Eloge d’Ilham Moustachir

Je connais plutôt bien le personnel politique de l’ensemble du Grand Roissy. La plupart d’entre eux sont dévoués à la cause publique, ce qui est bien normal.

Depuis longtemps je voulais rendre (au moins depuis cet article à revoir ici, où j’avais annoncé que je le ferais) ici un hommage à Ilham Moustachir, actuellement 3ème vice-présidente de la CA Val de France, chargée du développement économique. J’avais fait sa connaissance peu après qu’elle ait été élue pour la première fois conseillère municipale, adjointe au maire de Gonesse, chargée du développement économique, du commerce de l’emploi et de la formation professionnelle, en 2008. Fonction (adjointe) qu’elle a laissée dès que Gonesse est rentrée dans Val de France (le maire de Gonesse, J-P Blazy ayant interdit les cumuls, ce qui peut prêter à sourire).

L’économie pour les gens et pour les territoires

Je connais bien ce que doit être l’action d’une collectivité en matière économique, notamment pour avoir été directeur du développement éco à Tremblay, de 1992 à 1997. De prime abord, cette action n’est pas évidente. L’objectif est de faire en sorte que le tissu économique (entreprises) se développe d’une manière endogène et exogène. Les bénéfices attendus sont des recettes pour le budget de la collectivité, des emplois créés etc. Il est donc important que les acteurs économiques présents se « sentent » bien. L’action économique est donc transversale. L’élu et le service dont il dispose doivent donc s’assurer en permanence que les entreprises évoluent dans un milieu favorable. Cela passe par exemple par de « petites choses » comme par exemple les trottoirs, mais aussi la propreté, les transports, le logement, l’école et même la culture, les loisirs … Il s’agit aussi de faire savoir l’action de la collectivité en interne et à l’extérieur : la communication est donc essentielle…

Une foto d'elle, que j'avais trouvée éloquente, placée sur la "une" d'une de nos dernières publications papier. Cliquez!

« Je veux qu’ils  connaissent les codes de l’entreprise, pour qu’ils réussissent au mieux »

Ce court rappel pour dire que, s’agissant d’Ilham, j’ai tout de suite vu, de loin d’abord, de plus près ensuite, qu’elle avait tout compris, tout de suite. C’était remarquable, et peu fréquent. Elle sait s’adresser aux entreprises car elle sait ce qu’est une entreprise, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de ses collègues. Par exemple, lorsqu’elle s’occupait de l’emploi à Gonesse, dès qu’il y avait une nouvelle installation, elle faisait en sorte de connaitre en amont les besoins en main d’œuvre et tout de suite elle diffusait les offres auprès des demandeurs d’emploi de la ville, tout en organisant des sessions de formation adaptées, surtout pour les jeunes. « Je veux qu’ils connaissent les codes de l’entreprise, pour qu’ils réussissent au mieux », m’a-t-elle dit souvent.


ilhiam par epiais
Ilham sur Europa City, pendant la Fête de la Carte du Grand Roissy.

Nous avons petit à petit sympathisé. C’est une femme (elle vient d’avoir 50 ans) tout d’abord jolie, agréable, passionnée, sensible, ouverte, éclectique même. Et c’est une bosseuse ! On parle souvent, et les sujets ne manquent pas ! Elle est cadre à Servair, qu’elle a intégrée voici 25 ans, est binationale (Maroc, France), militante du PS… Sympathisante de gauche, elle a adhéré à ce parti il y a peu et je peux dire que je l’ai encouragée à le faire (tout comme j’avais encouragé André Toulouse, maire de Roissy, à adhérer à l’UMP). Pourquoi ? Parce qu’arrivé un moment, si on veut faire de la politique, il « faut » adhérer à un parti.

Pas de « communautarisme » !

Cette adhésion n’a pas empêché Ilham de garder son indépendance et son sens critique. J’imagine que J-P Blazy en sait quelque chose… Elle est aussi très courageuse. A l’heure où le « communautarisme » fait rage (y compris à Gonesse), Ilham n’est pas, mais alors pas du tout dans cette orientation. Socialiste, elle n’encourage pas moins chacun à se prendre en charge d’abord, en refusant les discours d’«assistanat » qui la mettent hors d’elle. Musulmane, elle souffre, comme tous les Musulmans de France, des amalgames provoqués par les dérives criminelles des extrémistes à qui elle dénie toute utilisation de l’Islam.

Sur le plan personnel, c’est une femme très coquette. Je lui fais souvent des compliments sur ses tenues, même si elle n’aime pas ça. Et elle n’hésite pas à dire « j’aime le luxe ! ». Elle s’occupe comme une vraie mère poule (je la taquine souvent là-dessus :« t’es pire qu’une mère juive ») de son fils unique Sami, brillant étudiant à l’Ecole des Mines de Nancy. Et avec Abdou, son mari, ils forment un couple toujours amoureux depuis…27 ans  (ça vaut une médaille !).

Je pense qu’elle ira loin en politique et qu’elle pourrait bien un jour être maire de Gonesse, quand Blazy passera la main. Elle en a toutes les qualités et capacités. Et plus même…

Je lui avais demandé, avant de faire ce papier, de m’écrire quelques mots sur elle. Avec son autorisation, je les publie ci-dessous, ça complétera bien l’article.

Merci Ilham, pour ta sympathie d’abord, et pour tout ce que tu fais très bien. En ces temps où le personnel politique français offre une image lamentable de la chose publique, où beaucoup se servent et ne servent pas, tu relèves le niveau ! Je te l’ai dit souvent, la politique est un milieu très dur, plus dur que les affaires. Les chausse-trappes sont légion, tu en sais déjà quelque chose et plus tu avanceras, plus il y en aura. C’est le prix à payer pour le service rendu aux citoyens. Pour avancer, il faut aussi se blinder très fort, se tanner le cuir (et le Maroc sait faire ça)  tout en restant « moral ». Je sais que tu le sais et que tu le fais.

Continue !    EV

Eric, suite à notre conversation :

J’ai passé toute mon enfance et une bonne partie de mon adolescence au Maroc (entre Kenitra et Rabat), une éducation très conservatrice, de mère enseignante et de père juge (président de palais de justice). J’ai passé un bac scientifique et j’ai fait ensuite une école privée de commerce et de gestion des entreprises.

J’ai connu mon mari Abdou au lycée à l’âge de 17 ans, qui est venu en France pour poursuivre ses études à côté de sa mère. Il venait me voir trois fois par an. J’étais donc très attachée à lui et donc j’ai voulu venir le suivre en France (je suis le premier membre de la famille à avoir quitté le Maroc, pour vivre dans un autre pays).

Je suis venue en France à l’âge de 20 ans, j’ai poursuivi mes études ici. Au départ nous avions prévu de faire nos études et de repartir au Maroc. Mais le destin a changé les choses. On s’est marié, j’avais 23 ans et Abdou 25 ans. Je suis rentrée à SERVAIR au contrôle de gestion à l’âge de 25 ans, et j’y suis encore. J’ai occupé plusieurs fonctions : chef de projet informatique, chef de projet industriel, contrôleur de gestion, déléguée sûreté de l’assistance aéroportuaire, directeur d’exploitation pour redevenir responsable sûreté.

J’ai toujours pris mes fonctions au sérieux et je suis toujours exigeante avec moi-même et avec les autres. Qualité ou défaut ? A voir.

J’ai eu un fils à l’âge de 28 ans, j’ai toujours eu le sens de la responsabilité. Pour moi un enfant c’est du sérieux, et il fallait être capable dans tous les sens du terme pour assurer son éducation.

A l’âge de 30 ans j’ai commencé à militer dans le monde associatif. Parent d’élève indépendante d’abord. Trois ans après, une fédération m’avait « repérée » et m’a demandée de prendre la présidence de l’association à Gonesse. J’ai enchainé la présidence de la fédération dans les écoles maternelles et primaires, ensuite le collège et le lycée. En 2003 j’étais élue présidente d’un conseil local de la vie associatif qui rassemblait une centaine d’associations (sportives, culturelles et sociales).Ce qui était vraiment une surprise pour moi : je ne pensais pas qu’autant de monde me connaissait et me faisait confiance. J’ai été réélue en 2006.

En 2007, j’ai créé un comité de femmes, où il y avait des avocates, médecins, femmes au foyer… Je rassemblais des femmes de tous bords politiques, de toutes confessions et de tous niveaux sociaux.

En 2008, Jean-Pierre Blazy m’a demandée de faire partie de sa liste, mais avant lui il y avait d’autres qui m’avaient sollicitée. J’ai choisi la liste de gauche et tu connais la suite.

Comme je l’ai toujours dit, ma première réussite, c’est ma vie d’épouse comblée et la deuxième c’est ma vie de mère. J’ai passé ” les valeurs de la réussite » à Sami, et il s’en sert bien.

Il a eu la mention très bien au brevet et le prix de l’excellence en 2006/2007.Il a eu la mention très bien au Bac avec 17,5 de moyenne. Il a réussi sa prépa et intégré l’école de son choix : l’école des Mines de Nancy (voici pourquoi j’ai à cœur de pousser les jeunes à réussir leurs études et que, quand il le faut, j’encourage les parents à ne pas baisser les bras : tout le monde peut réussir).

Et j’essaie de passer toutes ses valeurs aux personnes qui m’entourent avec les moyens en ma possession. Eric, comme je te l’ai toujours expliqué, je n’ai jamais été pour l’assistanat car ce n’est pas rendre service aux gens. Je préfère leur donner la possibilité de prendre leurs vies en mains.

En tant que personne, en tant que femme, en tant qu’élue, je n’ai pas toujours le choix de faire selon mon sentiment et mon intuition. J’ai envie de faire beaucoup de choses pour faire évoluer ce monde à mon petit niveau, mais comme je te l’ai déjà expliqué, ce n’est pas toujours facile…

Je ne baisserai jamais les bras tant que des personnes comme toi croiront en moi…

Tu sais, comme je te l’ai déjà dit, c’est une question d’éducation et d’exemple. J’ai toujours vu ma mère sur le terrain associatif et politique. J’ai suivi son exemple sans même y penser (hommage à ma mère).

Si tu as besoin de d’autres explications fais-moi signe.

PS : j’ai oublié : j’ai été naturalisée en 1988. J’avais 24 ans et j’ai eu mon permis de conduire la même année, ce qui m’a servi pour aller travailler à Roissy (et voilà pourquoi je suis sensible à la question des transports). Abdou a eu la nationalité française par sa mère. Et voilà, tu connais (presque…) tout sur moi !

Bien à toi, Ilham

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3 réflexions au sujet de “Eloge d’Ilham Moustachir”

  1. Merci Éric d’avoir dressé le portrait d’une femme généreuse et talentueuse!
    Et Merci a toi Ilham de te livrer avec autant de sincérité.

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  2. Aïe, aïe, aïe… Peut-être encore une volée de bois vert pour notre amie. Pourtant le portrait fait pas Eric est exact et je le partage. Je suis souvent choqué par le fait qu’on cherche à lui nuire à cause de ses origines. Comme je la côtoie tous les jours, je connais sa volonté de remettre en avant les valeurs que la France est en train de perdre et qui pourtant est sa devise “Liberté, Egalité, Fraternité”en y ajoutant la morale et l’honnêteté. Ces valeurs qui sont de plus en plus mises à mal par ceux qui prétendent justement les défendre. Où est le respect des autres ? Où est l’entraide et la solidarité ? Certes on n’est plus égoïstes mais on est devenus individualistes et paradoxalement jaloux car, à mon sens, ce sont deux sentiments qui ne peuvent cohabiter (dixit le Dalaï Lama). Beaucoup de bons français; comment disent-ils ? ah oui : “Français de souche…” (c’est plutôt Français de couche qu’ils devraient dire au vu de celle qu’ils se trimballent…) devraient prendre exemple sur des femmes comme Ilham Moustachir et inculquant des valeurs positives et constructives plutôt que la haine de l’étranger (de préférence ceux qui ont une couleur de peau ou une religion différente) et le communautarisme. Je connais sa souffrance de voir comment une religion comme l’islam est devenu synonyme d’obscurantisme et de terrorisme. Un poète a dit : “Je suis de race humaine et de nationalité terrienne…” Tiens bon Ilham, la voie que tu montres est la bonne et il faut se persuader que de nombreuses personnes auront la même philosophie de vie que toi !!!

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