Le projet de liaison TGV Roissy-Picardie ne convainc toujours pas les élus de la Communauté d’Agglomération de Roissy Pays de France

Toujours remonté, Patrick Renaud

Dans le cadre de la (nouvelle…) concertation préalable concernant le projet de liaison ferroviaire Roissy-Picardie, la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) a organisé une réunion publique afin d’informer et de prendre les avis des habitants, qui seront impactés par le projet. La réunion s’est tenue le mardi 10 décembre 2019, dans la salle polyvalente Marcel Hervais à Roissy-en-France, devant des élus de la Communauté d’Agglomération de Roissy Pays de France et quelques habitants des villes de Vémars et Villeron ayant pu faire le déplacements, encadrée par Sylvie Denis-Dintilhac et Floran Augagneur, tous les deux garants de la concertation pour la CNDP, ainsi que de Laurence Rosset, Responsable de concertation pour la SNCF et André Bayle, Chef de la mission SNCF Roissy-Picardie. A noter que parmi les élus locaux présents, il y avait Patrick Renaud, Président de la Communauté d’Agglomération de Roissy Pays de France, André Toulouse, Maire de Roissy-en-France, Pascal Doll, Maire d’Arnouville, Jean-Noël Moisset, Maire de Survilliers, Dominique Kudla, Maire de Villeron, Frédéric Didier, Maire de Vémars, Michel Jaurrey, 2ème Adjoint au Maire de Gonesse à l’urbanisme, Marie-Christine Robert, 3ème Adjoint au Maire aux affaires culturelles et associatifs, et Daniel Mella, 4ème Adjoint au Maire de Marly-la-Ville à l’urbanisme. Le débat fut animé par Emilie Walker, de l’Agence Eker.

Comme un préambule annonçant l’humeur générale de la réunion de concertation, Patrick Renaud prend le micro et déclare : « Pour commencer, je tiens à dire que je ne suis pas content. La manière n’est pas respectable. Dans l’état du projet, je suis contre. Cette nouvelle concertation tombe au plus mal. Aux noms des 42 communes dont je représente, cette annonce nous contrarie grandement. Nous avons rien contre la Picardie, rassurez-vous, mais depuis ces dernières semaines, après l’annulation d’Europa City, la Communauté d’Agglomération de Roissy Pays de France se sent lésée, sachant que nous ne serons pas ceux qui en profiterons, bien qu’en ayant les infrastructures sur notre territoire ».

au micro, Dominique Kudla, maire de Villeron, est en première ligne contre le projet

Pour rappel, ce projet d’un montant estimé à plus de 300 M€ aura surtout vocation à connecter les Hauts de France au réseau TGV, en passant par la gare CDG.  Et permettra dans la foulée de faciliter l’accès pour les habitants des Hauts-de-France aux emplois de la plateforme aéroportuaire de Paris-Charles de Gaulle. Mais la CA Roissy Pays de France ne l’entend pas de cette oreille. Dans ce contexte, une motion contre ce projet avait été votée à l’unanimité lors du conseil communautaire du 27 septembre 2018 (la voir ici).

“Inclusif”…

Floran Augagneur, à l’écoute des propos exprimés par le Président de la Communauté d’Agglomération, lui répond : « Nous entendons votre discours. Sachez que la CNDP est organisme indépendant. Notre rôle de garant en ce qui concernent ce projet, se fait dans un principe d’équivalence, de transparence, en utilisant le principe d’argumentation et en établissant une cartographie des arguments. Grâce à ce dispositif participatif, inclusif, nous restons à l’écoute de tous ».

Pendant environ une heure, s’est ensuite déroulée une présentation du projet de liaison ferroviaire Roissy-Picardie, où André Bayle a défendu ce dernier. « Notre objectif est l’amélioration du service au quotidien et la desserte du Pôle de Roissy. Par ce fait, nous construirons un raccordement à double voie de 6,5 km pour le TGV, entre la gare de Survilliers-Fosses et les voies TGV existantes à proximité de Vémars. La création de quais en gare de Roissy CDG et divers aménagements sur les gares en amonts sont également prévus », dit-il.

“foutage de gueule”

« Nous avons besoin de plus de temps ! », s’insurgent les élus. La salle devient subitement bruyante, une grande partie de l’assistance semble assez mécontente des informations dévoilées par le représentant projet de SNCF Réseau. « De toute façon, les dés sont pipés ! C’est du foutage de gueule ! » ou « Ce n’est pas une concertation, vous attendez simplement notre validation ! », sont les phrases qui fusent dans les airs, profitant du léger brouhaha ambiant. André Bayle tente de rassurer les élus : « Rien est figé. C’est pour cela que nous sommes réunis aujourd’hui et que la concertation est ouverte jusqu’au 31 janvier 2020. Nous avons besoin de connaître vos besoins et vos retours ».

Directement impactés par le futur raccordement ferroviaire, les maires de Villeron et Vémars fustigent le projet : « Ce n’est pas clair tout ça, il y a beaucoup de zones d’ombre. Aucune communication concernant le trafic de nuit et les nuisances sonores. Nous avons amorcé la construction de plusieurs zones habitables, vous ne prenez pas en compte nos projets actuels. Et pourquoi une concertation envoyée à la dernière minute, pendant cette période ? », demande Dominique Kudla. « C’est un leurre !  L’idée n’est plus aux questions, c’est un manque de respect aux élus et aux citoyens. Je suis opposé à ce projet, déjà ficelé, qui prévoit une partie du massacre du bois et des terres agricoles. De plus, votre communication est douteuse », ajoute Frédéric Didier.

C’est avec une certaine agitation que les échanges se déroulent, les élus globalement d’accords entre eux ne se cachent pas pour montrer leurs inquiétudes. L’échange arrive rapidement dans une impasse. Le débat s’enlise et les questions d’habitants, évoquant les nuisances phoniques et la détérioration de leur cadre de vie, ne viennent pas arranger les choses.

L’écologiste Bernard Loup, Président du “Collectif pour le Triangle de Gonesse”, expose son avis : « Je suis contre le projet (en 2011 il était pour, NDLR). Ce sont les acteurs économiques, les responsables », avant d’être rapidement interrompu par le Président d’Agglomération de Roissy Pays de France. « Ah oui ! C’est sûr ! Vous êtes contre tout ! C’est en partie grâce à des gens comme vous qu’Europa City a été abandonné », lui dit-il. Rajoutant à la fin d’une courte joute verbale, Patrick Renaud reprend l’expression à haute voix : « Vous le savez… quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ».

Les élus ne se gênent pas de rappeler à André Bayle que le Barreau de Gonesse, projet similaire datant du début des années 2000, a été annulé au profit de ce nouveau projet s’apparentant à un Barreau de Picardie. Ils y voient comme une provocation à leur encontre.

En conclusion, ce n’est pas cette réunion publique de 2h qui aura réussi à répondre aux questions et à réduire les inquiétudes des riverains. Beaucoup de points clefs n’ont pas été abordés et les élus y voient clairement un forcing du projet, durant une période qui ne leur laisse pas énormément de temps de réaction. Comme il avait ouvert la réunion par sa prise de parole, Patrick Renaud reprend le micro pour y apporter sa conclusion : « C’est bien gentil tout ça mais même vos chiffres ne sont pas clairs. Pécresse nous a dit qu’il n’y a plus d’argent, pas d’aide. Alors qui va payer le déficit ? Moi, je n’ai plus de recette ! En plus, vous savez que les mairies sont très occupées pour la période des vœux et dans la préparation des prochaines municipales. L’angoisse est palpable. Donc, ce n’est pas fini, j’ai 42 maires à réunir et j’entends bien nous faire entendre, car là, c’est le projet imposé de trop ».

Vous aussi donnez votre avis par écrit : en contribuant sur le site internet www.roissy-picardie.fr via le formulaire ou en écrivant via email à SNCF Réseau : concertation-roissy-picardie@reseau.sncf.fr ou par courrier au : SNCF Réseau, Direction de la Stratégie du Réseau, Mission Roissy-Picardie, 18 rue de Dunkerque, 75010 Paris. La concertation se déroule du 2 décembre 2019 au 31 janvier 2020. WM

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1 réflexion au sujet de “Le projet de liaison TGV Roissy-Picardie ne convainc toujours pas les élus de la Communauté d’Agglomération de Roissy Pays de France”

  1. Actuellement les personnes qui travaillent sur Roissy en provenance d’Amiens ou St Quentin Via Creil sont obligées d’aller sur Paris puis la ligne B complétement ridicule alors qu’une liaison entre Survilliers Fosse et ADP CDG avec un arrêt au Mesnil-Amelot pourrait très bien leur convenir, mais bon leur résolution complètement obsolète

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