Supension “jusqu’à nouvel ordre” du quotidien La Nouvelle Tribune. Que va dire la justice ? ?

avec Vincent Foly, au restaurant le Kirikou, à Fidjrossè (quartier de Cotonou)

voir le dossier de l'affaire, publié par Vincent Foly

Le Bénin connait une réelle liberté de la presse depuis 1990., après des années de dictature “marxiste-léniniste”. Des tas de journaux sont apparus et, au début du moins, certains confondaient liberté de la presse et liberté d’écrire n’importe quoi, y compris des contre-vérités flagrantes, voire des insultes. Les choses se sont calmées. Une institution, la HAAC a été créée dès le début, “elle a pour mission de réguler le travail des médias : presse écrite, radios et télévisions. À ce titre, elle veille à un traitement juste, éthique et professionnel de l’information, et à l’accès équitable des citoyens aux médias de service public”.

Je suis bien la presse du pays, notamment grâce notamment à mes alertes google. Voici quelques années, j’avais fait la connaissance de Vincent Foly, fondateur et directeur de la Nouvelle Tribune, un des quotidiens qui comptent au Bénin. On est toujours restés en contact, je l’aime bien. Le journal, à l’image de son fondateur, a un côté “gauche-gauche” et n’est pas tendre, c’est le moins qu’on puisse dire,  avec le nouveau président du Bénin, Patrice Talon.

Au mois de mai dernier, j’apprends avec stupéfaction que son journal est “suspendu” par la HAAC, sans autre forme de procès (c’est le cas de le dire) . Je l’ai appelé tout de suite.

Quand je suis arrivé fin juillet au Bénin, on s’est vu tout de suite (foto du haut). Il m’a mieux expliqué la situation, son journal étant toujours interdit. Il m’a montré les extraits d’articles qui figuraient dans la décision de cette HAAC. C’est clair que certains de ces passages (écrits par un professeur à la retraite), qui s’en prennent vivement au président de la République, sont susceptibles, selon moi,  d’être poursuivis pour diffamation.

Mais le problème est le suivant : ni le président de la République, ni son entourage, ni le parquet n’ont agit en justice contre ces écrits, jusqu’à ce jour. Et la HAAC n’a pas le pouvoir de … suspendre, en tout cas, pas dans les conditions qu’elle l’a fait et pas sur ce temps long. Elle aurait donc fait du zèle… J’avais demandé à Vincent pourquoi il n’avait pas lui-même porté plainte contre cette décision, visiblement illégale. En fait il a voulu jouer l’apaisement.

Mais ça n’a pas marché. Entendu par la HAAC, il fait profil bas, présente ses excuses, mais ça ne suffit pas.  Le 26 juillet, la HAAC confirme, par une nouvelle décision l’interdiction du journal “jusqu’à nouvel ordre”.

Du coup Vincent se décide à agir. Il convoque le 2 aout une conférence de presse (j’y étais) où il annonce sa décision de déposer une plainte en référé contre les décisions de la HAAC, qu’il considère comme des abus de pouvoir.

Vincent pendant sa déclaration

A l’appui, un jugement de la Cour suprême, annulant, en  2017,  une décision de la HAAC qui avait interdit un autre journal, le “Béninois Libéré”. Le recours en justice a été déposé le 8 aout. Vous pourrez le voir ici.

lors de la conférence de presse. Au premier plan, à droite, c'est Robert Dossou, avocat, ancien ministre de la justice, ancien président de la Cour Constitutionnelle, venu apporter son soutien (je l'ai revu avec plaisir)

On en est là, dans l’attente de la rentrée judiciaire.  Je souhaite que les choses rentrent dans l’ordre. EV

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