Succès d’audience de la Conférence territoriale. Echec confirmé de la suite…

La Conférence s'est tenue à l'hôtel Novotel Wellness de Roissy Village

A voir le nombre de participants (j’ai compté 320 personnes), alors que la médiatisation de la réunion était restée confidentielle) et le record de fréquentation de l’édition spéciale de RoissyMail paru la veille , la Conférence du Grand Roissy, de ce point de vue a été un grand succès. Elle s’est déroulée juste après la signature de la Convention cadre de “Cœur économique Roissy Terres de France” (lire l’article à ce sujet ci-dessous).

La Seine-et-Marne, enthousiaste, était venue en force

Pratiquement tous les maires du secteurs étaient là et, plutôt que les citer tous, on notera quelques absences, bien regrettables : le sénateur – maire (NC) du Bourget, Vincent Capo-Canellas n’a même pas fait un saut (contrairement à l’an passé): signe à nouveau de son irrédentisme ? Le député -maire (UMP) de Claye-Souilly, Yves Albarello était très occupé à l’Assemblée nationale et nombre de participant ont regretté qu’il n’ait pas fait au moins une apparition. Autre absence remarquée:  celle des maires de Compans et de Mitry. Pas de maire ni de Marly, ni de Fosses. Pas de Blazy, maire (PS) de Gonesse Et … pas de Sevran … Précisons que certains, comme J-P Blazy étaient tout de même représentés.

Il n’y avait pas que des élus, bien sûr: beaucoup de fonctionnaires , d’animateurs de d’agences de développement économique, d’associations diverses ( y’avait même M. Loup, l’écolo du Grand Roissy, qui a dû être malade devant un tel étalage de projets, mais aussi heureux : il a  de quoi faire des pétitions pendant 15 ans ), quelques entreprises, les CCI, représentées par Frédéric Vernhes, président et Christophe Machard, membre de la Chambre du Val d’Oise et président de Roissy Entreprises …

On ne pourra , par ailleurs, reprocher à l’État de ne pas avoir mis le paquet : outre le préfet de Région, y’avait le préfet du Val d’Oise, Pierre-Henri Macionni, le préfet de Seine-Saint-Denis délégué à l’égalité des chances (Stéphane Rouvé), le sous préfet d’Abzac, le sous préfet Humbert (Meaux) et nombreux hauts fonctionnaires.

M.Fossier, adjoint au maire de Louvres, représentait les agriculteurs

On saluera ici   la participation  de M. Fossier, agriculteur à Louvres (dont il est le 1er adjoint au maire) et vice-président de la Chambre interdépartementale de l’agriculture, qui a participé à une table ronde. C’est nouveau et c’est bien: je me suis toujours demandé pourquoi, au-delà des incantations habituelles de beaucoup de politiciens sur ‘” l’agriculture de proximité” les agriculteurs, pourtant présents partout sur le territoire, n’étaient pas associés au débats territoriaux  (hum, c’était p’têt un peu de leur faute aussi…)

Alain Amedro, Vice-président du Conseil régional, a été clair et positif

Vous pourrez voir le déroulé de la conférence ici .

Le ministre Maurice Leroy : passionnant et encourageant !

Après l’accueil du maire de Roissy et du député de la circonscription (carex

addict), le ministre Leroy a fait un discours enthousiaste, consensuel, vivifiant, encourageant, réaliste , et qui honore ce centriste que j’ai beaucoup de raisons, et politiques et personnelles, d’admirer. Puisse-t-il rester au gouvernement, quoi qu’il arrive ! Sur la question de la représentativité des collectivités, il a fait comprendre, à plusieurs reprises que tout le monde devait avoir sa place…

Puis ce fut au tour d’Alain Amedro, vice président (EELV) du Conseil régional, et qui parlait au nom du président Huchon. Il a fait une intervention concise, prudente mais remarquable, équilibrée et positive sur le Grand Roissy. Celui qui a été longtemps un pourfendeur s’est notamment interrogé, non sans raison, sur le financement de tous les projets en cours dans la région aéroportuaire ainsi que sur  leur cohérence et leur compatibilité. Et  en soulignant les insuffisances des propositions du préfet Canépa en matière de gouvernance, il a annoncé que la Région ne participerait pas à la réunion du “Comité de pôle” (voir ci-dessous, “Mon avis“). Mais tout en rappelant, et c’était bien qu’il le dise : “La Région ne veut aucune hégémonie et ne revendique rien. Mais, elle est responsable du SDRIF, premier financeur des projets locaux, avec les Départements, elle souhaite prendre toute sa place“. Son discours est consultable ici.

Puis ce fut au tour de Patrick Renaud, président de la CC (future CA avec Goussainville) de prendre la parole, en tant que président de la nouvelle Association des collectivités du Grand Roissy (créée en octobre dernier, dans la discrétion). Il en a présenté les grands traits , sa composition et ses objectifs.  Parmi ceux-ci, il faut noter qu’il est désormais , sinon actée mais proposée (et ce n’est pas moi qui m’en plaindrait : je l’écrivais encore dans RM 558, justes après les Rencontres de 2011) la création d’un syndicat mixte pour la gouvernance du Grand Roissy. Mais aussi l’élaboration d’un SCOT pour le même territoire : ça serait l’idéal !  Mais encore encore, la création d’une Autorité organisatrice des Transports (de 2ème rang, le 1er étant le STIF, celui-ci pouvant en effet déléguer -sauf les tarifs …) . Ça serait également très, très bien. Enfin, cette association a comme objectif de participer au fameux conseil de pôle , ce qui est donc fait… facilement. Vous trouverez la présentation du président Renaud ici (facile à lire).

David Behar (groupement Acadie-Portzamparc-Güller&Güller) a présenté  l’étude dite des “pétales” (qui est terminée, c’est un scoop) et qui doit maintenant, si j’ai bien compris, être validée et constituer la fameuse “charte du développement durable ” réclamée en 2007 par un certain … Nicolas Sarkozy.

Puis deux tables rondes (parfois un peu fastidieuses , il faut bien le dire, même s’il y eu des échanges intéressants, au point que le bar du Novotel a fait des affaires…) ont eu lieu.

Il y a eu le cocktail “déjeunatoire” (quel affreux néologisme !). Ces moments, en fait, sont toujours utiles: les gens se parlent sérieusement, en rigolant aussi, certains font connaissance, s’échangent des cartes de visites. Je connais, personnellement au moins (je dis bien au moins) 200 personnes sur les 300+ participants et six personnes, que je ne connaissais pas, sont venues spontanément vers moi pour me remercier vivement pour les infos que je donne sur RoissyMail. J’aime pas les flatteries , mais ça fait toujours plaisir. L’une d’entre elles m’a demandé: “mais comment faites-vous, c’est du boulot !”. J’ai répondu : on pourrait faire mieux ! A noter que les élus de gauche sont quand même restés au cocktail…

La réunion du … “Comité de Pôle “, l’après-midi

Compte tenu de la position de la Région et des départements 77 et 93, qui avaient regretté leur sous représentation dans le collège “collectivités”, les élus concernés n’ont pas siégé au “Comité de pôle” . François Asensi,(gauche), en tant que président de la CA Terres de France, y est allé quand même, ne souhaitant pas, a t-il dit, “pratiquer la politique de la chaise vide”. Mais qu’on ne s’y trompe, je suis sûr que ce choix est dû à des considérations politiques locales (il est candidat Front de gauche aux législatives, contre ‘l’alliance EELV-PS), qu’autre chose.

Malgré cela , le préfet de Région a réuni ledit comité (à huis clos…), qui est composé de plusieurs collèges:

– un collège ” Etat“, avec le préfet de région, les préfets des 3 départements et le Directeur régional de l’équipement (DREIA)

– un collège Elus (celui qui pose problème) avec 8 membres, dont 4 désignés par l’Association des collectivités du Grand Roissy (voir plus haut) et un seul siège chacun  pour les 3 conseils généraux et le conseil régional.

– un collège “monde économique” avec ADP, la FNAM, le nouveau “Grand Roissy Economique” (lancé récemment, à la demande du préfet de Région), la Caisse des dépots et un autre membre (que j’ai oublié). A noter que Hubstart a été écarté de ce collège.

– un collège “Associations” avec “Pays de Roissy CDG”, une association par département et une pour la Région et … Ile de France Environnement (les écolos)

Au total 23 membres . Un “exécutif” de ce comité devrait aussi être mis en place. Vous pourrez voir ici le communiqué (officiel !) de la préfecture de région publié à l’issue de la conférence et du Comité et, surtout, le document des orientations de l’État, sur lequel nous reviendrons car c’est un document très important. Dans le communiqué officiel, on apprend qu’est envisagé un “rapprochement” entre Hubstart et Aérotropolis  (qui serait, enfin, une bonne chose) et que, “sous l’égide des chambres de commerces et d’industrie, un travail de définition d’une stratégie de développement économique sera mené. Il s’attachera notamment à reconquérir le déficit d’image du territoire“. Encore une bonne chose et on est sûr que l’excellent président de la CCIYV, Frédéric Vernhes, mettra toute son énergie et son imagination pour avancer rapidement sur ce point.

Selon nos informations, le Comité, amputé donc des 2 départements (77 et 93) et de la Région, n’a pas pu faire grand chose. Le président Renaud y aurait fait une sortie contre Hubstart  et le comité s’est fixé trois objectifs de travail : le SCOT, le développement économique et la “mobilité”. Et renvoyé le tout à une prochaine réunion en …juillet prochain !

Mon avis : des réjouissances et … des regrets

Si la conférence a été, je le redis, un succès d’audience, qui montre l’intérêt grandissant des élus et des “élites” pour le territoire du Grand Roissy, on ne peux que s’en réjouir. Mais ça s’arrêtera là.  A part la création (en octobre dernier!) de l’Association des collectivités (déjà controversée), rien n’avait bougé depuis janvier 2011.

Assurément, et ce sentiment est partagé par un grand nombre d’acteurs (qui ne peuvent le dire publiquement, évidemment), le préfet Canépa n’a pas conduit la préparation de cette initiative comme il aurait dû le faire, ce qui a produit ce qu’il faut bien appeler un echec, même si on peut penser raisonnablement que les choses vont s’arranger (mais on aura encore perdu du temps). Une fois encore, la réaction des départements et surtout celle du Conseil régional est légitime.

Vous vous rendez compte ? Depuis des années, le conseil régional , même quand il était à droite, ne voulait pas entendre parler de “Roissy”. Pour des raisons éminemment politiques : le président de droite d’alors Michel Giraud (décédé récemment)  avait besoin des Verts pour jouer contre le Front national. Or comme les Verts étaient contre CDG , notamment son extension à 4 pistes…  Idem, au début du moins, pour la nouvelle majorité de gauche de 2004 : la question de Roissy était au moins éludée. L’ARD, lors de sa création, avait prévu la mise en place d’un groupe de travail sur Roissy: cela n’a jamais été fait. Pire, la mauvaise prise en compte de la place de CDG dans la toute première mouture du SDRIF (celui qui n’est toujours pas adopté) lui avait valu d’être retoqué une première fois par l’Etat, au motif que la politique aéroportuaire et le transport aérien lui revenait. Puis il y eu un revirement, au Conseil régional, à 180 °. Hubstar fut créé, (dans la douleur) et on ne compte plus désormais les déclarations du Président Huchon en faveur du pôle de Roissy, loué dans la dernière mouture du SDRIF. Tout cela est heureux.

Rajoutez à cela le passage à gauche du Conseil général de Seine-et-Marne, qui a rapidement fait de la “real politik” sur Roissy, désormais vu comme un atout formidable pour le département (alors que l’ancienne majorité de droite n’en avait cure , je peux en témoigner). Quel changement, si l’on se souvient des cris d’orfraie de Nicole Bricq, candidate PS à la députation sur la 6ème circonscription en 1997, qui hurlait contre les nouvelles pistes et qui avait gagné son siège en disant aux électeurs: votez pour moi , y’aura moins de bruit. Copé, qui avait perdu, en a été traumatisé à vie et , encore aujourd’hui, il s’en souvient et n’hésitait pas, lorsqu’il passait par ici, à demander … le fret à Vatry, histoire de faire bonne figure…

Idem pour le Val d’Oise. La gauche, quand elle était dans l’opposition, harcelait la majorité de droite du Conseil général sur le bruit et contre CDG, obligeant celle -ci (qui avait toujours considéré “Roissy” comme un atout et soutenait son développement) à être en retrait et déposer je ne sais plus quel recours fumeux (tiens,  où en est-on?) à Bruxelles “contre le bruit”. Puis,en 2008, quand la gauche gagne, virage à 180° et je publie dans Bénéfice.net n°27 une interview enthousiaste  du nouveau président, Didier Arnal, sur Roissy. Idem avec Claude Bartolone, nouveau président PS du Conseil général de la Seine-Saint -Denis.

La Seine-Saint-Denis, justement.  La vielle majorité communiste s’était toujours méfiée de Roissy et s’en désintéressait complétement (Asensi pourra en témoigner) : pas de “cols bleus”… Dans son interview à Bénéfice.net, Bartolone est sans ambiguïté: “Oui, Roissy C’est bon pour la Seine-Saint-Denis! “

Il faudrait rajouter ,pour être complet, le discours de N. Sarkozy, admirable, de juin 2007, ici , au Mesnil-Amelot qui a littéralement, comme je l’avais écrit, désinhibé l’ensemble des acteurs de CDG et de sa région qui tous, avaient ” le développement honteux”. Et bien sûr, comme le président de la République l’avait aussi annoncé dans son discours, le Grand Paris…

Tout ça pour dire qu’au moment où, suite à une longue et difficile  évolution, tout le monde, droite, gauche etc. est d’accord pour développer Roissy, en assurer une gouvernance (nécessaire, on le voit tous les jours), le préfet Canépa n’a pas fait, pour des raisons obscures (encore que j’ai mon idée là-dessus) , ce qu’il fallait pour assurer le succès concret de cette conférence territoriale.  Et qu’on vienne pas me dire que je critique l’État: je sortirais alors tous mes écrits qui témoignent que j’ai toujours estimé que seul l’État, qui avait déserté le terrain depuis la “Mission Quatre”, pouvait mettre de l’ordre dans tout ça. C’est désormais fait, et je m’en réjouis.

On reconnait, au 2ème rang, le maire d'Aulnay, Gérard Ségura, Elisabeth Le Masson (ADP) et, plus loin, Michel Jaurrey (adjoint au maire de Gonesse) et Cédric Sabouret, conseiller général du canton de Gonesse

Un mot maintenant sur les dirigeants de la CC Roissy Porte de France. J’ai dit et écrit maintes et maintes  fois tout le bien que je pensais de cette Communauté, créée par André Toulouse, et bien continuée par Patrick Renaud. Ils ont été des pionniers, que ce soit en matière d’interco ou de promotion du territoire (personne ne connaissait ici le MIPIM où ils sont allés voici des années “vendre” leur territoire en s’appuyant sur CDG. Je ne retire à ce jour aucune de mes opinions à ce sujet.

Mais, car il y un “mais”. Au moment où, enfin, les acteurs territoriaux du Grand Roissy se mettent ensemble (il a été légitime, compte tenu de son expérience, que Patrick Renaud fut choisi pour présider la nouvelle association des collectivité) , tout se passe comme si les dirigeants de Roissy Porte de France se sentaient…  dépossédés . Certes, ils sont “dedans”, et bien dedans, mais l’atmosphère n’est pas bonne. Tout se passe comme s’ils voulaient garder leur jouet pour eux tous seuls. Tout se passe comme s’ils regrettaient le temps béni où ils étaient … tous seuls. Et aujourd’hui, au lieu de se réjouir de l’élargissement, tout se passe comme ils s’en méfiaient.

Ainsi , l’an passé (aux Rencontres de janvier), alors que Huchon et les présidents des conseils généraux avaient suggéré, sans absolument rien imposer, une “communauté aéroportuaire” revisitée, et qu’il aurait pu au contraire se réjouir du retour de la Région, André Toulouse  a voulu à tout prix y voir  tout de suite une attaque politique et disait alors, faussement enflammé, à qui voulait l’entendre que ça n’irait pas etc.  Ainsi encore la création du “collège des collectivités” dans le “comité de pôle”, qui ne donne pas la place suffisante (et légitime) à la Région et aux départements. On le sait, l’affaire a été conclue entre le préfet Canépa et les seuls dirigeants de RPDF.

Ainsi encore la fixation  névrotique contre Hubstart, qui n’est pas parfait, certes, mais qui constitue l’embryon d’une grande agence de développement économique qu’il faudra nécessairement mettre en place (et pas seulement avec les p’tits copains) . Ainsi encore, les fantasmes  d’une OPA politique de la Région ou de la gauche sur la future gouvernance : rien  n’est plus faux et le discours d’Amédro l’a encore montré.

Il faut arrêter ces mesquineries, prendre de la hauteur et travailler vraiment ensemble, comme l’a si bien dit le ministre Leroy. Sinon , au lieu d’avancer, on va reculer, et c’est grave.

Car il y a urgence ! Au moment  où Air France va à nouveau mal, où des menaces sérieuses pèsent sur l’efficacité du Hub, à l’heure où les régions aéroportuaires européennes et mondiales sont dans les starting blocs, il y a un vrai danger de déclin et l’heure n’est donc plus aux atermoiements . Il faut au contraire mettre en avant les grands atouts du Grand Roissy: un aéroport avec 4 pistes, qui peut encore (il le fait), se développer. Il faudra d’ailleurs continuer (c’est le job d’ADP) à améliorer l’accueil et les services dans les aérogares. Même si beaucoup a été fait, il reste à faire…

Cette carte du territoire est bien étrange…L’ovale représenterait Le Grand Roissy

Avec une région aéroportuaire (dont il faudra rapidement définir le territoire car même le document ci-dessus, tiré de la présentation de l’Association des collectivités, est plutôt…  surréaliste ) , qui a de la place, aux paysages et aux modes d’habitat variés, avec Paris et le Grand Paris, avec un CDG et un Bourget  excellents et une région autour excellente, on peut aller à la bataille !

EV

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