Gabriel Keslassy : riches itinéraire et carrière d’un Juif d’origine marocaine, fonctionnaire (décoré de l’Ordre national du Mérite) désormais à la retraite. Et … “merci à la France”.

Avec Gaby, au couscous rue de Belleville

C’est un ami, un vrai… Mais on peut parfois, entre vrais amis, se perdre de vue un moment, même si l’amitié s’entretient, comme dit le proverbe. La faute en revient aux aléas de la vie et, je pense au caractère parfois trop trépidant de la vie ici (cf ce que dit Patrick Lecompte dans la vidéo de l’article “Bénin”  ci-dessous). Je n’ai jamais oublié cet épisode: j’ai connu, en 1989, un de mes autres (vrai, donc) amis, Brice Boussari (que certains d’entre vous connaissent, collaborateur occasionnel de nos publications, revoyez ici (pages 10 à 13, son résumé, brillant, de l’Histoire de l’Afrique), un Béninois (devenu Français en 1991), excellent  professeur d’Histoire-Géo, d’une culture générale que je n’ai même pas à ce jour. On s’est vu souvent, régulièrement depuis, tous les deux ou en famille. Et puis, un jour, on n’a plus communiqué. Aucune raison à cela. J’étais occupé, (comme toujours…)  à cette époque, peut-être préoccupé par mon cancer (c’était en 2004 et après voir ici, en fait je ne sais  plus (non,  pas sûr que ce soit à cause du  cancer, qui ne m’a jamais fait peur ). En fait, j’avais dû “procrastiné”, comme sur plein de choses, comme tout le monde (sauf les héros) … Et puis je me suis repris. Pas osé l’appeler au tél… Je me suis fendu d’une longue lettre d’excuses, lettre qui m’est revenue, car ils avaient déménagé. Renata, mon ancienne secrétaire, a retrouvé son adresse où j’ai renvoyé l’enveloppe revenue. Il m’a répondu sans tarder, avec notamment cette belle phrase : “je n’ai pas beaucoup d’amis, mais tu en fais partie…”. On ne s’est plus “quittés” depuis ça. Et bien moi non plus, je n’ai pas beaucoup d’amis, mais il en fait partie.

C’est vrai que personne n’a pas beaucoup d’amis (de vrais…).

“Transfert d’amitié…”

Gaby, djeun, au Tchad. Il fait un peu Djejus Christ, non?

J’ai connu Gabriel Keslassy (Gaby) bien avant Brice. Il était ami avec Sylvia (la mère de mes enfants). Ils s’étaient connus à N’Djamena, capitale du Tchad). Elle travaillait alors, jeune fille, chez ses parents (son père était militaire), à la Paierie de France (Trésor public français) et lui était VSNA (Volontaire du service national actif) de 1975 à 77 et avaient sympathisé (version officielle…). Elle me l’avait présenté à Paris en 1980 et il y eu ce qu’on appelle (j’ai connu cette expression après) un “transfert d’amitié”. Discussions, rigolades, sorties, c’était toujours des plaisirs. Ce type dégage, jusqu’à aujourd’hui, comme des ondes positives. Il était venu ensuite à Cotonou “enterrer” sa vie de garçon (je ne raconterai pas une de nos soirées à Lomé, la morale l’interdit) car il allait se mettre en ménage avec Frédérique, sa compagne.

On s’est ensuite perdus de vue.

On s’est retrouvés, lors d’un truc de ouf… En 1993, j’officiais comme directeur du développement économique de cette bonne ville de Tremblay-en-France (93). Un important projet d’implantation sur la ZAC “Tremblay CDG” était bloqué par le … “Comité de décentralisation” (une sorte de Gosplan à la française, qui n’existe plus, mais…). Le maire, avec raison,  y tenait. Réunions sur réunions… Le “commercialisateur” qui avait amené l’affaire (un p’tit c…), n’arrêtait pas de nous dire qu’il allait régler l’affaire, mais celle-ci trainait, trainait…  Du coup je prends les choses en mains. Et j’appelle le fameux comité. On m’indique le nom du secrétaire général, un certain M. Keslassy. Ce nom étant assez courant (y’a plein de toubibs qui s’appellent comme ça) , je ne “matche” pas. J’arrive à avoir le fameux “Môssieur Keslassy”. Et là, en entendant sa voix (y’en a pas deux comme ça), j’y crois pas, mais je matche: c’était Gaby ! Retrouvailles, Rigolades, embrassades téléphoniques… On a réglé le problème (qui n’était que bureaucratique…), et j’ai fait sauter à la corde le petit con de “commercialisateur” pendant plusieurs jours !

Au tarot, avec le champagne casher …

Allez, une petite pub gratos pour "mesvinscacher.com" en échange de cette foto piquée sur leur site

On s’était donc retrouvés avec Gaby ! Pas le temps de vous raconter… Ah un peu quand même, nos parties de tarot chez moi, Gaby étant un excellent joueur !  Avec un des ses cousins et un des ses beaux-frères, tous Juifs, mais le dernier plutôt orthodoxe. Celui-ci (ashkénaze, alors que Gaby est séfarade) amenait son repas (et ses boissons du soir, strictly casher of course), pendant que Gaby et moi, on se faisait des côtes de porcs et on allait pisser sans se laver les mains en revenant (c’est pas bien, en effet, mais quand même), ce qui le faisait rager (mais la partie continuait). Il était sympa et avait de l’humour (comme tous les Juifs que je connais) et ça passait. Un jour, j’ai voulu faire plaisir audit beau-frère. Le regretté (revoir ici) Simon Dawidowicz, qui fut mon maire adjoint à Tremblay (que j’aimais beaucoup), à qui j’avais raconté ces histoires, m’offre une bouteille de champagne casher (en plus de la marque Rotschild).  Moi, heureux, je fais la surprise au beau-frère lors de la soirée de tarot qui a suivi.

Mais il n’a pas voulu en boire ! Vous savez pourquoi ? Juifs ou pas Juifs, sûrement vous savez pas. Le beauf’ (commercial “packaging”, de talent) nous a expliqué que, selon les textes, il est interdit qu’un Juif boive de l’alcool avec un goy (non Juif…) car ce dernier pourrait en profiter, une fois le Juif éméché, pour lui faire perdre sa foi et son âme juive. On a tous (sauf lui) éclaté de rire, et rappelé à ce cher beau-frère qu’on était au 20ème siècle, et que ces prescriptions moyenâgeuses, pour autant qu’elles pouvaient être utiles, n’avaient plus cours. On a fini la bouteille sans lui, et continué la partie de tarot (qu’il a gagnée !) dans la bonne humeur et la rigolade.

Et on s’est encore perdu de vue, avec Gaby, pour les mêmes raisons que j’expose plus haut. Mais l’autre fois, je reçois un mail de lui m’expliquant qu’il partait en retraite (il a fini comme chef de la mission Activités-Agréments, à la DRIEA). Il avait cherché mon email. Une vraie émotion quand je reçois son mail sur lequel il y avait son tél portable. Ni une, ni ni deux, je l’appelle. Joie ! L’amitié se sent toujours au tél. Et il est venu chez moi, a fait la connaissance de Bignon, et on on est partis entre hommes manger un couscous chez Abdel, dans l’coin (Bignon étant occupée avec son CAP Petite Enfance, qu’elle a eu depuis !)

Pendant la cérémonie, le DRIEA au micro

J’avais pas eu le temps d’aller à son pot de départ (j’ai le temps de rien faire, c bien connu), mais je lui ai demandé de m’envoyer son speech, prononcé après un mot du DRIEA, M. Gilles Leblanc.

“Merci à la France”

Je vous recommande de lire son discours (en cliquant ci-dessus) . Discours qu’il termine en disant : “

En cette période de forte déprime nationale, je tenais vraiment à exprimer publiquement mes remerciements à la France qui a permis ce parcours singulier. Il prendra une autre forme pour la génération montante mais j’ai confiance dans le génie français…

C’est un mélange (heureux et bien écrit)  de description de plein de choses: enfance au Maroc, départ en France, naturalisation ( pénible) en 1969, vie amoureuse, voyages (il a été partout dans le monde), études, carrière (dont un épisode antisémite que je connaissais, à Tahiti : moi je lui aurais mis mon poing sur la gueule à ce con), famille (il s’est marié avec Frédérique en 2014 seulement, et ce sont leurs deux enfants qui ont été témoins !).

Et lisez aussi, ci-dessus, l’hommage qu’il a rendu à sa sœur Betty, morte l’an passé à l’âge de 62 ans, qui était trisomique 21 (mongolienne comme on disait à l’époque -et encore maintenant-).

De grands moments d’humanité, dont notre pays, notre Europe, en déclin à coup sûr s’ils ne savent pas réagir aux attentats islamistes (et aux discours antisémites, tout aussi incroyables à notre époque, relayés par des frustrés que notre pays a accueillis et aidés, à grands frais), ont tant besoin.  Moi, je ne céderai pas, jamais. Merci Gaby, et on ne se perd plus de vue ! EV

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2 réflexions au sujet de “Gabriel Keslassy : riches itinéraire et carrière d’un Juif d’origine marocaine, fonctionnaire (décoré de l’Ordre national du Mérite) désormais à la retraite. Et … “merci à la France”.”

  1. Salut Gaby
    Quelle belle surprise… Figure toi que je pensais à toi depuis un certain temps … sans doute l’ âge arrivant et la peur de ne pas faire ce qui était prévu. Sans doute aussi, te souviens -tu d’avoir disparu un jour en mer suivant la Presse locale, entre Tahiti et Mooréa. Je suis celui qui disparut avec toi. J’ aurais énormément de plaisir à te retrouver après toute ces années. Qu’avons nous fait depuis trente sept ans. Si l’ aventure te tente, voici mon e-mail.
    Amitiés
    Gilbert

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  2. Bonjour Gaby

    Par hasard, chez des amis, j’ai évoqué ma jeunesse à Nice. J’ai relaté une partie d’échecs sur la plage où on a fait ta connaissance et tu as eu la gentillesse de nous héberger (Serge et Henri de Bordeaux) chez toi pendant 1 mois à Cagnes sur mer. (Cela nous a beaucoup aidé à l’époque).

    On a beaucoup apprécié ton hospitalité et comme je me rappelais ton nom, en faisant des recherches sur internet on est tombé sur ton article.

    Je te laisse mon téléphone : 06 26 83 13 79 cela me ferait plaisir de te parler ou de te revoir.

    Amitiés

    Serge PEREY
    29 Place Blaise Pascal
    33110 LE BOUSCAT

    (Si cela t’arrange tu peux répondre sur le mail de mes amis il me transmettront le message)

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