Karl Tailleux : O’Parinor va bien !

Karl Tailleux est le directeur du grand centre commercial O’Parinor (Aulnay-sous-Bois). Sur fond de “débat public” Europa City (Karl, au nom du gestionnaire du centre commercial, la foncière britannique Hammerson est intervenu dans le débat avec des arguments qui m’avaient fait … sourire), mais aussi pour faire une sorte de pendant avec l’interview que j’avais faite de Dusan Milutinovic sur la situation d’Aéroville (revoir ici), je lui demandé de répondre à quelques questions. Il a accepté tout de suite ! Merci à lui.

RM : Première question… rituelle : comment va O’Parinor, globalement ?

Karl Tailleux : O’Parinor se porte bien. La rénovation d’ampleur du centre, réalisée entre 2013 et 2014 (pour rappel, rénovation intérieure et extérieure, parkings compris, et ouverture d’un pôle restauration de 2000 m2), a permis à O’Parinor de continuer à tirer son épingle du jeu dans un environnement concurrentiel en pleine évolution. Pour preuve, l’arrivée en mars 2014 de l’enseigne Primark (à l’époque le deuxième en France et 1er d’Ile de France) et l’ouverture en octobre de la même année d’un cinéma UGC Ciné Cité de 14 salles fréquenté par plus d’un million de visiteurs par an. Plus récemment, ce sont les enseignes Koton (première ouverture en France), Foot Korner, Foot Locker Kids qui ont rejoint le centre. On peut également citer des nouveaux concepts de commerces historiques comme Foot Locker qui s’est refait à son nouveau concept sur une surface quasi doublée et Zara qui a déménagé sur près de 2 500 m² pour y implanter également son dernier écrin. Cette dynamique se traduit par une fréquentation du centre en hausse de +4% depuis début 2016 par rapport à la même période en 2015, dans un contexte qui reste généralement atone pour les centres commerciaux.

RM: Et en ce qui concerne la fréquentation, le nombre de commerces et le taux d’occupation, et le fameux « panier moyen » ?

Avec ses 210 boutiques, dont 30 restaurants, O’Parinor a attiré plus de 13 millions de visiteurs en 2015. La vacance est très faible (moins de 5%) et les rares cellules non occupées sont actuellement en cours de commercialisation ou réservées à des développements d’enseignes déjà présentes dans le centre. En ce qui concerne le panier moyen, c’est une donnée que nous ne communiquons pour aucun de nos centres, mais O’Parinor est tout à fait dans la moyenne de ses concurrents.

RM : Vous avez été (enfin…) autorisés (revoir ici) à ouvrir les dimanches. Tous les commerces ouvrent-ils le dimanche? Et qu’est-ce que ça a changé en termes de fréquentation et de chiffre d’affaires pour ceux qui ouvrent le dimanche ?

KT : La décision d’ouvrir le dimanche a été prise à la majorité des commerçants lors d’une assemblée générale qui s’est tenue en décembre dernier. Aujourd’hui, les ¾ de nos enseignes ouvrent le dimanche, une proportion qui continue de progresser au fur et à mesure des accords qui sont conclus avec les salariés, conformément aux exigences formulées par la Loi Macron. Les impacts positifs se font d’ores et déjà ressentir : les ventes de nos commerçants ont augmenté de 2% depuis le début de l’année par rapport à la même période en 2015, dans un contexte qui, rappelons-le, reste atone au niveau national pour les centres commerciaux et alors que nous faisons face à une concurrence forte localement.

RM: Vous n’étiez pas là, Karl, mais je peux vous dire que lorsque le projet Aéroville a commencé à voir le jour, certains criaient, sinon hurlaient (je pense notamment à l’ancien maire d’Aulnay) à la catastrophe pour O’parinor (ce qui ne l’a pas empêché de déclarer, lors de l’atelier « commerce » du débat Europa City (le 4 avril dernier) : « et pourtant, regardez O’Parinor, son renforcement commercial lui a permis de largement résister à Aéroville… ». Qu’est-ce qu’il en est aujourd’hui, 2 ans et demi après l’ouverture d’Aéroville ?

KT: Soyons clairs ! L’ouverture d’Aéroville n’a pas été indolore ! O’Parinor a accusé le coup à l’époque en termes de fréquentation et de chiffre d’affaires. Heureusement nous avions pris la décision, avant l’ouverture d’Aéroville, d’en anticiper l’impact potentiellement négatif pour nos commerçants et de lancer une rénovation d’ampleur du centre. Nous avons débuté en mai 2013 un vaste programme de rénovation, finalisé en novembre 2014 et dont le montant total s’est élevé à 50 millions d’€. C’est donc au prix de gros efforts que nous avons pu attirer une enseigne telle que Primark, ou encore un cinéma UGC Cité Ciné de 14 salles, et ainsi continuer à attirer 13 millions de visiteurs par an dans le centre.

RM: On est en plein «débat » public sur Europa City. Vous avec pris plusieurs fois la parole dans divers « ateliers » (et notamment celui du 4 avril où j’ai lu et relu votre intervention la voir ici), en agitant, me semble-t-il, le spectre des  « 600 enseignes ». Et vous avez même dit, s’agissant de ces enseignes « on veut des noms », pour qu’il n’y pas de « doublons ». Imaginez que, lors de l’extension d’O’Parinor, certains de vos concurrents vous aient demandé ça, dans la même forme ! Qu’aurait répondu Hammerson ? Personnellement, je n’ai pas bien tout compris. Et en plus, vous proposez qu’Europa City s’installe « dans la friche PSA » !

Tout ça pour dire que ça ne donne pas une bonne impression : dès qu’une « foncière » veut faire un centre commercial, toutes les autres lui tombent dessus, à bras raccourcis (publiquement ou en …loucedé). Ou même sur d’autres sujets ! Et vous, chez Hammerson, vous êtes bien placés pour le savoir : quand il s’est agi d’installer à O’Parinor votre multiplex UGC, celui d’Aéroville, Europa Corp., a introduit un recours…

C’est marrant quand même ! A entendre certains, il ne faudrait pas plus d’une boulangerie, d’un hôtel, d’une boucherie par commune etc. A quand le Gosplan à la française ?

Alors, que dites-vous sur tout ça (sachant que le sujet des centres commerciaux est un des sujets préférés de nos lecteurs… :+) ?

KT: Rappelons pour commencer que l’arrivée d’EuropaCity signifie l’ajout de 250 000 m² de surfaces commerciales – et même 400.000 m² en y incluant l’offre de loisirs – sur un territoire où l’offre s’est déjà beaucoup densifiée ces dernières années et qui, concrètement, se situerait à moins d’un kilomètre du centre. Légitimement, on peut se demander s’il y aura de la place pour tous les acteurs, et on peut en douter. Chez les commerçants d’O’Parinor, ce projet suscite des inquiétudes à mon sens légitimes, que je souhaitais relayer dans le cadre du débat public en cours.

Il ne s’agit pas de nous opposer sur le principe à des développements sur cette zone, comme vous le laissez entendre. Mais il faut avant tout s’assurer que ces projets répondent à une véritable demande et ne mettent pas en péril l’offre existante et les emplois qui y sont associés. La principale étude (dite CVL/Alphaville) sur laquelle se fonde EuropaCity, en plus d’être obsolète car menée à une époque où n’existaient ni Aéroville, ni Le Millénaire à Aubervilliers, ni Qwartz à Villeneuve-la-Garenne, ni My Place à Sarcelles, ni Plein Air au Blanc-Mesnil, ni l’extension d’O’Parinor, ni celle de Claye-Souilly, et j’en passe, conclut de manière ambivalente sur le fait qu’EuropaCity ne touchera rien de l’existant, tout en partant du postulat que, de toute façon, à peu près toute forme de concurrence aura disparu pour laisser la place à ce centre commercial d’un nouveau genre ! Il semble donc bien que le projet d’EuropaCity ait été pensé pour exister sur un principe de vampirisation de toute concurrence alentour…

Enfin pour répondre à votre remarque sur le site de PSA, nous ne proposions bien entendu pas d’installer EuropaCity dans son projet actuel à cet endroit. En revanche, comme l’ont souligné différents architectes urbanistes dans une tribune publiée dans Le Monde le 8 juin 2016, « EuropaCity : non à la logique financière », il nous semble qu’il serait plus opportun pour le territoire de penser de véritables projets de reconversion des friches, dont celle de PSA, au service des besoins réels des habitants.

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