Mélenchon demande aux paysans africains de ne plus cultiver de riz et de … blé !

voyez le tribun de la plèbe (et des paysans africains) !

J’avais prévu de faire un rajout sur l’un de mes articles “africains” ci-dessous. Pour évoquer notamment l’ignorance de l’Afrique chez les Français en général et chez  les “politiques” de notre pays en particulier. Le voici :

PS (rajout) : Au passage, je “rigole” quand j’entends les politiciens français parler de “co-développement” (depuis des années et singulièrement depuis la crise migratoire), formule hypocrite et bien pratique. Le “co-développement” ça n’existe pas et ça ne peut pas exister. Les pays africains sont indépendants, oui ou non ? En plus, ces politiciens (de droite comme de gauche, sauf exception) ne connaissent pas l’Afrique. Revoyez l’histoire incroyable de Manuel Valls au Togo ! Ou encore ce pauvre Michel Rocard (que j’aimais bien, pourtant), qui, au soir de sa vie, après avoir été nommé “ambassadeur des pôles ” (ou un truc comme ça), grassement payé par nos impôts (c’est … Ségolène Royal qui a lui a succédé !), s’était mêlé du dossier du chemin de fer Bénin-Niger…

Je “rigole” aussi (en fait, vous l’aurez compris, je pleure plutôt) quand je vois collectivités et associations multiplier les « actions de solidarité » avec l’Afrique. Untel finance un puits (comme si les Africains ne savaient pas faire), l’autre une demi-salle de classe, l’autre donne des cours (voyez une des dernières ici !). Tout ça pour se donner bonne conscience à grands frais (avions, hôtels, restaurants, souvenirs,  faut bien aller voir les résultats sur place, bonjour les vacances …) sans commune mesure  avec « l’action » réalisée.

Mais ce qui suit dépasse  tout.

J’ai regardé en direct (pénible, mais c’est mon côté voyeur) le discours, ou plutôt les diatribes de Mélenchon, samedi à Marseille. Vers le milieu de son intervention il évoque l’Afrique (à propos des migrants..). Du coup je dresse l’oreille. Parmi ses bla-bla je crois entendre qu’il suggère aux paysans africains de ne  plus cultiver de riz (que les Africains ne mangeraient pas !! ), ni de blé (dont ils n’ont pas besoin…). Comme il parle vite, je crains d’avoir mal entendu. Le lendemain, je trouve le “discours” et cherche les fameux passages. Eh bien c’est vrai ! Je me suis promis d’en parler ici. On a (difficilement), retranscrit les passages. Et vous pouvez les retrouver en live sur la vidéo ci-dessus (à partir d’1h 05).

J’en ai vu et entendu des bêtises, mais là, je suis scotché. Ce qu’il dit est non seulement faux mais proprement scandaleux. Bien sûr les paysans africains cultivent du riz (là où c’est possible). Mais n’en cultivent pas assez, d’où les importations massives, et ce depuis des dizaines d’années, car les populations en mangent beaucoup. Quant au blé , ça ne peut pas pousser en Afrique tropicale, le moindre élève de 5ème sait ça. Quel ignare ! Et ça donne des leçons aux Africains !  Il veut en outre interdire aux mêmes d’exporter leurs produits, comme, au Bénin, les ananas, les avocats, l’anacarde (cajou), le coton, le cacao, le karité …! L’histoire des droits de douanes, c’est faux. L’histoire de la pêche, c’est faux: les navires du monde entier pêchent au large de l’Afrique (comme partout dans le monde) , ce qui ne gène pas les pécheurs côtiers, peu nombreux, qui ne vont pas loin. En fait, comme beaucoup de ses camarades, il souhaite que les Africains ne se développent pas, au nom d’une vision … idyllique (en fait raciste). Eh bien qu’il aille passer 6 mois dans la brousse africaine !  Quant à sa mention de la députée FI  de Paris, Danielle Obono, on ne l’entend guère, celle-là,  sur la dictature héréditaire dans son pays d’origine, le Gabon et l’immense richesse de son “président”.

Mélenchon a dû voir ça en Afrique...

Alors, on dit quoi, mes chers lecteurs Insoumis ? Lisez cette logorrhée révolutionnaire :

« Mais bien sûr nous ne sommes pas angéliques, nous sommes des gens raisonnables c’est-à-dire qui raisonnons. Et je vais vous dire que les autres gesticulent, ils nous ont fait une loi asile immigration, je vous invite à écouter les vidéos où vous entendez les discours de Danièle Obono et Hugo Bernalicis et des autres camarades sur le sujet. Aucun d’entre nous n’est entouré des (…) qui diraient ah bah oui tout le monde n’a qu’à le faire, se déplacer. Ce n’est pas vrai, parce que nous nous savons que ces déplacements-là ils sont contraints et forcés. Les gens ils ne partent pas par plaisir ils partent parce qu’on les a fait partir, qui les a fait partir ? L’Europe, les Etats-Unis, le capitalisme et je vais vous en donner une preuve immédiate : on met plus d’argent pour s’occuper de l’opération Barkane qu’on en met pour l’aide au développement des pays qui se trouvent dans cette zone. Alors si vous vous demandez pourquoi les gens partent, ils partent parce que les partenariats économiques que l’Europe a inventés exigent de ces pays qu’ils suppriment les droits de douanes parce que l’argent qu’on verse là-dedans on le verse à des dictateurs à qui on demande une seule chose, de bien vouloir verrouiller leurs propres peuples et que vous finissez par voir des gens monter dans des fourgons de police « avec l’aide de la communauté européenne »  par ce qu’on a donné 3 milliards à M. le président de la république de Turquie pour bloquer les gens à la frontière à la Syrie, la frontière d’une guerre à laquelle font directement partie prenante les nations de l’Europe. Voilà la vérité. Si vous voulez faire quelque chose d’utile, arrêtez de demander à l’agriculture paysanne africaine de s’intégrer dans le marché mondial ; c’est-à-dire de détruire les agricultures vivrières pour produire du riz qu’ils ne mangent pas, du blé dont ils n’ont pas besoin mais qui permet de figurer dans les statistiques internationales. Si vous voulez faire quelque chose d’utile arrêtez de faire des contrats de pêche qui permettent aux grandes compagnies européennes moyennant finances à l’Etat considéré pour ramasser tout ce qu’il y a sur les côtes si bien que les pêcheurs qui ont vécu depuis des générations du produit de la pêche artisanale ne peuvent plus vivre sont obligés de partir en ville et de la ville vers les pays où on leur dit qu’il y a du travail On leur dit il y a du travail et vous serez riches comme ils ont dit à mon arrière grand- père qui était un malheureux de là-bas ,du fin fond d’Andalousie, et qui est parti avec son bourricot, sa femme et ses deux premiers gosses  parce qu’on leur a dit vous allez voir allez en Algérie c’est le pays de cocagne  et où ils sont allés travailler comme des animaux et où ils sont morts aussi pauvres qu’ils étaient en arrivants.  Alors moi je fais partie de ces français, 1 français sur 4 qui a un grand père ou une grande mère qui est un exilé, ayez au moins l’honneur de penser aux vôtres qui se sont sacrifiés pour que vous soyez là en train de dire des horreurs contre ceux qui vous ont suivis. Si vous voulez faire quelque chose d’utile, allez voir en Afrique et demandez-vous pourquoi le lac Tchad a perdu 90% de sa flotte ; qu’est-ce que ça a à voir avec le changement climatique ? Qu’est-ce que ça a à voir avec les pratiques agricoles que vous avez imposées à ces gens qui avant n’avaient jamais consommé des quantités pareilles d’eau. Si vous voulez faire quelque chose d’utile qui empêche les anciens agriculteurs morts de famine de détresse d’aller s’enrôler comme mercenaires dans d’invraisemblables bandes armées qui sous couvert d’islam terrorisent tout le monde. Si vous voulez empêcher ça, permettez-leurs de revivre dignement de leurs revenus, d’être d’honnêtes paysans, d’être d’honnêtes pêcheurs, d’être d’honnêtes artisans de toute sorte qui travaillent autour de ses activités. Aidez à remettre de l’eau dans le lac Tchad parce qu’on sait comment faire et alors c’est cinq pays que vous tirez d’affaires. Alors oui c’est vrai, quand nous votons dans un référendum contre M. Macron, nous votons contre toute la politique qui l’approuve et qui le soutient.  Lui le commissaire européen qui s’en va faire le tour des dictateurs faire des selfies avec eux et toute cette bande de sauvages qui sont en train de plonger leurs propres pays dans des abîmes misère, voilà ce qu’il faut faire d’utile. »

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Supension “jusqu’à nouvel ordre” du quotidien La Nouvelle Tribune. Que va dire la justice ? ?

avec Vincent Foly, au restaurant le Kirikou, à Fidjrossè (quartier de Cotonou)

voir le dossier de l'affaire, publié par Vincent Foly

Le Bénin connait une réelle liberté de la presse depuis 1990., après des années de dictature “marxiste-léniniste”. Des tas de journaux sont apparus et, au début du moins, certains confondaient liberté de la presse et liberté d’écrire n’importe quoi, y compris des contre-vérités flagrantes, voire des insultes. Les choses se sont calmées. Une institution, la HAAC a été créée dès le début, “elle a pour mission de réguler le travail des médias : presse écrite, radios et télévisions. À ce titre, elle veille à un traitement juste, éthique et professionnel de l’information, et à l’accès équitable des citoyens aux médias de service public”.

Je suis bien la presse du pays, notamment grâce notamment à mes alertes google. Voici quelques années, j’avais fait la connaissance de Vincent Foly, fondateur et directeur de la Nouvelle Tribune, un des quotidiens qui comptent au Bénin. On est toujours restés en contact, je l’aime bien. Le journal, à l’image de son fondateur, a un côté “gauche-gauche” et n’est pas tendre, c’est le moins qu’on puisse dire,  avec le nouveau président du Bénin, Patrice Talon.

Au mois de mai dernier, j’apprends avec stupéfaction que son journal est “suspendu” par la HAAC, sans autre forme de procès (c’est le cas de le dire) . Je l’ai appelé tout de suite.

Quand je suis arrivé fin juillet au Bénin, on s’est vu tout de suite (foto du haut). Il m’a mieux expliqué la situation, son journal étant toujours interdit. Il m’a montré les extraits d’articles qui figuraient dans la décision de cette HAAC. C’est clair que certains de ces passages (écrits par un professeur à la retraite), qui s’en prennent vivement au président de la République, sont susceptibles, selon moi,  d’être poursuivis pour diffamation.

Mais le problème est le suivant : ni le président de la République, ni son entourage, ni le parquet n’ont agit en justice contre ces écrits, jusqu’à ce jour. Et la HAAC n’a pas le pouvoir de … suspendre, en tout cas, pas dans les conditions qu’elle l’a fait et pas sur ce temps long. Elle aurait donc fait du zèle… J’avais demandé à Vincent pourquoi il n’avait pas lui-même porté plainte contre cette décision, visiblement illégale. En fait il a voulu jouer l’apaisement.

Mais ça n’a pas marché. Entendu par la HAAC, il fait profil bas, présente ses excuses, mais ça ne suffit pas.  Le 26 juillet, la HAAC confirme, par une nouvelle décision l’interdiction du journal “jusqu’à nouvel ordre”.

Du coup Vincent se décide à agir. Il convoque le 2 aout une conférence de presse (j’y étais) où il annonce sa décision de déposer une plainte en référé contre les décisions de la HAAC, qu’il considère comme des abus de pouvoir.

Vincent pendant sa déclaration

A l’appui, un jugement de la Cour suprême, annulant, en  2017,  une décision de la HAAC qui avait interdit un autre journal, le “Béninois Libéré”. Le recours en justice a été déposé le 8 aout. Vous pourrez le voir ici.

lors de la conférence de presse. Au premier plan, à droite, c'est Robert Dossou, avocat, ancien ministre de la justice, ancien président de la Cour Constitutionnelle, venu apporter son soutien (je l'ai revu avec plaisir)

On en est là, dans l’attente de la rentrée judiciaire.  Je souhaite que les choses rentrent dans l’ordre. EV

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Comprendre le niveau de vie des gens à Cotonou ? Quel avenir pour l’Afrique noire?

Avec Joseph, informaticien, au restaurant le Colibri, dans le centre de Cotonou

cliquez pour voir Wikipédia sur le Bénin, qui donne une idée du pays

Voici un article qui n’aura pas été facile à écrire, mais je le savais. Son but, comme je le disais plus bas, est de donner quelques indications pour tenter de faire comprendre la situation sociale au Bénin. Ce petit pays (un peu plus de 10 millions d’habitants) d’Afrique de l’Ouest est situé entre le Togo et le Nigeria.

Je le connais bien ce pays, pour y avoir travaillé de 1981 à 1988 comme salarié expatrié puis à mon compte, et y être retourné régulièrement jusqu’à aujourd’hui. J’ai toujours été choqué par la pauvreté la-bas. Pour comprendre, on va parler dans la monnaie locale, le Franc CFA : 10 000 FCFA =15.24 €.  Un peu d’économie d’abord: le pays ne dispose pas de ressources comme le pétrole, abrite peu d’industries locales, la “richesse ” du pays repose sur l’agriculture (surtout vivrière, mais le pays est bien placé dans le coton), le commerce (surtout avec son grand voisin le Nigeria). Peu d’exportation (les ananas du Bénin sont parmi les meilleurs au monde, mais la filière, comme beaucoup d’autres, est mal organisée), peu de tourisme, malgré les nombreux atouts que compte le pays. Le Bénin fait partie des PMA (Pays les Moins Avancés) et est classé, en 2015, 166ème sur 188 en terme de développement humain, par le PNUD.

Incontestablement, il y a eu certains progrès ces 20, 25 dernières années. A émergé une classe moyenne supérieure, visible de l’extérieur : villas, véhicules de luxe… Et, autre signe, les avions vers la France sont désormais plus nombreux et tous pleins à craquer mais, contrairement à “avant”, ils sont remplis d’Africains alors que, voici 30 ans c’étaient surtout les Européens. Et, comme toujours, il y a des très, très riches… dont la plupart, sauf exceptions,  doivent leur richesse insolente à la corruption (et aux détournements, y compris de l’aide étrangère), quasiment impunie à ce jour.

Il faut savoir qu’il n’y a pas assez d’activités pour que chacun puisse espérer trouver un emploi, surtout pour les jeunes, de plus en plus nombreux. Et aussi que ceux qui travaillent (indépendants et employés) sont “divisés” en deux secteurs : le secteur dit “formel” (organisé) et le secteur “informel“, ce dernier semblant de plus en plus important.”L’économie informelle représenterait 65 % de l’activité totale et concernerait plus de 90 % de la population active“écrit la Banque mondiale dans un rapport daté d’avril 2015 (à voir ici en complément). Ce rapport note aussi que le taux de pauvreté augmente encore (de 36.2 en 2006 à 40.5 % en 2015 !). Je me demande toutefois comment ils font leurs stats…

Beaucoup se lèvent le matin, m’avait assuré un bon ami du Bénin voici quelques années, en ne sachant pas comment ils allaient manger dans la journée…

Je n’ai pas trouvé de statistiques sur le chômage (je doute qu’il y en ait, et le site du ministère du travail n’aide guère : voyez sa page “protection sociale” ici...) . Mais c’est un phénomène massif (faudrait inventer un autre mot…), vous pouvez me croire. Chacun se débrouille comme il peut, les plus chanceux ayant un peu d’aide de leur famille. Petits jobs ça et là (quand on en trouve). Rajoutez à cela le travail des enfants (petits…), endémique, qui perdure malgré les multiples “colloques” tenus ces dernières années pour “lutter contre”. Et il existe toujours ces  fameux “vidomégons”, en fait des enfants en état d’esclavage “moderne”,  pour les besoins domestiques ou professionnels (souvent les deux) de leurs… “employeurs”. Il ne vont pas à l’école bien sûr, mangent les restes (quand il y en a…), sont frappés. J’ai connu ça de près…

Voyez, à ce sujet, l’excellent article de Marcus Boni Teiga (que je connais depuis longtemps et je suis toujours en contact avec lui. Il fut l’un des meilleurs journalistes du Bénin) sur Slate.fr  : il date de 2011, mais toujours d’actu. C’est instructif, et vous n’y croirez pas ! On ne les entend pas là-dessus, les bonnes âmes de France, notamment le … CRAN (Conseil représentatif des associations noires, si, si c’est pas une blague) , dirigé jusqu’à cette année par un Béninois noir, confortablement installé en France, qui hurle contre l’esclavagisme (mais pas chez lui), le colonialisme et tutti quanti…

Les salaires, quand il y en a, sont très bas (c’est un euphémisme), dans leur immense majorité. Officiellement le SMIG est de 40 000 FCFA (60.98 euros), depuis 2014, mais ce n’est pas toujours respecté par les employeurs, loin de là, y compris (et surtout) ceux qui ont les moyens de mieux payer) . Notez déjà qu’à Cotonou, un “entrer-coucher” comme on dit là-bas (sorte de studio) se loue en moyenne 18 000 FCFA (27.44 euros)… Ça donne une idée. Le SMIG est quasiment le même qu’en 1981, alors que les prix de base  ont considérablement augmenté pendant cette période.

Lorsque je suis à Cotonou, je vais toujours dans un salon de beauté situé prés de chez moi. Prestations impeccables ! Au programme : manucure, pédicure, gommage corps entier, massage, pour 32 000 FCFA (48.78 €). J’ai demandé à la jeune esthéticienne qui s’occupait de moi combien elle gagnait. Elle est diplômée (et talentueuse) et gagne 60 000 FCFA (91.47 euros). Un serveur dans un restaurant gagne entre 30 et 45 000 FCFA.

Un parent à ma femme, Moussa (30 ans), que j’ai revu (un gars sérieux), a fait de bonnes études supérieures en statistiques. Mais depuis des années, il ne trouve rien. Du coup il fait des petits jobs ça a et là, a été vendeur de fournitures scolaires à différentes rentrées, fait quelques petites (et rares) missions ponctuelles pour des entreprises, mais n’a pas, à ce jour, de revenu fixe. il habite chez une tante, qui le nourrit le midi, il se débrouille pour le soir.

Certains s’en sortent malgré tout, plutôt bien. Joseph, 39 ans  (foto du haut), que je connais bien et que j’apprécie, est informaticien, depuis 14 ans  dans une grande entreprise publique de téléphonie. Il est chargé de la maintenance du parc informatique. Il a accepté de parler de ses revenus. Il  gagne 400 000 FCFA (609.796 euros). De plus, il a pu bénéficier, voici quelques années, de prêts garantis par l’entreprise et construire ainsi sa maison. En plus, il fait de la maintenance chez des entreprises et des particuliers, à son compte, avec deux ou trois intervenants. Et il a ouvert, depuis quelques années, un “cyber”. Son épouse a fait des études de DRH, mais n’a jamais trouvé d’emploi dans ce secteur. Et elle a cherché, en vain, un poste de secrétaire de direction. Du coup, pour s’occuper, elle a installé prés de chez eux une boutique où elle vend des boissons et des “divers” comme on dit la-bas. Ça fait un complément de revenu et ça l’occupe.

Brice, 49 ans, est directeur, au sein d’une concession automobile, d’une agence de location de voiture, et, depuis un moment, fait office de directeur commercial de la concession. Son salaire de base est de 600 000 FCFA (914.694 €), mais ça peut aller, avec les commissions, jusqu’à 1 million, voire 1.2 millions !

Siméon, 49 ans, travaille depuis longtemps comme peintre dans une ambassade d’un grand pays. Il gagne 400 000 FCFA, bénéfice d’une couverture sociale (avec mutuelle), est propriétaire de sa maison (un peu loin de Cotonou..). Sa femme tient à coté une boutique de boissons, et vend aussi pour le voisinage, des plats cuisinés.

Études, débouchés, espoirs,  expatriation, migrations

Le Bénin  était qualifié, à l’époque de la colonisation et juste après l’indépendance (1960) de…. “quartier Latin de l’Afrique”. A cause du niveau d’instruction de sa population, plus haut que les autres pays. Beaucoup d’entre eux travaillaient dans l’administration coloniale dans toute l’Afrique de l’Ouest et Centrale. Dans le secteur privé également,  les Dahoméens étaient réputés et recherchés , comme les comptables notamment.

Mais ça, c’était avant…

Pour aller vite, l’éducation, globalement, même si le nombre d’élèves a augmenté, ne va pas du tout dans ce pays depuis l’indépendance . Jusqu’à cette année où les résultats au BEPC et au Bac ont été catastrophiques (avec une grève des enseignants de … 4 mois). Heureusement, certains arrivent à se débrouiller, internet aidant.  Les plus chanceux vont faire leurs études supérieures à l’étranger, en France surtout, mais aussi au Québec et même en Chine, qui offre des bourses.

Mais le problème reste entier. Que faire à la fin des études, sachant que l’économie locale n’offre pas, et de loin, suffisamment de possibilités d’emplois?  Et quand il y en a, à quel salaire ? Un ingénieur débutant, formé à l’étranger, ne peut guère espérer, s’il trouve un emploi, plus de 200 000 FCFA (304.90 euros) par mois, voire moins.  C’est la quadrature du cercle: beaucoup (sinon tous) d’étudiants restent travailler dans les pays où ils ont étudié, privant ainsi leur pays d’origine de leurs talents. Cercle vicieux…

Quant aux autres, ceux qui sont restés, ils sautent sur n’importe quelle occasion pour quitter leur pays, conscients du peu d’avenir qu’il y ont. Si le Bénin n’est pas, a priori, touché par le phénomène “migrants” (jusqu’à maintenant), des ressortissants d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, où la situation économique est pire, tentent l’aventure.

Que faire ?

On me pose souvent la question, moi qui suis censé mieux connaitre la situation là-bas que beaucoup de Français, “quelles sont les solutions”?  Franchement je ne sais pas, je suis plutôt pessimiste. Je ne vois que quelques pistes (tout en étant prudent, je ne veux pas apparaître comme un donneur de leçon) : combattre vivement la corruption, mieux percevoir les impôts (ça ne sera pas difficile…), augmenter tout de suite le SMIG et les bas salaires, contrôler les conditions de travail (c’est possible dès maintenant et les entreprises peuvent facilement le supporter), réformer en profondeur l’école (et payer mieux les enseignants), encourager les investissements privés, y compris de l’extérieur, développer le tourisme (qui rapporte de l’argent tout de suite).  Et… changer quelques mentalités… Le pays a tout pour réussir pourtant, les Béninois sont travailleurs !  Mais c’est l’organisation, au sens large, qui ne va pas…

C’est le sens du programme du nouveau  président de la République (revoir ici). Réussira-t-il ? Je le souhaite …  EV

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In and out of Africa

Je viens de  passer quinze jours au Bénin, mon “deuxième pays” comme beaucoup d’entre vous savent. Je n’y étais pas retourné, pour des raisons diverses, depuis… 3 ans ! J’y suis allé notamment pour voir si je pouvais réactiver les anciens projets pro que j’avais déjà imaginés voici quelques années (notamment un site “CotonouMail”, consacré aux affaires, dans ce pays très commerçant). Mais la connexion internet trop lente, les coupures intempestives (d’internet, d’eau, d’électricité, au point que j’avais dû acheter un groupe électrogène)  avaient rendu le projet impossible.

Mais ça y est : désormais l’internet (et le reste) fonctionne bien : j’ai pu même regarder les TV sur mon PC ! Le projet CotonouMail redevient envisageable, en tout cas passionnant, même si ça ne sera pas facile.

Autre but de ma visite, récolter, ou plutôt actualiser,  informations et témoignages sur le travail là-bas, les salaires (quand  il y en a, le chômage, surtout des jeunes, étant … abyssal), le cout de la vie, à Cotonou du moins.  Ceci pour tenter de faire comprendre, en ces temps de pressions migratoires vers l’Europe la vie des gens, convaincu qu’un grand nombre d’entre vous ne savent pas comment ça se passe la-bas (et encore, le Bénin est un des meilleurs pays d’Afrique). A voir dans l’article plus haut, à venir.

Ville plaisante, animée, avec des habitants agréables et accueillants.

une partie de la ville, située entre mer et lagune. Au fond le lac Nokoué

Je suis resté tout le séjour à Cotonou, basé dans mon appartement de Fidjrossè, situé derrière l’aéroport international (décidément), que je loue depuis 10 ans. Cotonou est de fait la capitale, puisque la présidence de la République et le gouvernement y sont, mais officiellement, c’est Porto-Novo l’autre grande ville du sud, qui l’est (ça avait été décidé après l’indépendance, pour ménager les susceptibilités). C’est une grande ville au bord de l’océan, avec un port très important (dont la gestion a été confiée récemment au port… d’Anvers). Je ne résiste pas à publier cette perle du nouveau DG, Christiaan De Block, sur le site web du Port :

Je vous invite donc à venir très régulièrement consulter ce portail numérique qui est le vôtre, pour qu’ensemble nous poursuivions notre mission de promotion et de développement pour un Port de Cotonou qui se positionne définitivement comme un leader dans les activités aéroportuaire de la sous région“.(cliquez ici pour tout voir).

vue (partielle) du port

Lors des élections présidentielles, en 2016, c’est Patrice Talon qui a été élu, avec 63.57% au deuxième tour (le voir ici).  Ça a été une surprise pour beaucoup. Il n’avait jamais été élu auparavant et ne faisait pas de “politique active”. C’est homme d’affaires à la base, qui a bien réussi, en partant de rien. Suite à une grosse brouille avec l’ancien président, Boni Yayi, il a décidé de se présenter. Sans parti politique au départ. Et ça a marché; personne ne l’a vu venir. Il me fait penser à Macron… En fait, comme en France, les électeurs ont fini par en avoir marre des régimes précédents, qui ne faisaient …  pas grand chose. J’ai eu l’occasion de l’écouter lorsqu’il était venu à Paris, en début d’année, rencontrer les Béninois d’ici. J’ai vraiment apprécié son style. Et je vois qu’il a entamé une lutte concrète contre la corruption, qui gangrène le pays depuis… l’indépendance.

Il a mis en place un programme ambitieux de modernisation du pays (qui en a bien besoin). Voyez-ça ici ça peut donner des idées de business…  Notamment le début de la construction d’un nouvel aéroport (sur lequel ADPi a obtenu la maîtrise d’ouvrage déléguée: revoir ici). Et les négociations continuent entre ADP et le Bénin pour la gestion de l’actuel aéroport. Et l’extension du port, qui est le poumon économique du pays. Mais aussi la protection sociale (quasi inexistante : par exemple, seulement 8.4 % de la population est couverte par une assurance maladie), l’eau potable (la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable) et l’électricité, l’urbanisme (il a mis en place des opérations, dans les villes, de “déguerpissement”, c’est à dire d’interdiction de commerces  sur la voie publique, nombreux, et ce depuis des années, ce qui a fait grincer des dents).

Comme Macron, il a mis un coup de pied dans la fourmilière (ou plutôt dans la termitière…). On va voir ce que ça donne, mais pour l’instant c’est plutôt bien parti…

Une fois de plus, je vous conseille d’aller en vacances dans ce beau pays. A votre disposition pour des tuyaux…(revoyez aussi tout ça…)

Les deux fotos (prises par un drone) publiées ici sont de Stéphane Brabant (celui qui avait réalisé “Happy from Cotonou”, revoir ici, c’est comme ça que je l’ai connu), un Français installé à Cotonou depuis un bon moment. Je suis allé lui rendre visite avant de partir, avec plaisir (il habite non loin de chez moi, à Fidjérossé aussi). Son agence de com’ se développe bien ! Voyez son site en cliquant ci-dessous. EV

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Statistiques de lecture : le Club des Acteurs du Grand Roissy en vedette

cliquez pour agrandir

Voici les dernières stats publiées par WordPress, le logiciel -gratuit- sous lequel RoissyMail est généré. Ça donne une idée. Vous remarquerez que l’article “Club des acteurs….” arrive nettement en tête. Les pourcentages peuvent paraitre faibles, mais il faut savoir que c’est calculé sur les milliers d’articles publiés. Question lectorat, le plafond de verre des inscrits à la newsletter est toujours un peu en deçà de 6000. Mais le site est beaucoup plus fréquenté. J’estime toujours entre 70 et 100 000 visiteurs uniques par mois. Ceci parce que beaucoup de lecteurs réguliers ne se sont sont pas inscrits, pour une raison ou une autre, à la newsletter, mais aussi que les articles de Roissymail sont très bien référencés par les Google et consorts. C’est encourageant. EV

Découvrez Word Press (pour ceux qui ne connaissent pas): ça peut vous être utile


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Il faut (vraiment) se méfier des mots (que j’aime, pourtant)

ce panneau est situé rue de Belleville, non loin du métro Pyrénées. Depuis longtemps...

Par définition,  les langues vivantes vivent. Le sens des mots évolue, d’autres, nouveaux, apparaissent  (chaque année le Petit  Larousse en rajoute une liste : voyez ceux de 2018, et ses surprises). Jusque-là rien d’anormal. Mais il y a aussi les mots et le sens des mots, des glissements sémantiques, des expressions qui apparaissent selon… les modes du moment. Très franchement, ça m’énerve un peu.

J’en avais noté ces temps-ci quelques uns. Les voici, dans le désordre chronologique :

Fier” : aujourd’hui, tout le monde est fier de … tout et de n’importe quoi. On a été récemment abreuvé de “fiers d’être Français” après la victoire de la Coupe du monde. Je ne vois pas pourquoi beaucoup sont “fiers d’être Français” … Donc si on avait perdu, ils auraient été “pas fier d’être Français”…? Ce mot fier, de mémoire, a commencé voici une bonne trentaine d’année avec les “Gaypride” nées aux USA et reprises en France, sous le terme “Marche des Fiertés homosexuelles”, devenue à son tour Gay Pride . Franchement, je ne vois pas en quoi on peut être “fier d’être homosexuel”… Pourquoi n’y a-t’il pas de “Fiertés bissexuelles, ou hétérosexuelles” ou … de Tailleurs de pipe ? Et il y a eu, tout récemment, à Paris, magnifiés par la mairie de Paris  et le gouvernement, des… Gay Games, compétition sportive “internationale” réservés aux “gays” (expression somme tout honteuse et hypocrite, employée par la “société civile” (pour ne pas dire “homosexuel”…) qui a, été j’en témoigne (on ne disait pas “discriminé” à l’époque) odieuse pour le moins, voire criminelle vis à vis des homosexuels, les mettant au ban de ladite société. Il n’y a pas si longtemps que ça… Des histoires dramatiques comme ça, j’en ai connu plein, de près.

Toujours aux USA, je suis tombé, une année lorsque j’étais en reportage à Washington, sur une inattendue “Haïtian Pride”. Un défilé festif somme toute sympathique d’Haïtiens réfugiés, (nombreux aux US) … Mais je m’étais posé la question : compte-tenu de l’histoire de ce pays jusqu’à nos jours, je ne crois pas que j’aurais été “fier” d’être Haïtien …

Résilience” : alors celui-là est tout récent chez nous. Je ne connaissais pas ce mot. A en croire le Larousse (voir ici), il s’agit d’une “caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d’un matériaux”. Puis on a entendu de plus en plus ce terme avec les attentats islamistes, s’agissant de la capacité des Français à résister ou plutôt à encaisser ces autres chocs. Et, comme une trainée de poudre, tous les journalistes se sont mis en à l’employer. Marrant, je trouve…

Les associations” : alors celui là est employé par les médias,à toutes les sauces. Un problème quelconque et on évoque systématiquement la position des “zassociations”, comme je les appelle, sans qu’on ne sache jamais lesquelles et ce qu’elles représentent. Idem quand est interviewé un responsable d’une association (dont on voit cette fois le nom), on ne sait jamais ce que ladite association représente, en terme de représentativité. Or seulement trois personnes sont nécessaires pour en créer une…

Société civile” : pareil. On entend ce mot sans arrêt. Qui selon moi, ne veut rien dire (voir ce qu’en dit wikipedia). Pas loin le fameux “vivre-ensemble”  glorificateur (rédempteur ?) dont on nous rebat les oreilles depuis quelques années (y’a même une “mission Vivre Ensemble” créée par le ministère de la Culture ! voir ici)

Valeurs” : c’est surtout l’apanage de de beaucoup de politiciens actuels qui n’ont rien à dire (excusez ce presque pléonasme). Surtout, depuis des années les PS et LR, j’ai remarqué. “nous défendons nos valeurs”, répètent-ils tous en boucle depuis quelques années, sans qu’on ne sache, évidemment, lesquelles.

Blacks, race/ racisme, personnes âgées, dodus et autres enrobés ou corpulents, élèves en difficulté, quartiers difficiles...”:  Il y a un bon moment qu’on ne dit plus Noir, mais Black, ce qui veut dire évidemment la même chose. C’est surtout les Blancs d’ici qui ont introduit ce mot. Comme s’ils avaient peur que le mot Noir soit je ne sais quoi, discriminant ? Ce qui n’empêche certains Noirs, ici et ailleurs, sur les réseaux sociaux notamment, de se déclarer être “fiers d’être Noir”. Sans parler des petits connards, (Blancs) dans le sud de la France qui avaient “manifesté” contre un pâtissier qui vendait le gâteau bien connu “Tête de Nègre” !  A une époque où “tout le monde” voit du racisme partout, le projet constitutionnel a  supprimé  le mot “race”  dans l’article 1er. Plus de race, donc plus de racisme… Ben des pays “racistes” comme la France, j’en veux bien tous les jours…

Que dire des vieux? Il y a plus de 40 ans que ce mot à quasiment disparu. Même l’organisation para-communiste “Union des Vieux de France” a changé son nom (voir ici, ses virages sémantiques).  Plus personne n’est vieux, pas même à 80 ans (le principal étant d’être “jeune dans sa tête”) . Ce mot est devenu une insulte. La bienpensance s’est tortillée, ces dernières années, pour trouver des mots de remplacement. Il y eu d’abord “personnes âgées” mais rapidement les mêmes ont pensé que ça faisait encore “vieux”. On a eu aussi “anciens” , mais ça aussi c’était trop…  On en est à “séniors”. Je vais avoir 64 ans, mais moi je me considère comme vieux  sans problème. Ah, au fait, le mot vieillard a complètement disparu de la circulation.
Les “gros“: bien sûr plus personne n’est gros (au moment où, en France comme ailleurs, y compris dans les pays sous-développés, le nombre de gros augmente sans arrêt). Gros, c’est comme vieux, c’est devenu une insulte. J’avais une collaboratrice qui pesait … 130 k. Un jour je dis à un de mes correspondants, qui ne voyait pas de qui je parlais, “tu sais, la grosse…”. Le correspondant en question s’est souvenu, (évidemment) tout de suite, du coup, mais en me lançant un regard noir, me reprochant sûrement d’avoir employé ce mot qu’il jugeait certainement insultant. Donc on peut faire 130 k (pour 1.60 M ) et ne pas être gros. Ce qui fait qu’on en est  à… corpulent, (surpoids a été employé pendant un moment, vite abandonné, car trop évocateur), enrobé (c’est déjà trop), fort, costaud (ça fait… sportif), j’ai même entendu : confortable ! Etc.

C’est comme les maigres, dans l’autre sens. Il n’y a plus de maigres : seulement des fins, voire très fins…

Et il n’y a plus, depuis des années, de “mauvais élèves” (c’est traumatisant…), il n’y a plus que des élèves “en difficulté”. Expression malheureuse qui n’encourage pas les intéresses  à progresser.

Trop long ! Mais driller et … malaisance quand même

Bon, je suis déjà trop long. Faut dire qu’il y en a plein, “trop même” comme on dit en Afrique. Allez, pour le fun:  “défusion”, “déprotéger” (employé par le nouveau Secrétaire général FO à la télé, peu après son élection), inclusif (et son orthographe e-e…), supporterisme, court-voiturage, diversité et même “driller” (noté cette phrase : il nous permet de “driller” au maximum tous les scenarii que nous serons amenés à rencontrer sur le théâtre) qu’à ce jour je ne comprend toujours pas.

Et, tout récemment, j’ai entendu , pour la première fois, le mot ” malaisant “.

Bon, “à très vite” (selon l’expression à la mode, notamment sur les mails ou SMS) pour une suite. “Pas d’souci” (puisqu’on ne dit plus plus “pas d’problème”, parait que c’est stressant…)  EV

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