Loi Diard : la réponse du député Blazy à notre article. Pour lui, les grévistes dans les transports sont aussi des “otages” !

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Comme on pouvait le prévoir, le députe (PS), Jean-Pierre Blazy a réagi à notre article concernant sa proposition de loi visant à abroger la loi Diard. Abrogation partielle, tient à préciser d’emblée le député dans sa réponse (à lire en cliquant sur l’image). Ce qui n’ôte rien à l’affaire, puisque c’est la disposition principale, à savoir l’obligation  pour les pilotes grévistes, de se déclarer 48 heures à l’avance qu’il souhaite supprimer .

On remerciera le député pour sa réponse et ses précisions. Tout en étant forcer de constater qu’elles ne répondent pas à tous les avis soulevé ans mon “adresse”. Le député :

Vous parlez à ce propos de passagers pris en « otages ». Vous êtes et je suis, à certaines occasions, un de ces « otages » quand, obligés de nous rendre à une destination quelconque, une grève paralyse notre parcours. Il serait donc faux d’affirmer que je ne comprends pas les revendications de passagers soumis à de tels aléas. Je considère cependant que dans ces situations les « otages » sont tout aussi bien les passagers que les salariés“.

Grand dieux ! Là, il faudrait que vous alliez dire ça aux passagers un jour de grève ! Les salariés otages de qui ? En quoi des centaines de milliers de voyageurs bloqués, que ce soit dans l’aérien ou dans les trains peuvent-ils “peser” sur les entreprises pour régler d’éventuelles “revendications” (pas toujours exprimées au passage) internes ? Vous croyez, M. le député, que les voyageurs en souffrance vont aller au siège ou écrire aux patrons de l’entreprise concernée ? 

Juste avant, vous écrivez :

« Ne serait-ce que parce qu’en l’espèce, la continuité du service public – qui fait partie des conditions encadrant le droit de grève selon la jurisprudence du Conseil constitutionnel – ne peut s’appliquer à un secteur devenu libéralisé et concurrentiel notamment en ce qui concerne les vols touristiques« .

Je vous accorde bien volontiers que le secteur aérien s’est libéralisé et est devenu concurrentiel. Fort heureusement, sinon moi comme beaucoup d’autres n’auraient jamais pu prendre l’avion, du moins sur des longs-courriers. Mais la position dominante d’Air France, en terme d’offres (pour combien de temps encore ?) au départ de la région parisienne en fait un transporteur incontournable à bien des égards.

Mais, au-delà, c’est la question de l’exercice du droit de grève dans le secteur des transports de personnes en général que j’avais remis en cause dans mon article et sur laquelle vous ne répondez pas. Je dis bien les « conditions d’exercice ». Ne me dites pas, s’il vous plait, que la SNCF ou la RATP sont désormais devenus « libéralisés » et « concurrentiels ». S’agissant de ces transports (que je vous invite à prendre plus souvent, ne serait-ce que pour aller à l’Assemblée lorsque vous avez un discours à prononcer à heure fixe, vous verrez), je maintiens que l’on pourrait trouver des solutions alternatives à la grève « sèche », à l’image de ce qui a été fait à EDF voici des années (plus de coupures de courant).

C’est que les temps ont évolués et que oui, on n’est plus dans les années 70, comme nous le soulignons tous les deux. Dans les grandes métropoles, les transports en train (ou en bus, en tram), la mobilité, sont  devenus une composante intimement liée au travail lui-même ! De même qu’on disait « no parking, no business », ou pourrait dire « no transports, no jobs« .

Vous le savez bien, vous qui voulez le barreau de Gonesse (450 millions minimum pour une petite dizaine de km) pour permettre aux gens de l’est du Val d’Oise de venir travailler à « Roissy ». Et bien sachez-le, ces « transports » qu’utilisent les plus pauvres des gens, sont une galère permanente: retards permanents, insécurité, saleté bien souvent et, double peine, les « grèves » incessantes, (souvent inopinées dans le RER)  faites par des conducteurs au statut et à la paye enviés. Pourquoi pensez-vous que Vinci a renoncé à construire le CDG EXPRESS ?

Hibernatus ?

Je ne vous prends pas pour un dinosaure. Si je vous parle des années 70 (on est de la même génération), c’est que je connais bien les problèmes tels qu’ils étaient appréhendés par la gauche (et pas seulement les communistes…) à l’époque. Mon père (né en 1933) était au Nouveau Parti socialiste, et j’ai moi-même été membre actif du PCF de 1973 à 1981. Je connais donc bien la musique.

Je sais à peu près ce que vous pensez s’agissant de l’économie de marché (capitaliste, n’ayons pas peur des mots), et je suis persuadé que vous n’avez pas compris, intrinsèquement j’entends, la logique d’une entreprise.  Bien sûr que les salariés sont la « variable d’ajustement » comme vous le regrettez, à tort selon moi.  A entendre certains, on en serait encore aux chars à bœufs, car les employés des fabricants de ceux-ci n’auraient pas voulu fabriquer des diligences, et ceux des diligences…

Mais bon, on va pas faire un débat ici, là-dessus. Juste un mot pour finir : ce que je reproche à « la gauche » est que, au nom de la « défense » des « salariés » et du salariat, elle ne  leur donne pas d’espoir pour sortir de leur condition (en fait, je suis toujours « marxiste »).  On pourrait dire que c’est normal, car c’est le désespoir des « salariés » qui a fait le fonds de commerce de la gauche …

Merci, M. le Député, pour votre capacité à débattre et votre ouverture d’esprit. EV

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1 réflexion au sujet de “Loi Diard : la réponse du député Blazy à notre article. Pour lui, les grévistes dans les transports sont aussi des “otages” !”

  1. Je suis d’accord pour juger que la loi Diard n’est pas bonne et qu’il serait bon de la modifier. Ma position, en tant que syndicaliste (hé oui, il y en a encore dans ce pays) a toujours été de considérer la responsabilité d’une grève aux deux partues en présence et pas seulement à des salariés qui n’ont pas envie de travailler. Qu’on arrête également de parler de prise en otage d’une partie de la population contre une autre. Le chantage à l’emploi que fait certains patrons est aussi scandaleux ! Pourquoi est-ce qu’il faut un conflit pour que les partenaires sociaux se mettent autour d’une table ? Une des solutions à ce problème pourrait juste être l’obligation d’ouvrir une négociation avant tout mouvement social ? En plus, en incitant plus fortement les salariés à se syndiquer on pourrait se débarasser des délégués bidon qui ne pensent qu’à leur petite personne et profitent de leur position pour leur propre bénéfice. Les conflits sociaux devraient suivre cette chronologie : négociation, consultation des salariés et seulement ensuite (si rien n’a abouti) une grève (en appliquant la loi Diard qu’après ce processus).
    Cordialement

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