Zivka Park, députée de la 9ème circonscription du Val d’Oise: “notre territoire est passionnant”.

Bon, ça devait être fait depuis un moment, mais c’est fait cette interview. Voici une bonne occasion de mieux connaitre cette jeune députée (née en 1985). Vous pouvez aussi voir sa page FB, et sa présentation sur le site de l’Assemblée nationale. Merci à elle.

RoissyMail : Vous avez été élue députée l’année dernière, en même temps que la vague, que dis-je, le tsunami « En Marche ». Mais tout le monde vous connait pas encore bien. Surtout que vous êtes la députée d’une circonscription qui a beaucoup de connexion avec ses voisines (je pense à la 7ème de Seine-et-Marne où votre collègue LREM Rodrigue Kokuendo a été élu, et à la 13ème de Seine-Saint-Denis au moins) : c’est le Grand Roissy ! Donc au-delà de votre seule circonscription, beaucoup de gens souhaitent mieux vous connaitre, je peux vous l’assurer. Et pour ça, pas mieux que RoissyMail…
Pouvez-vous vous présenter un peu et revenir sur vos motivations pour être candidate ? Comment ça s’est passé ? On veut tout savoir ! Y compris, si c’est possible, avant de rejoindre « En Marche », de quelle « sensibilité » politique vous étiez (votre collègue Kokuendo était au PS…) ?

Zika Park : Au début de la campagne, je vous l’accorde, tout le monde ne me connaissait pas encore. Mais aujourd’hui, je peux   vous dire que je parcours ma circonscription en long et en large. J’organise des réunions publiques – la prochaine aura lieu à Luzarches après une première réunion à Louvres. Je ne m’arrête pas. Et après huit mois, j’ai réussi à me faire connaitre et à me faire apprécier. J’ai d’excellents retours ! On me le rend bien sur le terrain, je peux vous l’affirmer. Mais cela ne veut pas dire que c’est acquis : il faut faire ses preuves.

Bien évidemment, j’ai conscience qu’il faut encore aller à la rencontre des citoyens. Ils le demandent, et c’est tout à fait normal. C’est un exercice que j’apprécie. J’échangeais récemment avec le Conseil des Aînés de Chaumontel. Ils ont apprécié l’exercice, et je le referai autant que possible. Je comprends les réalités dont on me parle. Je les ai connues tout au long de mon parcours.

Je suis née à Aubervilliers, et j’ai grandi à La Courneuve. Les réalités du quotidien, je les connais. Avant d’être diplômée de Sciences Po et d’intégrer une grande banque française, j’ai fait ma scolarité dans ce que l’on appelait à l’époque les ZEP (zones d’éducation prioritaire), j’ai pris le RER B, j’ai pris la ligne 7, et avec toutes les difficultés que l’on peut connaître quand on vit derrière le périphérique.

La République m’a offert des opportunités. Elle m’a permis de m’élever dans la société, et un jour, de me dire, que je pouvais prétendre, moi aussi, à la députation. Représenter mes concitoyens, avec le parcours qui est le mien, elle était là ma motivation. Celle d’une personne issue de la société civile.

Mon père était ouvrier en confection dans le textile. La crise dans ce secteur, tout le monde la connait. Il a perdu son travail, il a connu le chômage à un moment de la vie où c’est le plus difficile de se reclasser. Ma mère travaille dans un centre de rétention administrative, dans les services de restauration. Je me suis nourrie de toutes ces réalités. J’ai mon mot à dire sur ces sujets, et je suis en mesure de les restituer dans les débats parlementaires.

RM : Comment expliquez-vous, à votre niveau d’expérience, la victoire historique d’Emmanuel Macron et ce qui en a suivi ?

ZP : Emmanuel Macron a compris rapidement que le pays avait besoin d’une transformation profonde, mais qu’elle ne pouvait pas se faire dans le cadre du système en place. Il s’en est affranchi, et a créé un mouvement hors des partis traditionnels. C’est le fait de s’en affranchir qui m’a séduite dans son projet. Je n’étais encartée dans aucun parti politique, mais il est vrai que si l’on doit me placer sur l’échiquier politique de l’ancien système, je me situerais plutôt au centre-droit.

Ensuite, son programme n’était pas une succession de mesures. C’était une vision et des objectifs pour la France. Il a compris que c’était aux Français et aux différents acteurs engagés de se mettre autour de la table, de réfléchir et de définir là où nous souhaitions aller. Personne ne s’en est rendu compte, mais nous avons construit un programme avec le candidat qu’il était. Emmanuel Macron a présenté sa vision aux Français, avec une énergie nouvelle. Et je crois que les Français étaient prêts à entendre un discours de vérité, et à accepter les réformes qu’il annonçait. Il a prouvé jusqu’à présent qu’il fait ce qu’il dit.

RM : Comment ça se passe pour vous à l’Assemblée ? J’imagine que c’était impressionnant au début… Dans quelle commission siégez-vous et, au-delà, avez-vous des domaines auxquels vous vous intéressez en particulier ?

ZP Impressionnant, oui. Mais c’est surtout un honneur. Je ne pensais pas devenir Députée lorsque j’ai visité l’Assemblée en tant qu’élève du Lycée Jacques Brel de La Courneuve.

En tant qu’élue de la nation, nous travaillons sur des sujets qui concernent tous les Français. Mais cela ne m’empêche pas de choisir des sujets qui ont un lien direct avec mon territoire.  Je siège au sein de la Commission Développement Durable et Aménagement du Territoire. J’ai fait ce choix parce que la question des mobilités est primordiale dans l’Est du Val d’Oise. D’ailleurs, j’ai intégré le Conseil de Surveillance de la SNCF. La loi Mobilité sera bientôt présentée, et je compte bien être en première ligne.

Toujours en lien avec les réalités de la 9e circonscription, j’ai intégré plusieurs groupes de travail. Celui qui traite de la Politique de la Ville : j’ai été nommée Ambassadeur Quartiers Politique de la Ville pour le Val d’Oise. Nous en avons un certain nombre au sein de notre circonscription, et je suis complètement investie sur ces sujets. Je siège aussi au sein de la Commission d’élus DETR (Dotation d’équipement des territoires ruraux).

Enfin, je préside le groupe Politique Aéroportuaire. Avec Roissy-CDG sur la circonscription, par la force des choses, j’ai été nommée Rapporteur pour avis pour le transport aérien. Nous avons beaucoup d’enjeux dans les années à venir : la construction d’un T4, l’augmentation du trafic aérien. Je suis régulièrement en contact avec les acteurs du secteur. Les assises du Transport Aérien débutent mi-Mars. Je suis ces questions de près.

D’autres sujets m’intéressent, notamment la couverture numérique des territoires, le logement et les questions d’éducation. Je souhaite œuvrer pour l’égalité des chances. J’en ai fait part directement au Ministre de l’Education Nationale.

Un autre sujet qui concerne nos enfants, et qui me tient à cœur en tant que maman, c’est leur alimentation. J’ai intégré le groupe de travail Agriculture pour travailler sur le volet restauration collective dans le cadre du projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable. J’organise prochainement un atelier avec les citoyens pour qu’ils puissent nous faire remonter leurs propositions sur cette question.

RM : Moins d’un an après votre élection, pensez-vous bien connaitre les dossiers de votre circonscription (je pense surtout au développement économique), ses enjeux ? Je sais que vous avez rencontré beaucoup d’élus locaux, d’autres acteurs, mais le territoire est aussi passionnant que complexe…

ZP : Dès mon élection, afin de prendre en main les dossiers, j’ai été à la rencontre des représentants des pouvoirs publics locaux, des élus de notre territoire, des organisations et des entreprises implantées et opérant dans le Val d’Oise (ADP, Fedex, Air France, EasyJet).

Les logiques et les enjeux de notre territoire, je les connaissais avant de m’engager. Je vis sur ce territoire depuis 7 ans. Mais s’engager dans une campagne politique, au contact des gens, vous apprend aussi beaucoup.

Notre territoire est passionnant, il connait des réalités et des richesses diverses. Les enjeux à Goussainville, Gonesse et Fosses ne sont pas les mêmes qu’à Luzarches, Chaumontel et Survilliers.  Vous avez des communes dont les ressources financières générées par l’activité aéroportuaire leur offrent quelques marges de manœuvre, et d’autre communes rurales et périurbaines qui ont besoin d’être davantage entendues et accompagnées pour pouvoir continuer à offrir et développer des services publics de qualité. En somme, les priorités et les problématiques ne sont pas les mêmes. Et pourtant, il faut agir à tous les niveaux.

Je me réjouis et me félicite des relations que j’ai pu construire avec les élus locaux. C’était important pour moi. J’ai des contacts réguliers avec eux : sur la fiscalité locale, la construction de logement, EuropaCity, la ligne 17.

Je construis mes dossiers, dans le temps qui nous est imparti. J’essaie d’identifier les marges de manœuvre et les leviers d’actions sur lesquels on peut réellement agir. Je ne raconte pas d’histoires aux élus et aux administrés. Nous avons été élus pour transformer le pays. Cela prendra du temps.

cliquez pour voir la députée poser une question à la ministre des Transports, à propos de la ligne 17. C'était en décembre dernier

RM S’agissant du territoire, et singulièrement du Grand Paris Express (sans parler du dossier « Métropole »), et sa ligne 17 : on entend tout et son contraire depuis plusieurs mois. Vous savez la mobilisation des élus, toutes tendances confondues (je n’ai jamais vu ça, vous pouvez me croire) sur les menaces qui pèsent sur cette ligne. On sait que le Premier Ministre, lors d’une réunion récente avec les élus d’Ile-de-France, a maintenu l’ensemble des lignes, mais ne s’est pas prononcé sur les délais. Pourtant, le respect de ceux-ci, décidés et confirmés de longue date est crucial aux yeux de tous. A ce jour, rien n’est dit de la part de l’Etat et les annonces sont reportées de jour en jour.

Quel est votre sentiment sur ce sujet, et… avez-vous, en tant que députée du secteur, des informations nouvelles ?

ZP: Là encore, je me félicite du travail accompli avec les élus, et ce toujours en bonne intelligence. Les décisions viennent d’être annoncées. La ligne 17 est maintenue dans sa totalité, jusqu’au Mesnil-Amelot. C’est une excellente nouvelle. C’est un projet important pour ce territoire longtemps délaissé.

Le Gouvernement va demander à la SGP d’engager rapidement les procédures d’appel d’offres pour la réalisation de la ligne 17 jusqu’au Triangle de Gonesse, avec comme objectif, une mise en service au plus tard en 2027.

Alors bien évidemment, nous l’attendions pour 2024. Le Premier Ministre et la Ministre chargée des Transports ont tout de même rappelé que le Grand Paris Express était le chantier du siècle. C’est un doublement du réseau actuel. Notre gouvernement a décidé de prendre ses responsabilités et d’assurer un phasage raisonnable et raisonné du projet. Un discours de vérité permet de prendre les donnes décisions !

Cela étant, comme l’ensemble des élus de notre territoire, pour que cette ligne soit maintenue, je n’ai pas hésité à faire part de mes observations sur la réalité de notre territoire, aussi bien auprès des différents cabinets ministériels que des ministres directement. J’ai rappelé que nos concitoyens connaissent toujours de sérieuses difficultés pour se déplacer, et que nos habitants sont privés de liaisons de transport en commun.

(Propos recueillis par Eric Veillon )


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