Débat autour de l’avenir du Triangle de Gonesse à Villiers-le-Bel

Le mercredi 22 janvier 2020, dans une des salles du complexe Boris Vian situé à Villiers-le-Bel , s’est tenu le premier débat concernant l’avenir du Triangle de Gonesse et du territoire de la Plaine de France d’une superficie de 670 hectares, après l’abandon du projet Europa City. Le débat a été proposé et organisé par l’Association CARMA (Coopération pour une Ambition agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir), présidé par Robert Spizzichino, et animé par différentes personnalités du monde associatif écologique local, assistés par quelques experts en urbanisme. Dans ces intervenants, il y avait Bernard Loup, Président du Collectif pour le Triangle de Gonesse, Maud Granger, Administratrice en lien avec l’Association ABIOSOL et AMAP Île-de-France, Fatima Addhamou, Présidente de l’Association RER, Laurent Chatelain, Gérant de la société Agriculture d’Avenir, et Béatrice Mariolle, architecte-urbaniste. Le débat s’est déroulé devant une salle comble, en présence de Francis Rol-Tanguy, à qui le gouvernement a confié une mission de médiation pour le Triangle de Gonesse et le territoire du Grand Roissy.

En guise de préambule, Robert Spizzichino déclare :  « Ce débat est le premier d’une série de rencontres organisées par l’association, à travers le Grand Roissy. Ces échanges permettront d’aborder un certain nombre de questions qui nous préoccupent tous. Comment développer l’accès à des aliments locaux, de qualité ? Comment répondre aux besoins d’emplois en créant des activités nouvelles utiles ? ».

Pendant près d’une heure, les intervenants associatifs apporte leurs propositions à ce que pourrait, éventuellement, devenir les terres du Triangle de Gonesse. Selon Bernard Loup : « L’urbanisation abusive peu causer de nombreux désagréments. Le potentiel de la qualité des sols, en matière de culture, est un atout majeur pour résoudre le problème écologique du territoire, et ainsi préserver la biodiversité domestique ».

Pour Laurent Chatelain, qui se félicite grandement de l’annulation du projet Europa City, des solutions existent : « C’est une opportunité en ces temps de transition écologique. Il faut renouer avec nos traditions anciennes au sujet de l’agriculture. La permaculture, par exemple, crée des emplois, permettant par la même occasion un retour à des variétés locales. Arrêtons de dire que nos propositions ne peuvent répondre à la demande d’emplois. Notre activité est aussi créatrice d’emplois ».

Les intervenants s’accordent sur un point crucial. Ils lancent, à l’unisson, un appel en direction de tous les acteurs du dossier à se réunir autour de la table, c’est de la responsabilité de l’État. Il y a un changement sociétal concernant l’écologie. Le Triangle de Gonesse peut devenir un modèle, à ce fait.

A mi- débat, Robert Spizzichino a dévoilé les trois axes principaux du CARMA pour ces prochaines années. « Le premier axe est l’autonomie du territoire Pays de France, par l’aménagement et en ligne avec la transition énergétique. La création d’un Pôle d’Excellence Agricole-Santé, afin d’y apporter l’enseignement nécessaire dans ce domaine. Par la suite, un campus des métiers de la transition écologique verra le jour dans un second temps. Et bien sûr, le Triangle de Gonesse avec la création d’un projet d’urbanisme, espace faisant le lien entre 7 communes riveraines. Nous devons fédérer autour de ce projet, les citoyens et les agriculteurs associés, afin de faire évoluer l’agriculture, de travailler sur les nouvelles façons de penser l’écologie et sur les variétés de production, par l’aménagement écologique du territoire », annonce le Président de CARMA.

Pour Fatima Addhamou, il faut permettre aux gens de pouvoir manger mieux, garantit par des productions locales et en respect avec la nature. Mais surtout, lutter contre le gaspillage alimentaire.

Le débat se voulant participatif, l’assistance a pu interagir avec les différents intervenants. De ces échanges, il en ressort, en grande partie, un soutien et une confiance envers les propositions qui ont été annoncées. Quand certain.es ajoutent des idées au projet, comme une coopérative agricole ou des espaces de promenade bordant les hypothétiques futurs champs de chanvre, d’autres se rêvent à supprimer la prochaine ligne 17, voire l’aéroport du Bourget. Le débat est recadré par Maurice Maquin, 2e Adjoint délégué aux Travaux et au Développement durable à la mairie de Villiers-le-Bel. « Il ne faut se disperser ou s’emballer. Il faut faire les choses clairement, dans le sens d’un business plan à économie durable, créatrice d’emplois », rappelle-t-il.

« Le Triangle de Gonesse se situe sur l’axe de deux pistes, une du Bourget et l’autre de Roissy Charles de Gaulle. Ne croyez-vous pas que les terres agricoles ne soient fortement polluées ? », demande une des personnes de l’assistance. Le CARMA, de son côté, assure que analyses de sol ont été pratiquées et que les résultats seront rendus publics, prochainement.

Francis Rol-Tanguy au micro

Après moultes discussions, divergences et avis sur le projet, Francis Rol-Tanguy, observant le débat depuis le début sans intervenir, rejoint la scène et déclare : « Pour commencer, je tiens à dire que l’abandon d’Europa City est une bonne nouvelle. Malgré que je sois en retraite, je pense que les problèmes sociaux méritent que l’on s’y attarde. Voilà la raison de ma présence ici, recueillir vos doléances et établir le lien avec le Gouvernement. C’est un travail d’équipe, où nous devons avoir une vision élargie du futur projet. Mais je veux rappeler que malgré ma position, je ne suis pas là pour me substituer aux acteurs territoriaux ».

« Concernant la ligne 17, il faut mettre les choses au clair. La future gare métro du Triangle ne peut pas être annulés aussi facilement. Ce projet est un projet d’Etat, qui ne peut que se résoudre que par le législatif. La procédure serait très longue, avec des passages devant les hémicycles. Il y a très peu de chance pour que ça fonctionne », prévient Rol-Tanguy, revenant sur une des propositions du public.

« Pour ma part, je souhaite que le Triangle de Gonesse devienne une zone agricole et horticole, une zone verte. Nous sommes ouverts à toutes discussions, même ceux qui sont contre ce projet », ajoute-t-il.

Pendant une vingtaines de minutes, le débat participatif reprend, laissant l’opportunité aux éventuels contestataires d’évoquer un avis contraire, ainsi apportant de la diversité de pensée au débat. Prenant le micro, un habitant d’une commune voisine déclare : « J’ai des doutes sur la nature de l’abandon d’Europa City. Ca a été un moteur d’énergies et d’initiatives pour beaucoup de gens, pendant plus d’une décennie. Europa City avait créé un rêve, un espoir auprès des habitants pour l’emploi et pour leur futur. Comment le CARMA peut apporter le même espoir et la même énergie ? Ce n’est pas tout blanc ou tout noir, il faut bien réfléchir ».

Un autre, agriculteur sur les terres du Triangle de Gonesse, dit : « C’est bien beau tout ça, mais je crois qu’il faut que la conscience écologique se propage au plus grand nombre. A propos de la pollution, étant le premier concerné, je peux vous dire que les abords de champs, proche des axes routiers, sont pollués par divers détritus, comme des bouteilles et sacs plastiques ».

Cette soirée de débat arrivant à sa fin, Robert Spizzichino conclut : « Toutes les propositions et les avis des débats sont enregistrées. Ce qui permettra au CARMA de réévaluer et réajuster le projet, selon les besoins et les réalités du moment. Personne ne sera mis de côté ». Puis, comme un défi lancé à l’ensemble de la salle, le Président du CARMA déclare : « Nous avons 4 ans pour nous mettre à niveau et organiser le projet, afin de répondre à l’appel d’offre des farines de blé qui serviront à alimenter le parc olympique en pain. Ça serait une belle victoire que la Plaine de France soit sélectionné ». La soirée s’est terminée dans une atmosphère conviviale, autour de l’inévitable galette des rois, réalisées par Fatima Addhamou et l’Association RER. WM

l’avis d’EV

On sait ce que je pense de l’abandon scandaleux, d’un trait de plume, par le président Macron, du projet Europa City. Après 10 ans de préparation, soutenu toujours par l’État. Tout ça pour sacrifier à l’écologisme ambiant, mais aucun zécologiste ne votera pour lui pour autant. Grave faute politique, selon moi. J’ai bien lu le compte-rendu de WM ci-dessus, et ça  m’a fait “sourire”, notamment la déclaration de Francis Rol-Tanguy, que les gouvernements successifs ont envoyé au charbon pour des causes perdues (modernisation du fret ferroviaire-il s’était fait boulé par la CGT- et la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, revoyez ici ce grand moment-), entre autres. Je me demande pourquoi il accepte tout ça (c’est un type sympa, que j’avais eu l’occasion de rencontrer voici une bonne dizaine d’années), d’autant qu’il est en retraite… Mais bon, une chose est sûre, c’est qu’il ne pourra rien faire pour le triangle de Gonesse. Autre rire, ce qu’a dit Robert Spizzichino, retraité aussi, sympa aussi (c’est terrible, les retraités, qu’est-ce qu’ils s’ennuient! ils ont assurément des problèmes avec leur karma).

Je me réjouis par contre de cette initiative, que j’avais appelé de mes vieux (oups! lapsus, de mes vœux)  ici, des collectivités concernées, et que je soutiens entièrement. Lisez en cliquant ci-dessous, et c’est à suivre.

 

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