Stéphane Gatignon: « l’intercommunalité a besoin d’un mode d’emploi »

Le maire de Sevran Stéphane Gatignon réclame une remise à plat du fonctionnement de l'intercommunalité Terres de France.

Le maire (EELV) de Sevran Stéphane Gatignon ne mâche pas ses mots. Dans une lettre adressée en février à François Asensi, député-maire (PCF) de Tremblay-en-France et président de la communauté d’agglomération Terres de France (Sevran, Tremblay, Villepinte), il avait ouvertement critiqué le fonctionnement de l’intercommunalité et reproché à ce dernier de faire preuve « d’agressivité » à son égard. Dans une interview accordée à RoissyMail, Stéphane Gatignon demande une remise à plat de l’intercommunalité et n’épargne pas, une fois encore, François Asensi.

Dans une lettre adressée en février à François Asensi, député-maire (PCF) de Tremblay-en-France et président de la communauté d’agglomération Terres de France (Sevran, Tremblay, Villepinte), vous lui reprochiez de ne pas souhaiter renouveler l’attribution à votre ville d’une aide d’un million d’euros au titre d’un fonds de concours. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pour l’instant, cette aide n’est toujours pas renouvelée. Il a été décidé en fin d’année par le fait du président, par « le fait du Prince » qu’il n’y aurait plus ce million d’euros. Et ça ce n’est pas possible et pas sérieux. J’ai été élu en 2001 pour ça. Dans un tract, il était écrit : « Sevran est à la croisée des chemins, ses ressources sont faibles et ses finances difficiles, François Asensi, député de Sevran, maire de Tremblay-en-France propos à Stéphane Gatignon de partager avec Sevran les richesses du pôle aéroportuaire. » Aujourd’hui on me dit non. Ca veut dire quoi ? Il faut que la solidarité financière existe dans l’intercommunalité.

Que représente ce million d’euros en moins ?

Cela se traduirait par une hausse des impôts de 5%. Un million d’euros, ce n’est pas grand-chose mais pour nous c’est énorme. On est à 10.000 euros près ici. La ville est en grande difficulté. On se bat. En 2001, quand j’ai été élu, la même personne qui a fait les études financière sur l’intercommunalité était venue pour faire l’étude de la ville, et a dit : « En 2005 vous serez mis sous tutelle, vous ne vous en sortirez jamais. » Aujourd’hui, on a la tête au fond de l’eau mais on respire encore. Chaque année, on a 30 millions d’euros de moins qu’une ville de même strate pour fonctionner. Alors que le budget de Tremblay est supérieur de 42 % à celui d’une ville équivalente. Le premier achat que j’ai fait ici en 2001, c’était d’acheter des cornes de brume parce qu’il n’y avait plus d’alarme incendie dans les écoles de cette ville. On vit dans un autre monde ici.

Vous dites que la communauté d’agglomération « n’avance plus ». Pourquoi ?

Il y a un problème. Il faut revenir au cœur et redéfinir ce qui est et ce qui doit être la base de l’intercommunalité. Il faut un mode d’emploi, des règles. Comment on travaille aujourd’hui ? On nous sort tout un tas de projets qui ne sont pas fous mais qui ne sont pas sérieux, à partir du moment où l’on n’a pas défini l’intérêt communautaire. C’est le premier travail à faire. On ne peut pas plaquer des trucs comme ça. Je vous cite un exemple : le projet de « colisée » à Tremblay, une grande salle pouvant accueillir des rencontres sportives, des salles de spectacle, avec des restaurants et des centres de conférences à l’image de ce qui se fait à l’Arena de Londres. On n’a pas de structure de ce genre-là en France mis à part à la limite le Stade de France. Le Parc des Princes est mort, Bercy c’est daté, etc. Qu’il y ait une telle structure qui s’implante sur le territoire, près de l’aéroport de Roissy, cela ne me choque pas. Cela me paraît même logique. Mais c’est dans l’intérêt national, pas dans l’intérêt communautaire.

Le dernier document stratégique de cohérence territoriale du secteur date à peu près de 1999-2000, il a été réalisé par le SEAPFA (Syndicat d’équipement et d’aménagement des Pays de France et de l’Aulnoye). Même si elle n’était pas aboutie, il y avait une vraie réflexion. Si mes souvenirs sont bons, il y avait un projet de grand gymnase à Sevran. Je ne dis pas qu’il faut mettre l’Arena à Sevran. Mais avant de définir un objet, il faut définir à quoi cela sert et après définir un lieu. Un projet comme celui-là, cela se travaille, cela ne se décrète pas. Autre exemple : des propositions d’élargissement de la compétence sportive ont été faites pour aider les sportifs de haut niveau. Quel intérêt a-t-on à aider les sportifs de haut niveau aujourd’hui dans une interco ?

Vous formulez des critiques mais pourquoi avoir quitté votre poste de vice-président  de l’intercommunalité alors que vous auriez pu rester pour essayer de faire évoluer les choses ?

Je l’ai fait parce que j’avais un cumul de mandats. Aujourd’hui, je suis maire et conseiller régional, je ne peux pas faire plus. J’ai aussi quitté mon mandat de conseiller général. Après, ce sont des élus qui me remplacent. Nous travaillons en équipe. Celui qui m’a remplacé à l’intercommunalité, c’est le premier adjoint. Celle-ci ne peut pas se construire uniquement par les trois maires ou uniquement par le président. Elle doit se construire collectivement, collégialement. Avec un débat d’idées et pour avancer petit à petit. Aujourd’hui, on a un fonctionnement bizarre…

Les deux maires actuels décident-ils de tout ?

Non, je ne pense que Nelly Roland (NDLR : maire apparentée PCF de Villepinte) décide de grand-chose. Certaines décisions, on évoquait l’exemple des sportifs de haut niveau, ne sont même pas discutées en amont dans le bureau municipal de l’une des villes. On a créé une supra-communalité. Des décisions sont prises mais il n’y pas de retour dans les villes.

Sevran va-t-elle quitter l’intercommunalité ?

Il n’y a jamais eu cette volonté. A aucun moment, on a dit qu’on allait quitter l’interco. Au contraire, aujourd’hui l’intérêt de Sevran c’est que l’on est un peu central. Avec le Grand Paris, les choses ont énormément bougé depuis deux ans. Aujourd’hui, l’Etat veut travailler à fond sur le rêve d’ADP et Roissy. A mon avis les élus se leurrent là-dessus parce que derrière si l’on fait le Grand Roissy, c’est ADP qui va gérer. Je pense que l’enjeu, comme il y a dix ans, cinq ans et trois ans, c’est d’avoir une interco large notamment entre les deux aéroports, celui du Bourget et de Roissy. Avec Le Blanc-Mesnil, pourquoi pas le Bourget, Aulnay-sous-Bois, Sevran, Tremblay, Villepinte. Mais également, parce que c’est aussi le territoire, pourquoi pas Livry-Gargan, Clichy-sous-Bois et Montfermeil ? Le nord-est de la Seine-Saint-Denis est un vrai bassin de vie. Historiquement, il y a des liens humains. Et puis, on a dit que l’on commençait à trois et que l’on allait ouvrir.

Donc le but, ce n’est pas de la quitter. Ce que nous voulons c’est que l’intercommunalité réussisse et qu’elle soit démocratique. C’est fondamental. Mais pour ce faire, il faut une règle du jeu claire, c’est-à-dire réaffirmer les choses pour avancer. Il faut travailler sur le Scot (Schéma de cohérence territoriale), sur le programme local de l’habitat (PLH), sur l’intérêt communautaire, sur les questions de solidarité financière. Les élus doivent donner un sens à tout cela et après les services travaillent. Mais il faut organiser le travail de ces services intelligemment ! Aujourd’hui, chacun est invité à des réunions sur des thèmes divers, avec un mélange d’élus et d’employés des services. Non ! Il faut des réunions, des ordres du jour, des comptes rendus, des choses claires, des DG qui se rencontrent. Une répartition, des dates de réunions à jour fixe.

Comment définiriez-vous la communauté d’agglomération à l’heure actuelle?

Aujourd’hui, je ne la définirais pas. Je pense que l’on est dans la même situation qu’il y a un an lors de sa création. Je ne la définirai que lorsque les différents champs de compétence seront clairement établis.

Vous disiez que François Asensi vous en voulait ? Vous pensez vraiment que c’est la raison pour laquelle il ne renouvelle pas cette aide d’un million d’euros ?

Absolument. A un moment il faut qu’il le dise ! Durant cette campagne des cantonales, on a vécu un déferlement incroyable. On a dû avoir vingt-cinq tracts en un mois et demi à Sevran. On dirait qu’il s’agit d’une élection législative… Je n’ai aucune inimitié vis-à-vis de François Asensi. On peut avoir des parcours différent à un moment donné, mais on ne fait pas payer à une population l’amertume que l’on peut avoir. Ce n’est pas sérieux. Même pour l’élection, il n’appelle pas clairement à voter pour notre candidat (NDLR : Jean-François Baillon du parti Europe écologie). Il demande juste aux électeurs de faire barrage au Front national au deuxième tour.

Depuis quand les relations se sont détériorées ? Vous en a-t-il voulu d’avoir quitté le PCF en 2009 pour rallier Europe écologie et vous présenter pour ce parti lors des élections régionales ?

Pas au début. C’est le premier à avoir été prévenu de mon souhait de changement. Puis, la campagne des régionales (février-mars 2010) a été un peu dure. Et cela s’est aggravé depuis le mois de septembre. Il a quand même écrit aux électeurs de Sevran et de Villepinte que j’étais quasiment un taliban. Mais où va-t-on ? Je sors prochainement mon deuxième livre (Pour en finir avec les dealers, à paraître le 6 avril aux éditions du Cherche Midi). Peut-être m’en veut-il aussi pour cela. Mais, franchement ce n’est pas mon problème. Je m’en fous.

Maintenant que vous avez quitté le Parti communiste, craint-il l’éventualité que vous vous puissiez vous présenter face à lui lors des législatives ?

La question ne pose pas. On n’en est pas là…

Avez-vous des ambitions à ce niveau-là ?

Moi, je me battrai pour que Sarkozy soit battu l’année prochaine. Je soutiendrai le candidat d’Europe écologie à l’élection présidentielle mais je ferai tout pour que le candidat de gauche l’emporte. Après, le reste, je m’en fiche.

Propos recueillis par Ludovic Luppino

Partagez cet article

Laisser un commentaire