L’adieu à Simon Dawidowicz

Plusieurs centaines de personnes, c’était impressionnant, sont venues hier rendre hommage à Simon Dawidowicz, au cimetière intercommunal du Vieux-Pays de Tremblay-en-France.

Au cimetière du Vieux-Pays, lors de l'allocution du maire

François Asensi, député-maire et ami de Simon a pris la parole devant l’assemblée composée de nombreux frères et sœurs francs maçons. En effet, Simon Dawidowicz avait effectué un longs parcours maçonnique, au Grand Orient de France.

Le maire a d’emblée dit la difficulté de l’exercice : “nous avons tous ici le sentiment que Simon a vécu plusieurs vies, tant son parcours est hors du commun“. Et il est ensuite venu sur ce qui, j’en témoigne aussi,  marquera Simon Dawidowicz à vie: “enfant déjà, il rencontra chez l’être humain ce qu’il y a de plus abject. Pris dans la barbarie nazie, dénoncé, pourchassé, il connu l’apocalypse de la déportation et de la shoah pour sa famille, ses oncles et ses tantes, ses cousins, des amis, des camarades frappés en plein jeunesse et qui ne reviendront jamais“.

Il faut savoir que le jeune Simon et sa sœur furent cachés pendant la guerre pour échapper aux rafles anti-juifs des nazis et de la police de Vichy.

M. Dawidowicz, s’il ne se plaignait jamais, avait ce drame au cœur. C’est la première des choses qu’il m’avait racontée, le premier jour où j’ai commencé à travailler avec lui à la mairie de Tremblay, en octobre 1992. Comme s’il avait tenu d’emblée à ce que “je sache”.

François Asensi réconfortant Rosette, l'épouse de Simon Dawidowicz.
François Asensi en train de réconforter Rosette, l'épouse de Simon Dawidowicz

Cela lui avait donné de grandes qualités humaines et le sens de l’autre. Homme de gauche, mais sans carte, c’est l’ancien maire (PCF) de Tremblay, Georges Prudhomme, qui l’avait fait rentrer au Conseil municipal. F. Asensi, qui avait succédé à Prudhomme, en a fait son adjoint, chargé des affaires économiques, du commerce et de l’artisanat. Cet homme d’entreprise (Simon avait fait plusieurs métiers, dont celui d”‘imprimeur en chambre”), Asensi l’a reconnu dans son éloge: ”  a su ouvrir toutes les portes entre le monde de l’entreprise et la municipalité“. Puis:  ” à l’initiative de la création d’un  réseau relationnel impressionnant avec le monde de l’entreprise, il contribua à donner à Tremblay cette exceptionnelle richesse économique que beaucoup nous envie “.

Le maire a rappelé aussi son action en faveur de la laïcité (au sein de l’Amicale laïque, très puissante à Tremblay), de l’Education (il était Délégué départemental de l’Education nationale et fut décoré des Palmes Académiques), des handicapés mentaux (il fut un des fondateurs, avec notamment le regretté Jean Lejosne, de l’association Arc-en-Ciel qui gère aujourd’hui trois foyers et un IME).

Il a salué (sans le nommer explicitement) son “engagement philosophique, dans le plus pur héritage des Lumières, au sein de cet univers de fraternité, d’esprit et de cœur, pour qui la seule cathédrale à construire est l’homme lui-même“.

En 2008, le Conseil municipal, sur la demande du maire avait nommé officiellement Simon Davidowicz Maire adjoint honoraire pour l’ensemble de ses bonnes actions (voir la foto de la cérémonie sur le site de la ville, ici).Le journal de la ville lui rendra un hommage dans sa prochaine édition.

Les frères et soeurs francs-maçons, lors de la "chaîne".
les frères et soeurs francs-maçons lors de la "Chaîne".

Le “Vénérable” de la loge à laquelle Simon appartenait a pris la parole en dernier, alors que les frères et sœurs maçons, ceignant ensemble leur écharpe rituelle se plaçaient en  “chaine maçonnique”, les mains dans les mains.

Des souvenirs

Il y avait de l’émotion, bien sûr, hier à  l’enterrement. Tristesse de la disparition évidemment. Mais, en ce qui me concerne (d’autres aussi) c’était des souvenirs joyeux que j’avais en tête. C’est vrai, le maire l’a souligné “Simon était très prolixe dans ses projets. Certains étaient inattendus, parfois irréalisables, mais toujours emprunts de cette humanité et du bonheur qu’il voulait pour autrui“.

On n’arrêtait pas, au service du Développement économique, avec Simon. Les réunions de travail dans son bureau du 3ème étaient toujours bien remplies, dans la bonne humeur et toujours avec de l’humour, si ce n’était de franches rigolades. C’est lui qui m’a fait connaitre le monde des “petits commerçants” (qui est effectivement un “monde”!), mais son action était “tous azimuts” , il avait 15 idées par jour…  Impossible de tout raconter, voici seulement quelques bribes…

Juste quand je suis arrivé, Simon avait préparé ce qu’on a appelé les “Visites du Nord”. Entendez, du Nord de la commune. En effet, le territoire communal est plutôt bizarre…Il a la forme d’un champignon dont le pied est constitué du “nouveau pays” (autour du Vert Galant et des Cottages), la tête composée de l’aéroport et de Paris Nord 2, et au milieu le “Vieux-Pays”. Simon s’était rendu compte que les Tremblaysiens ne situaient plus bien leur territoire. Il eu alors l’idée de faire ces visites, à bord d’un bus de la ville, le samedi matin. Ses collègues conseillers ne croyaient guère à l’intérêt de l’affaire (et je crois bien qu’au début, Asensi non plus). Eh bien ce fut un succès fou. Pendant des années, les bus étaient pleins, il y avait une liste d’attente. On partait de la mairie, direction le Vieux-pays, via les Cottages. Simon et moi au micro. On expliquait les projets urbains (stade, voiries…), on montrait les commerces. Puis on visitait la fameuse Grange-aux-Dîmes, dont les fondements remontent au 13ème siècle, on évoquait l’agriculture. Puis on passait devant les espaces au sud de l’aéroport et on expliquait les projets, le parc des expos… Souvent on s’arrêtait à la “Ferme du Vieux-Pays (famille Zaffani) qui produisait à l’époque les œufs “Lustucru” et chacun repartait avec une douzaine d’œufs tout frais. Puis c’était CDG avec le Hub Postal , les zones de fret, les aérogares, la gare TGV en construction, tout comme l’hôtel Hilton… Le tout avec des cartes aériennes et le trajet, les limites communales…  Au fur et à mesure des sorties, on améliorait … Petit dossier économique, infos sur les créations d’emplois, les retombées fiscales, arrêt dans les entreprises (Servair nous passait des goodies, Hilton, puis Hyatt nous payaient un p’tit déj vite fait, vers 10h 1/4)). Puis visite et explications sur Paris Nord 2. Retour à la mairie à 12h 30. A la fin les gens applaudissaient, ravis d’avoir eu des informations et fiers de voir leur territoire et l’aéroport se développer. Et un pot nous attendait à la mairie, le maire était là, serrait les mains de ses administrés, enchantés.

Ça c’était de la bonne politique municipale. C’était “du Simon” pur jus. En 4 ans, j’avais compté, plus de 2500 personnes avaient fait les “Visites du Nord”. La presse, (Le Parisien, La Tribune) avaient consacré un bon papier sur cette initiative.

2ème histoire: la bataille contre le projet de Centre commercial qui devait être implanté à la Villette-aux-Aulnes, initié par la ville toute voisine de Mitry-Mory. Le conseil municipal de Tremblay juge que ce n’est pas bon, pour de multiples raisons. Asensi charge alors Simon de tout faire pour mobiliser l’opinion “contre”. C’était parti, je vous la fais courte: création d’une association regroupant toutes les assoc de commerçants de la région (jusqu’à Othis!), conférences de presse, délibérations de tous les conseils municipaux “contre” et cerise sur le gâteau : un truc de ouf… Jugez: un matin Simon vient m’appelle et me dit son idée du jour. “On va faire une “soirée de gala” contre le centre commercial, à l’hôtel Hilton. J’y croyais pas!  Et ben ça c’est fait. Et, pour faire pas cher, il est allé “tapé” la CCI et le Chambre de Métiers qui ont donné 10 000 F chacune. Et en plus un “menu-magazine” dans lequel on a vendu de la pub en pagaille aux commerçants  du coin, aux grandes surfaces aussi (qui ne voyaient pas d’un bon œil le Centre, évidemment) et d’autres soutiens…

La soiré de gala fut un grand succès. J’y croyais toujours pas… Avec tout ça, Auchan a renoncé au Centre… C’était encore du “Simon”…

Et je vous passe les foires aux produits régionaux et métiers d’art, les autres soirées de gala (Nouvel an chinois, salades de cuisses…), l’expo de la Monnaie de Paris à la mairie, la visite à Verdun avec les anciens combattants et le “kaddish”  au monument juif de Douaumont, les présentations de la ville aux personnalités de passage, les multiples contacts pour implanter des entreprises, promouvoir les nôtres, faire en sorte qu’elles travaillent ensemble, qu’elles embauchent localement… Le point d’orgue en fut les “Rencontres ADP/Entreprises Tremblaysiennes” organisées en 1994, bien avant que tout le monde s’intéresse à CDG, qui permirent l’ouverture de relations commerciales réussies entre ADP et les entreprises locales.

En 1994, succès des "Rencontres ADP/Entreprises Tremblaysiennes"

On avait même édité (avec ADP) une sorte de guide genre “Vendre à ADP” particulièrement efficace. Grand succès ce jour-là. Même Asensi, je m’en souviens bien (il en conviendra)  ne s’attendait pas à voir tant de monde …

Eh oui !  plus de quatre années de travail quotidien avec Simon, trépidantes, passionnantes, sans jamais un conflit, ni même une petite “dispute” (allez !  une toute petite… incompréhension…). Je passais chez lui de temps en temps, j’y mangeais même parfois et on parlait de plein de choses de la vie, toujours bien reçu, avec son épouse Rosette.  Un jour ils nous ont invités, avec des amis, à un repas juif , en nous expliquant les recettes (notamment une excellente carpe à la juive). C’était toujours un vrai plaisir. Avec Simon, on ne voyait pas le temps passer.

Il m’a appris beaucoup, dans tous les domaines. Et il m’a encouragé (et aidé: sans lui je ne crois pas que je l’aurais fait) à créer notre agence VPP, prodigué plein de conseils:  en gestion, en “commercial”, sur “les gens”…

Aujourd’hui je regrette encore plus que la vie, trop rapide, ait  fait que je ne sois plus allé lui rendre visite ces dernières années, et ce n’était pas faute d’y penser. Comme quoi, il ne faut jamais négliger… J’aurais eu plein de choses à lui dire, à lui montrer… En tout cas, chez nous, comme je l’imagine en maints autres endroits, son souvenir sera toujours là, et pour longtemps.

Adieu M. Dawidowicz, et merci.

EV

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2 réflexions au sujet de “L’adieu à Simon Dawidowicz”

  1. J’apprends cette triste nouvelle a mon retour d’un voyage professionnel a l’étranger.

    Magnifique hommage Éric.
    Comme toi je me souviens aussi de ces premières visites du “nord”.

    Simon, tu resteras en ma mémoire…

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