François Asensi à RoissyMail : “la disparition programmée de Terres de France est plus qu’une provocation”

François Asensi est député (FG) depuis 1981 et maire de Tremblay-en-France depuis 1991. En 2010 il a contribué à former la Communauté d’agglomération “Terres de France”, regroupant Sevran, Tremblay et Villepinte et en est depuis le début son président. Cette CA va, comme on le sait,disparaitre pour être fondue dans la Métropole du Grand Paris (au sein du  ” Territoire 7 “). On ne peut pas dire qu’il soit très content de cette disparition … Interview:

RoissyMail : La fin de la CA Terres de France, que vous avez créée, est programmée pour le 31 décembre à minuit. La CA rejoindra alors la Métropole du Grand Paris. En 2013 vous aviez dénoncé un « coup d’État institutionnel ». Maintenez-vous ce mot ? Et, dans quel état d’esprit êtes-vous s’agissant de cette disparition ? J’imagine que vous en avez… gros sur la patate…

François Asensi : Je n’ai rien à retirer à cette formule. Autoritarisme, absence de concertation, brutalité institutionnelle, mépris des maires : oui, tout cela s’apparente à un coup de force. La disparition programmée de Terres de France est plus qu’une provocation. C’est l’anéantissement d’années de travail, une faute sociale et culturelle. Qu’en sera-t-il de la dynamique que nous avons su créer sur notre territoire et des projets que nous portons : le financement du permis de conduire pour des jeunes en échange d’un investissement dans la vie associative ? l’installation de tableaux numériques interactifs toutes les écoles élémentaires ? le soutien de dizaines de projets associatifs ? l’aide à la création d’entreprises ? la lutte contre la précarité énergétique ? la labellisation de clubs sportifs intercommunaux ?  la résidence d’un orchestre symphonique ?

Au mieux, tous ces projets vont être gelés pendant plusieurs mois. Au pire, ils seront tout simplement enterrés. A-t-on pensé aux habitants dans tout cela ?

Je crains qu’au contraire de ce qui est avancé, le projet tel qu’il se dessine aboutisse à une plus grande coupure encore, à la fois au sein de la métropole elle même, mais aussi vis-à-vis des territoires qui seront situés en dehors de la métropole.

Quant à nos communes, elles vont se voir dépouillées de compétences essentielles qui leur permettent de dessiner leur avenir : Plans locaux d’Urbanisme, développement économique,  environnement, logement, etc. Les conseils de territoire seront dans les faits des super-communes et les villes deviendront de simples arrondissements ! Ajoutez à cela les restrictions budgétaires drastiques qui nous sont imposées et vont nous ôter toute marge de manœuvre. Il ne restera aux maires et aux élus municipaux qu’à gérer la plainte sociale, dans une grande pénurie de moyens.

RM : RoissyMail a « suivi » la CA Terres de France depuis sa formation en 2010. Quel bilan faites-vous de ces cinq années ?

FA :C’est un bilan assez exceptionnel, tant du point de vue des actions en direction des habitants que de la solidarité intercommunale, singulièrement à l’égard de Sevran: 1580 permis financés pour des jeunes de 18 à 30 ans en échange chacun de 70 heures de bénévolat au sein d’une association ; près de 500 tableaux numériques interactifs installés dans toutes les classes de toutes les écoles élémentaires; des dizaines de projets associatifs intercommunaux soutenus financièrement chaque année ; plus de 110 entreprises créées en deux ans sur le territoire de nos 3 villes avec l’aide de nos services ; un fonds d’aide aux copropriétés en difficulté et de lutte contre la précarité énergétique dans l’habitat individuel ; la labellisation de clubs sportifs intercommunaux ; la résidence d’un orchestre symphonique et des aides à la formation de jeunes artistes.

L'important projet du Colisée, au coeur de la ZAC Aérolians, est porté par Terres de France

Il faut noter également l’aménagement d’Aerolians, que la ville de Tremblay a transféré à Terres de France pour que ce parc d’activité de 200 ha et les quelques 12 000 emplois qu’il accueillera à terme profitent aussi aux habitants de Villepinte et de Sevran.

Enfin, en 6 ans, cette dernière ville aura reçu 17 millions d’euros de l’intercommunalité, tandis que le taux de CFE payé par les entreprises et les commerçants et artisans y a baissé de 31% ! De son côté, Villepinte aura reçu près de 8 millions d’euros, tandis que Tremblay a apporté 5 millions à la solidarité intercommunale.

RM : Les trois villes de la CA vont intégrer le « territoire 7 » de la Métropole du Grand Paris, avec donc Aulnay, Le Blanc-Mesnil, Le Bourget et Dugny. Comment ce « territoire » va-t-il fonctionner ? Quelles seront ses compétences ?  Pourrez-vous continuer les actions que vous aviez menées ?

FA : Le territoire va se mettre en place début 2016. Sans attendre, j’ai pris l’initiative de rencontrer les maires dont le maire d’Aulnay où sera implanté le siège du conseil de territoire, afin que nous puissions travailler sur une gouvernance commune et sur un certain nombre de principes permettant notamment de respecter l’autonomie de chaque ville. Je souhaite que les compétences très importantes dont sera doté l’Etablissement Public Territorial soient exercées dans un cadre consensuel et que chaque commune ait la garantie de ne rien se voir imposer qu’elle ne voudrait pas. Dans ce but, j’ai proposé à mes collègues maires un pacte intercommunal fixant un cadre commun.

Je ferai en sorte que la dynamique de Terres de France perdure, et que les projets les plus emblématiques comme le Colisée et Aérolians soient menés à terme.

RM : Fiscalement, qu’est-ce que ça peut changer pour les particuliers, les entreprises ?

FA : D’abord, cela va éloigner les centres de décision des habitants comme des entreprises. Ce sera plus compliqué de s’adresser à une collectivité de 350 000 habitants dont on ne connaîtra pas les principaux responsables, qu’à son maire ou à ses adjoints qu’on peut croiser quotidiennement dans sa ville. Ensuite, il ne faut pas oublier que le gouvernement impose une politique de restrictions budgétaires à toutes les collectivités locales.

J’ai obtenu, après de très nombreuses interventions, une baisse sensible de la taxe imposée dans notre secteur sur la création de bureaux et qui aboutissait à décourager les entreprises de s’installer dans notre secteur. Je souhaite que l’on puisse harmoniser les taux d’imposition sur l’ensemble de la métropole. Il est totalement injuste que l’on paie sa taxe d’habitation ou la CFE plus cher à Sevran qu’à Neuilly ou Levallois !

RM : Que va devenir le « CDT Cœur économique de Roissy Terres de France » que vous aviez signé en février 2014 avec Roissy-en-France et plusieurs communes de la CA Roissy Portes de France. Et, plus généralement, étant donné que le « Grand Roissy » (le territoire autour de CDG) va être coupé en deux, l’identité « Grand Roissy », que les élus ont (péniblement mais sûrement) contribué à créer, pourra-t-elle perdurer ?

FA : Notre CDT a représenté un très gros travail qui ne doit pas être perdu. Les problématiques étudiées sont toujours d’actualité, les projets aussi. Nous allons nous attacher à les faire vivre et progresser dans ce cadre nouveau, notamment ceux qui concernent les transports. Il faut créer une nouvelle halte, que nous appelons « Aérofret » sur la ligne du RER B, à la hauteur des zones de fret qui sont aujourd’hui très mal desservies. Il faut également avancer sur le projet de transport en site propre que nous avons baptisé le « COMET » et qui reliera les points principaux de la plateforme aéroportuaire. Quant à ce Grand Roissy dans lequel les élus ont un rôle à jouer en partenariat avec l’Etat et les milieux économiques, je souhaite que nous trouvions une forme de gouvernance dans laquelle chacun puisse jouer sa partition, tout en respectant l’autonomie des élus et des collectivités locales.

RM : Puisque c’est un des sujets du moment, avez-vous un avis sur la fusion décidée par l’Etat entre les CA Val de France, Roissy Porte de France et 17 communes seulement de la CC Plaines et Monts de France ?

J’aurais aimé que se constitue un nouveau territoire incluant toutes les villes bordant l’aéroport, dont Tremblay et Villepinte. Faute de quoi, je pense qu’il appartient aux villes situées en dehors de la métropole de se rassembler pour mutualiser leurs savoir-faire dans une coopération avantageuse pour tous. Et je pense, comme les élus concernés, que les communes de la Communauté de communes Plaine et Monts de France doivent rester unies.

(Propos recueillis par Eric Veillon)

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