Joël Marion, maire de Compans à RoissyMail : “et si le CDT et la gare du Mesnil-Amelot avaient finalement un avenir ?”

Joël Marion est maire de Compans depuis 2008

Le 30 novembre, la Commission de coopération intercommunale (CDCI) de Seine-et-Marne va se réunir. On se souviendra que l’arrêté de l’ancien préfet fixant la carte de l’intercommunalité avait soulevé un tonnerre de protestations et de recours, Mitry et Compans étant même menacées de rejoindre… la Seine-Saint-Denis…

Le Maire (Front de gauche, PCF) de Compans, Joël Marion a accepté, merci à lui, de nous livrer ses sentiments sur le sujet.

RoissyMailMonsieur le Maire je peux en témoigner, vous étiez sûr de la victoire de la gauche à la présidentielle. Vous l’appeliez de vos vœux entre autres pour que puisse être débloquée la situation de l’intercommunalité dans le Nord seine-et-marnais. Où en est on a ce sujet ? On sait que vous avez rencontré  la nouvelle Préfète de Seine et Marne. On imagine que celle-ci doit être davantage à votre écoute que son  prédécesseur… Que vous a-t-elle dit à propos de l’intercommunalité ?

Joël Marion: C’est vrai, vous avez raison, j’en étais persuadé, les Françaises et les Français ont largement par leurs votes en Mai dernier rejeté Monsieur Sarkozy. Sa politique, le personnage lui-même surmédiatisé « VIP » ne pouvait que conduire à une overdose. Militant syndical, il y avait bien longtemps que je sentais venir ce ras-le-bol traversant l’ensemble des couches sociales les plus actives. Au fond, ce fut la victoire du rejet dont aura profité Monsieur Hollande.

Engagé comme vous le savez au Front de Gauche, cette campagne électorale ne m’a pas fait rêver… Je sais qu’il faudra beaucoup de ténacité, d’initiatives, de luttes pour faire bouger cette nouvelle majorité qui pour l’instant ne démontre pas beaucoup d’originalité par rapport à la politique précédente.

Si je n’espère rien, j’attends pour le moins, après ce changement politique que l’État s’engage davantage sur toutes les questions touchants à la réforme territoriale, aux situations intercommunales bloquées, elles sont encore nombreuses dans notre pays.

L’arrivée de la nouvelle Préfète aurait pu permettre rapidement de clarifier la situation dans notre secteur de vie. Force est de constater que ce n’est pas encore le cas. Le vendredi 7 septembre, j’ai effectivement été invité à un échange sur les enjeux intercommunaux. J’ai très rapidement compris qu’elle ne prendrait pas d’initiative visant à remettre en cause les arrêtés prononcés par son prédécesseur M. Monzani. Elle a proposé de réfléchir à une intercommunalité entre nos deux communes. Une situation qui semblerait convenir aux élus de droite en mal avec la situation.  Au fond, un « sas » d’attente, Compans et Mitry pourrait voir le jour en Seine et Marne.

RM : Mais une Communauté de Communes Mitry-Compans, ça ne risque pas de durer ? Ne prend-t-on pas le risque d’abandonner définitivement par ailleurs une grande intercommunalité en regroupant les 3 cantons ?  Ou au moins une grande partie de ces 3 derniers ?

JM : C’est tout là le problème, posons nous la bonne question,  pourquoi construit on une intercommunalité ?  A priori, il me semblait, moi qui ne suis pas un fervent de la chose, que les notions de partage, de solidarité, de réponses aux besoins de service, de logements, de transports, de développement économique (donc d’emplois) étaient au cœur de cette ambition. Hors je constate, depuis 4 ans que je suis maire, aucun débat de fond n’est véritablement engagé sur  ces questions ! On comprend mieux pourquoi les communautés se font et  se défont sans être réellement débattues sur le fond avec les élus, les citoyens. Les approches budgétaires, fiscales ne sont pas abordées convenablement alors qu’au bout du compte ce sont les entreprises et les contribuables qui vont payer la note. La communauté de communes Plaine de France s’est exprimée sur cette question ainsi que sur le devenir des compétences obligatoires et optionnelles. Elle prend en charge la taxe d’enlèvement des ordures ménagères alors que la CC des Monts de la Goële la répercute entièrement sur les usagers, ce n’est pas rien ! Quid de l’avenir ?

Compans comme Mitry étaient, sont prêts à partager et à travailler avec l’ensemble des communes qui composent notre bassin de vie. Une communauté de communes Compans et Mitry ne poserait aucun problème existentiel entre les deux Communes et n’aurait que peu d’impact pour nos habitants. C’est la solution la plus simple et la plus facile. Pour autant nous ne sommes pas des égoïstes primaires. Nous défendons l’idée d’une communauté de communes à dimension humaine réunissant celles et ceux capables de mettre de côté leurs ambitions, les joutes politiciennes inutiles.

Oui, construire en fusionnant les 3 communautés de communes Plaine de France, la Goële et le Multien et les Portes de la Brie, en intégrant d’office la ville de Le Pin sans avoir au préalable demandé l’avis des élus du PIN, sans avoir mené les débats nécessaires avec tous les élus de proximités concernés, sans recueillir leurs assentiments et leurs demandes ne donne pas confiance et ne créent pas les conditions du dynamisme nécessaire au développement de ces 42 villes et villages.

Comment admettre l’exclusion des villes phares, chef lieu de canton comme Villeparisis et Mitry alors qu’elles portent le plus grand nombre de services publics, de commerces, de zones d’emplois et qu’elles accueillent la majorité des populations, des salariés de cette future communauté de communes. Comme le dit ma Grand-mère encore en vie, on ne peut pas réclamer « le beurre, l’argent du beurre et le pot de la crémière». Dans cette histoire, on noie  la proximité et on s’éloigne des enjeux principaux.

Votre commune avait fait un recours contre le schéma Départemental  de Coopération Intercommunale (SDCI) en mars dernier. D’autres collectivités  et communautés  de communes, Plaine de France, Villeparisis, le Conseil Général, Mitry, Le Pin…ont fait de même, où en sont ces recours ?

Dans l’attente du jugement qui devrait  aboutir je l’espère, d’ici la fin de l’année.  Pour autant le recours porté par Dammartin-en-Goële et la communauté de communes Plaine de France contre l’arrêté de juillet dernier consacrant la naissance de la communauté de communes des Plaines et Monts de France, j’allais dire « Plaines et Démons de France » sera examiné le 17 octobre prochain. Si le référé est accepté, alors nous connaitrons très vite si la création de cette communauté à bien été réalisée en toute légalité. Bien entendu ce jugement ne saurait augurer le résultat des recours portés par notre commune et d’autres, contre l’arrêté instituant le Schéma Directeur de Coopération Intercommunales fin décembre 2011.  Nous sommes loin de la « coupe aux lèvres » mais je reconnais que j’ai bon espoir. Il sera encore temps de remettre tout à plat, dans le bon sens, de remonter les manches et de se mettre enfin  au travail.

RM: Quel est pour vous, la meilleure intercommunalité à constituer ?

Revenons quelques mois en arrières et réfléchissons à ce qui serait judicieux pour nos populations. Ne nous interdisons rien et restons lucides.

Compans est un village « rurbain », adossé à l’aéroport, notre développement économique, tourné vers les Plaines de la Brie et ses grands espaces agricoles. Les villes et villages qui nous bordent constituent notre bassin de vie (Claye-Souilly, Mitry, Villeparisis) pour leurs services publics et leurs nombreux commerces, transports en commun, lycées, collèges…, Mauregard et le Mesnil Amelot constituent avec Compans et Mitry le cœur d’attractivité sur l’aéroport de Paris de cette future communauté de communes que j’appelle de mes vœux. Les villages qui baignent notre environnement comme Thieux, Juilly, Saint-Mesmes, Messy, Charny, Nantouillet, Gressy, composent enfin la famille de notre bassin de vie. D’autres ont aussi leur place à condition qu’ils le veuillent !

Était-il raisonnable de réunir les 3 cantons ? Nous savons tous qu’après le redécoupage de la circonscription, viendra l’heure de celle des cantons et des départements. N’aurait-il pas été plus judicieux de créer 2 communautés de communes distinctes reposant sur des bassins de vie différents entre le nord et le sud de cette immense communauté de communes qui regrouperait 85 000 personnes.

Pourquoi ne pas avoir profité de la petite communauté de communes des Monts de la Goële (à peine plus de 5000 habitants, prés de Saint-Soupplets) pour organiser, raccrocher les communes du nord de ce territoire ?

Dans tous les cas, j’appelle de mes vœux à la création d’une communauté de communes capable de peser dans sa diversité dans les débats du Grand Roissy. Elu au sein du syndicat des élus du Grand Roissy comme trésorier de l’association depuis peu, je peux mesurer chaque jour l’avance considérable prise par les communautés de Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise qui bordent l’aéroport.

Dans le cadre du Grand Paris, nous travaillons actuellement à la réalisation d’un futur SCOT, élargi au Grand Roissy. Différents groupes de travail ont été mis en place afin d’avancer techniquement de manière prudente mais certaine. Nous avons dépassé depuis longtemps les questions de gouvernance au sein du syndicat. C’est certainement une des raisons essentielles qui nous permet d’affronter les échéances sans traumatisme.

Le Syndicat pourrait, je pense, déboucher à plus ou moins long terme, sur une grande communauté d’intérêts regroupant tous les territoires intercommunaux directement impactés par les aéroports de CDG et du Bourget.

Saurons-nous dépasser nos contradictions ? J’en appelle à la raison, les Seine-et-marnais ne pourront qu’en tirer profit. C’est à toutes ces questions que le 30 novembre prochain la CDCI devra répondre. Il ne s’agira plus d’une lutte entre camarades et compagnons, mais d’un sursaut collectif où tout le monde en sortira gagnant.

Et si le CDT et la gare du Mesnil-Amelot avaient finalement un avenir ?

Propos recueillis par Eric Veillon

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