bref, c’est un coup qu’on ne voit pas venir. Ça  avait réussi à Christian Blanc, on l’a vu, en 1994. Certainement excédé et las, comme quasiment tous ses prédécesseurs, Jean-Marc Janaillac, qui avait succédé comme PDG à Frédéric Gagey (qui avait succédé à de Juniac, de juillet 2013 à novembre 2016) a repris la formule du referendum sur les salaires, en mettant sa démission dans la balance, en cas de désaveu. Cette fois, 4 mai dernier,  le referendum a rejeté le plan de la direction à plus de 55% (faut dire que cette fois, y’avait pas 20 milliards de F à la clé…).

En fait, selon moi, Janaillac (qui, né en 1953, a sa carrière derrière lui…), a été très intelligent : ou bien il gagnait et faisait comme Blanc, ou bien il perdait et il s’en allait. C’était du gagnant pour lui dans tous les cas. Car cette compagnie, j’ai essayé de le montrer est vraiment ingérable.

Allez ! Sans revenir sur le coup de la chemise arrachée (dont la vidéo avait fait le tour du monde), quelques rappels. Air France, en manque de cash, a vendu récemment Servair à un groupe chinois. La compagnie n’a pas communiqué la-dessus et quasiment personne, jusqu’à ce jour, n’en a parlé. J’avais appelé le dircom de Servair (abonné à RoissyMail…). Il m’avait répondu : je ne  peux rien dire…

Une “anecdote” (parmi d’autres…) : dans les années 80, je vivais et travaillais au Bénin (Afrique de l’Ouest). Longtemps UTA a été la seule (mise à part l’ex Air Afrique,, morte de … corruption) compagnie a desservir ce pays, comme beaucoup d’autres ex colonies françaises, j’ai été témoin d’une chose… aussi “rigolote ” que révélatrice … Je ne me souviens plus, je dois dire, de l’année exacte. Mais voilà : les PNC (hôtesses et stewards) d’UTA faisaient leur escale, comme d’hab, dans le meilleur hôtel de l’époque (que j’avais vu construire et que j’ai fréquenté beaucoup, magnifique ), alors sous enseigne Sheraton (aujourd’hui Bénin Marina Hotel, 4 étoiles), au bord de l’océan, à un km de l’aéroport. Oups! cette fois ils sont hébergés … pas côté mer, mais côté terre. Colère de ces travailleurs ! Eh bien ils se sont mis en grève, refusant d’embarquer sur le vol d’après…  Vrai, vrai !

c'est ce coté que les pauvres petits PNC n'ont pas eu cette fois-là. Cliquez ?

Et les pauvres travailleurs ont dû subir ce côté:

On apprend ce jour que Anne-Marie Coudert vient d’être choisie pour être présidente par intérim… EV


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