Unanimité contre le démantélement, mais… Rigault : lui Président…

La salle municipale Maurice Droy, au Mesnil-Amelot, était pleine à craquer, jeudi dernier. C’était pour le conseil extraordinaire de la Communauté de communes Plaines et Monts de France. Une délibération unique a été adoptée à l’issue (la voir ici)


On se souviendra que cette communauté située au nord de la Seine-et-Marne, fraichement créée (après bien des péripéties) en juin 2013 et élargie en janvier 2014 est menacée de démantèlement, dans le cadre de la loi “MAPTAM”. En effet, sur  37 communes, l’État prévoit de rattacher 17 d’entre elles dans une nouvelle interco comprenant les deux Communautés du Val d’Oise : Roisssy Porte de France et Val de France. La date prévue est le 1er janvier 2016. C’est ce qu’appelle l’Etat “le Grand Roissy”, qui n’est en fait, comme je l’avais appelé, qu’un Petit Roissy car les communes de Seine-Saint-Denis concernées sont directement rattachées à la future Métropole du Grand Paris.

Alain Aubry, maire du Mesnil et 1er vice-président de la CC a ouvert la réunion

Il est évident que l’ensemble des élus de Plaines et Monts de France sont vent debout contre ce démantèlement ridicule, qui laisserait en déshérence 20 petites communes appelées a souffrir. D’où le combat mené: pétition en ligne sur le site de la CC, déclarations diverses et cette grande réunion de jeudi.

Plusieurs élus, le président de la CC, Bernard Rigault (presque UMP)  en tête, ont fait des déclaration tonitruantes, dramatiques, appelant à la résistance : on a même entendu des références à Jeanne d’Arc, aux taxis de la Marne…  C’est tout juste si on n’a a pas distribué des bandes molletières! Chacun y est allé de son complet catastrophique: augmentations d’impôts, fin des crèches  et des autres services de proximité, quasiment plus d’eau pour les 20 communes, ressources transférées aux “grandes” communes du 95 comme Sarcelles, pas de compétences communes… Des lettre de soutien de JF Copé et de M. Barbau, nouveau président du conseil départemental 77 ont été lues (le lendemain celui-ci adoptait une motion contre le démantèlement et la fusion: la voir ici)

L’ambiance m’ a rajeuni: on se serait cru à un meeting communiste des années 70. Mais le (bon)  maire (PCF) de Compans a fait mieux : il est arrivé fièrement avec une banderole dessinée par des élèves de … CM2 (foto ci-dessous). Surréaliste, je vous dit…


Les choses ne sont pas si simples…

Au-delà de l’exagération, il convient de rappeler des éléments, pour bien comprendre. Il y a d’un côté le démantèlement, et de l’autre la fusion (et pas l’annexion) avec le Val d’Oise.Comment est venue l’idée de rattacher seulement 17 communes (les plus riches au passage)? C’est l’œuvre de l’ancien préfet du Val d’Oise, M. Névache. Chargé de trouver des solutions dans le cadre du SRCI (schéma régional de coopération intercommunale) , il s’est penché sur la région de Roissy, s’est renseigné un peu, en a parlé à l’EPA Plaine de France et à découvert que ces 17 communes avaient été pressenties pour rejoindre ledit EPA. Eureka ! s’est dit le préfet, mettons ces 17 dans le panier et appelons tout ça le Grand Roissy, ça fera bien. Et c’est ce qui s’est fait, sans aucune concertation, ni avec les intéressés, ni (incroyable) avec le préfet de Seine-et-Marne, encore moins avec le Conseil général de l’époque. Revoir cet article pour explications.

Il est clair que ce découpage est ridicule et que l’ensemble des 37 communes de Plaines et Monts de France forment un territoire cohérent. C’est que répète à l’envi le président Rigault. Mais pour comprendre, il faut savoir que ledit président s’est battu bec et ongles (revoir ici) pour que cette communauté ne compte pas les villes de gauche de Compans, Mitry-Mory et Villeparisis (cette dernière étant à gauche avant les municipales). Recours divers contre les décisions de l’État imposant finalement les 3 communes citées dans l’interco. C’est que, avec celle-ci, la majorité de la CC risquait de passer à gauche, et le bon président Rigault de … ne plus être président,poste dont il avait rêvé depuis des années.

Badaboum !  les élections municipales de 2014 passent par là: Villeparisis passe à droite: plus de danger pour le président… D’autant qu’il a réussi à sauver son poste en se faisant réélire contre son “ami” le député (UMP) Yves Albarello, qui voulait la place (revoyez ici ce grand moment).

Enfin! le voilà assuré d’être président de la CC élargie (qu’il trouve, avec ses “amis” depuis ça cohérente et le clame partout) pour 6 ans. Pas de chance, voici qu’arrive rapidement le projet de l’Etat de fusion avec les deux communautés du Val d’Oise.

Et c’est là que ça se corse

La question de la présidence (et des vice-présidences…) du “petit Roissy”, démantèlement de la CC Plaines et Monts de France ou pas, va se poser. Pour certains vice-présidents, l’indemnité mensuelle (de l’ordre de 1880 € brut, 4100 pour le président, pour les communautés au-delà de 100 000 habitants, ce qui est le cas de Plaines et Monts de France) est importante, essentielle (et c’est normal) pour pouvoir assurer leur mandat.

Il est clair que le président Rigault n’a pas besoin de ça (encore que..). Cadre retraité, (excellent) maire de Moussy-le-Neuf, sans parler d’autres fonctions actuelles ou à venir (on y reviendra), ce n’est pas l’argent qui le motive, mais le pouvoir. Je le “suis” depuis 1997. C’est un bon élu, compétent, intelligent, volontaire, expérimenté, un homme affable et de bonne compagnie, j’en témoigne. Mais qui ne supporte pas beaucoup la contradiction (revoir la lettre qu’il m’avait envoyée en novembre 2012 et la réponse que j’avais faite).

Le président Rigault

Il fut, avant le regroupement, président de l’ancienne CC du “Pays de la Goële et du Multien”. Eh bien je peux vous dire que, s’il a toujours été partisan de la fusion des trois interco d’avant, il faisait monter les enchères à chaque fois qu’il savait qu’il ne pourrait être être président du nouvel ensemble, je l’avais fait remarqué dans ma réponse à sa lettre.

Et c’est la même stratégie qu’il déploie dans la situation actuelle., car il sait qu’il ne pourra pas être président de l’interco fusionnée avec le Val d’Oise. Et de prôner un “pôle métropolitain” (avant c’était un syndicat mixte d’étude et de programmation) incluant la Seine-Saint-Denis (pour faire bonne figure) qui serait une nouvelle structure incluant les interco actuelles et dans ce cas il pourrait rester président de Plaine et Monts de France.

C’est d’ailleurs la même stratégie que suit Didier Vaillant, président (PS) de Val de France, opposé à la fusion avec la Seine-et-Marne parce dans le cas d’une fusion simple de sa CA avec Val de France, il pourrait en être le président (ce qui ne serait pas possible avec la Seine-et-Marne). Mais au moins lui ne s’en cache pas. Vaillant et Rigault sont alliés objectivement contre la fusion des trois communautés (revoir ici) .

Ce qui n’est pas bon: la fusion se  fera, de toute façon. Donc, au lieu de gesticuler, il vaudrait mieux préparer l’avenir proche, discuter avec les autres Communautés des compétences de la nouvelle, faire une étude, comme l’a opportunément suggéré Yves Albarello, maire de Claye-Souilly et député du secteur, lors de la réunion du Mesnil, sur les finances à venir.

Ce serait le meilleur moyen (le seul…) de faire revenir l’État sur le découpage de la CC. EV

Pour en savoir plus :

– faites “interco seine-et-marne” dans le moteur de recherche de Roissymail (en haut, à droite) et vous trouverez plein d’articles sur le sujet

– voyez ces trois articles que j’ai retrouvés dans les archives de l’ancien RoisyMail :

10/12/2007  un peu d’histoire des CC de Seine-et-Marne

20/01/2008   “L’appel de Marchemoret”

2/02/2009  un an après (et après les municipales de 2008 qui avaient changé la donne) le ton avait changé

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