ADP et le sous-préfet de Meaux contre le préfet de Seine-et-Marne?

Le président de Plaine de France, D. Haquin, Gérard Eude et Bernard Corneille lors de la réunion du 17 janvier

La CC Plaine de France a-t-elle joué son  va-tout  pour faire aboutir son projet de grande interco à l’Est de CDG ?  Son président, Daniel Haquin (DVG) a adressé une lettre au préfet de Seine-et-Marne, M. Pierre Monzani.  Celui-ci (ou plutôt l’actuel SDCI voté a bulletin secret à la demande la gauche) campe en effet  sur ses positions en voulant intégrer, contre leur volonté, les communes seine-et-marnaises  de Mitry et de Compans à la CC Terres de France (Tremblay, Villepinte, Sevran, en 93) et donc de les exclure d’un rattachement “seine-et-marnais” avec la fusion retenue de la CC Plaine de France et celle de la Goële et du Multien.

La lettre de Plaine de France (à lire absolument ici) qui lui a été envoyée ce 30 janvier n’y va pas par quatre chemins : elle l’informe que désormais les élus de Plaine de France et leurs alliés vont passer par dessus lui et en appeler à l’arbitrage du ministre des collectivités, M. Richert.

Avec, en prime, quelques arguments… inhabituels.

Faisant état du “Livre blanc”  qu’ils avaient présenté en octobre (revoir ici), et  qu’ils avaient envoyé à … tout le monde, notamment à Pierre Graff, PDG d’ADP, les élus de la CC en ont remis une couche le 17 janvier, lors d’une réunion (foto) à Datagora, en présence de Gérard Eude, vice-président (PS) du Conseil général 77 et de Bernard Corneille, conseiller général (DVG) en charge des relations avec CDG, en présence de représentants d’ADP et d’Air France, de PME locales et de … la Chambre de Métiers 77. A l’issue de cette réunion a été publié le communiqué à lire ici dans lequel la CC se prévaut , d’une certaine manière, du soutien … d’ADP.  Pierre Graff, PDG d’ADP avait en effet répondu à la présentation du Livre blanc que la CC lui avait faite. Cette lettre a été rendue publique par la CC est consultable ici. On peut y lire, effectivement, que “votre projet de construire une intercommunalité intégrant les quatre communes d’emprise de l’aéroport Paris Charles de Gaulle (Mauregard, Le Mesnil-Amelot, Mitry-Mory et Compans) permettra un développement économique coordonné et concerté et contribuera à tirer le meilleur profit du moteur économique que représente la plateforme“.

Dans le même ordre d’idée, la CC, dans sa lettre au préfet, n’hésite pas à en rajouter une autre couche, en écrivant : “en lui coupant les ailes, c’est à dire en la privant de l’apport de Mitry-Mory et Compans, votre projet conduit inévitablement à l’échec comme l’a souligné M. le Sous-préfet au cours de la cérémonie des vœux de la Communauté de Communes Plaine de France”. Ce qui peut laisser penser, pour un lecteur non averti, que le sous préfet Humbert serait in fine d’accord avec eux. “C’est comme ça que nous avons ressenti sa déclaration“, a précisé avant-hier le président Haquin à RoissyMail .

Mon avis : ça ne s’arrange pas ! (mais ça peut…)

Incontestablement, la CC a poussé le bouchon un peu loin, dans la formulation de sa lettre au préfet et cela risque d’ être contre-productif. Certes, Pierre Graff, dans la sienne, évoque, sûrement d’une manière imprudente, les “quatre communes aéroportuaires”, et la CC y a vu tout de suite une “approbation” de ses projets d’interco par ADP.

Grosse erreur ! La philosophie d’ADP , bien définie, et à plusieurs reprises par P. Graff depuis sa prise de fonction ne consiste pas à rentrer dans de tels débats, mais à appuyer, voire encourager toute initiative visant à l’harmonie entre la plateforme et son environnement proche. On me l’a confirmé encore hier matin, en haut lieu, chez ADP. Assurément, la lecture qu’en a faite la CC  Plaine de France est interprétative… au moins.

De même que l’allusion à la prise de parole du sous préfet de Meaux, lorsqu’il a évoqué “l’échec” des négociations sur l’interco du secteur. La phrase rapportée dans la lettre de la CC au préfet (lire plus haut) laisse penser que le sous préfet pourrait être d’accord avec la position de la CC. Ce qui n’est absolument pas le cas, m’a assuré le sous préfet Humbert, hier matin au téléphone. Si j’ai bien compris ce qu’il m’a dit, il déplorait simplement l’absence de dialogue entre les élus du secteur, qui a aboutit, effectivement, à un blocage.

Et pour cause ! Ça fait des décennies que les relations, plus personnelles que politiques d’ailleurs, sont exécrables entre les élus du canton de Dammartin et, malheureusement, l’arrivée de quelques nouveaux n’y a rien fait, à l’exception peut-être de M. Dometz, maire UMP de Saint-Mard, plus modéré et plus réaliste. Dernier épisode en date de décembre dernier, une incroyable affaire (même pas digne de Cloche-merle) de menace de coupure d’eau venue du président Rigault (maire de Moussy-le -Neuf) et qui a provoqué l’ire et une lettre ouverte du maire d’Othis, Bernard Corneille, que je vous invite à lire ici : de quoi éclater de rire, si le sujet n’était pas si grave…  D’ailleurs, à ce sujet, il est devenu clair que le président Rigault, dont on sait ici tout le bien que je pense de lui, freine des quatre fers, et ceci depuis des années toute évolution positive en matière d’unité territoriale. Je sais ce dont je parle. Et c’est bien dommage.

Pour autant, la situation n’est pas encore catastrophique. Le sous-préfet Humbert nous a confirmé que, malgré l’adoption du Schéma, les portes n’étaient pas fermées et que la situation pouvaient encore évoluer. Voilà qui est clair et réjouissant. On a encore quelques deux mois.

Deux personnalités peuvent sortir le territoire de “l’impasse intercommunale”. Il s’agit de Bernard Corneille et d’Yves Albarello. Je les encourage à se rencontrer en “privé” d’abord et élaborer un principe territorial qui ne soit pas figé sur le rapport des forces politiques actuel. D’autres élections locales surviendront (Dammartin peut passer à droite, par exemple) et bien malin qui peut dire ce qu’il en sera alors.

Sinon, et Plaine de France n’a pas tort, la taille critique ne sera pas atteinte et il ne faudrait pas qu’ensuite, dans 10, 15 ans, l’on vienne nous rebattre les oreilles avec le leitmotiv habituel de la “réserve d’Indiens”, que “tout revient aux 95 et 93 etc.”.

Pour réussir, il faut que les gens se parlent, tranquillement. Il y a deux projets: celui de Plaine de France et celui d’Yves Albarello, député du secteur, maire de Claye-Souilly. Une synthèse territoriale, un compromis sur la gouvernance entre les deux est bien possible. Au centre de la question : le retour de Mitry et de Compans dans une interco 77. Le rattachement de celles-ci, je l’ai écris souvent, à Terres de France (93) n’est pas une hérésie, territorialement parlant. Mais, d’une manière forte, (cf le “referendum” de Compans, et les multiples déclarations de Mitry), ces deux communes ne veulent pas y aller. Or la cohérence de leur intégration à une interco “77” est au moins égale, sinon plus que l’option Terres de France. Pourquoi, dans ces conditions, vouloir passer en force ? Parce que Mitry est communiste?

Mais n’ayez donc pas peur de Mitry !

EV

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