Dernière réunion de concertation sur le projet Roissy-Picardie à Vémars sous haute tension

le maire de Vémars, Frédéric DIDIER est farouchement opposé au projet, depuis le début

Le mardi 4 février 2020 s’est tenu le dernier débat sur la concertation préalable au sujet du projet de la liaison ferroviaire Roissy-Picardie, dans la salle des fêtes de la ville de Vémars. La soirée s’est déroulée en présence de Laurence Rosset, Responsable de la concertation pour le compte de la SNCF, André Bayle, Chef de la mission SNCF Roissy-Picardie, Armand Thomas, Responsable foncier et urbanisme, Luc Buisson, Responsable juridique et environnement. Cette réunion était encadrée par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), avec en présence Sylvie Denis-Dintilhac et Michel Riou, et animée, comme pour toutes les soirées de concertation précédentes, par Emilie Walker, de l’Agence Eker. Cette ultime soirée d’information et de concertation fait suite à celles organisées en décembre 2019 à Roissy-en-France et à Fosses la semaine dernière (voir les anciens articles ici). Afin d’apporter plus de détails au futur projet, de nouveaux intervenants se sont ajoutés au débat comme Mikaël Beck, Directeur grands projets ARCADIS, Pierre-Alexis Romarie, Chef de projet acousticien ARCADIS, et Franck Spinelli, Directeur Agence Nord-Ouest ECOSPHERE.

La soirée promettait des remous, la futur ligne TGV TER impactant directement les riverains des communes de Vémars ainsi que de Villeron, et ce sentiment fût avéré dès le début de la séance. La salle pouvait compter sur la présence de plus d’une centaine de personnes, avec des habitants du territoire et de nombreux élus locaux ayant fait le déplacement. S’affichant ouvertement contre le projet, Frédéric Didier, Maire de Vémars, donne la température dans son discours d’ouverture : « Je tiens d’abord à dire, que bien le sujet soit grave, nous devons garder le respect lors du débat et respecter le droit républicain de la liberté de parole, en restant respectueux de chacun. Pour commencer, nous ne sommes pas dupes, cette concertation est un leurre. Nous avons à faire au rouleau compresseur de la SNCF, qui petit à petit, impose un projet que nous avons déjà rejeté, il y a une décennie. Rappelons que la loi, votée le 24 décembre 2019, a relancé le projet Roissy-Picardie. Je suis, pour ma part, fermement opposé à ce dernier ».

Comme pour chaque réunion, les intervenants de la SNCF se succède afin d’expliquer le projet, mais très vite un dialogue de sourd s’engage entre l’assistance et représentant de la SNCF Réseau. « On s’en fout ! », hurle une personne dans le public. « Revenez nous voir quand le RER D fonctionnera correctement ! », scande un autre, au fond de la salle. La majeure partie du public est hostile au futur tracé ferroviaire, qui devrait voir le jour aux portes des villes de Vémars et Villeron. Les préoccupations principales des riverains sont concernant les nuisances sonores et la défiguration du paysage.

cliquez pour voir la vidéo tournée par nos soins. Ça a chauffé !

« Il y a 5 ans, j’ai quitté Paris pour le calme et le cadre agréable qu’offre Vémars. Et là, on nous annonce le Terminal T4 et le Roissy-Picardie. Ce n’est pas possible ! », dit une femme. La question du foncier fait irruption, par le biais d’un autre habitant : « J’ai acheté récemment. C’est un patrimoine qui va être dévalorisé par votre projet. Prévoyez-vous un fond afin de dédommager ceux qui seront directement impactés ? », demande-t-il.

La population locale ne sent pas entendue et reproche aux représentant de la SNCF de sortir un discours trop orienté sur le côté « marketing » du projet, plus proche de l’acceptation que de la concertation. Diverses associations écologiques de l’Oise, ayant fait également le déplacement, s’inquiète pour la biodiversité du territoire et accusent la SNCF, ainsi que les prestataires comme ARCADIS, de mettre en route un projet jugé inutile et non-viable, néfaste pour la nature.

Se défendant de ces accusations, André Bayle dit : « Le projet a été relancé par l’Etat. Il y a aussi des réalités économiques auxquelles nous ne devons pas ignorer. Les Haut-de-France n’ont pas accès à Roissy par les transports et la ligne Roissy-Picardie peut répondre à ce besoin. Ce sont des enjeux de différents niveaux ». Le public se met fortement en colère, reprochant un hors sujet de l’interlocuteur et qu’ils ne sont pas concernés par les propos tenus. Ils ne veulent être les dindons de la farce, héritant que des côtés négatifs du projet.

« Si ! Il y a une solution ! C’est une ZAD ! », crie un homme, excédé par le manque de réponses rassurantes envers les riverains inquiets.

« On vous demande de revenir lorsque l’on aura un RER D convenable. Ensuite on pourra parler du barreau Roissy-Picardie », déclare Anthony Arciero, élu à Survilliers et Conseiller départemental du Val-d’Oise. A de nombreuses reprises, l’ancien projet du barreau de Gonesse est évoqué, alternative que les Vémarois et Villeronnais trouvent plus efficient, sans sacrifier une partie de leur territoire.

Durant plus de deux heures, le débat fût bien difficile entre les représentants du projet et l’assistance, ne trouvant aucun terrain d’entente et n’apaisant nullement la colère généralisée et les inquiétudes. En guise de conclusion à cette réunion, après les messages de défiances venant des habitants, Frédéric Didier dit : « Cette colère, elle n’est pas dirigée contre vous mais contre ceux qui devraient être à votre place, les membres du gouvernement. C’est Madame la Ministre qui devrait être là, devant nous aujourd’hui. Mais entendez bien cette conversation ! Et faites-la remonter à ceux et celles qui ne viennent jamais nous voir. Et dites leur bien : nous, on n’en veut pas ! Nous sommes bien déterminés à utiliser tous les moyens et recours à notre disposition, pour mettre fin à ce projet tel qu’il se trouve être actuellement ! ». WM

L’avis d’EV

Scénario habituel… Quand on pense que les premières “concertations” s’étaient déroulées il y a… 10 ans. J’avais assisté à plusieurs d’entre elles, c’était déjà pas triste. Je redis, encore, que ce genre de “concertation” ne sert à rien, sinon à donner l’impression à ceux qui y participent, qu’ils peuvent s’y opposer. Et c’est la CNDP, toujours grassement rémunérée pour organiser ce genre de truc, qui pousse à la roue (on se souviendra des réunions épique sur EuropaCity). Je serai toutefois d’accord avec certains opposants (parfois excités comme des puces): le problème du RER D, qui dysfonctionne (comme le B) depuis des lustres. Ni l’Etat, ni la Ratp, ni la SNCF n’ont rien fait depuis tout ce temps. Et je peux vous dire que c’est la galère pour les usagers qui sont obligés de prendre ce satané RER.

Bon… SNCF Réseau a remis en ligne le site (qui avait disparu) du projet. C’est à voir en cliquant ci-dessous.

Partagez cet article

Laisser un commentaire