Avions et aéroports : une réponse de Jean-Pierre Blazy

Suite à mon dernier article, nous avons reçu cette réponse de M. Blazy (que vous pourrez aussi voir en PDF ici). Puisqu’il m’interpelle, je prendrai le temps de lui répondre ici.  EV

 Droit de réponse à M. Eric Veillon, directeur de la publication de Roissymail

« Avions et aéroports : Blazy décidément incorrigible ! »

(Eric Veillon, Roissymail, 25/04/20)

par  Jean-Pierre Blazy

Maire de Gonesse

Président de Ville et Aéroport

Gonesse, le 30 avril 2020

Monsieur,

Je tiens à réagir à l’article ci-dessus publié récemment dans Roissymail et je souhaiterais que vous puissiez en faire part à vos lecteurs. Votre article fait suite à la diffusion de la newsletter 72 de l’association nationale d’élus Ville et Aéroport, que je préside, et qui portait notamment sur les demandes de contreparties de 250 ONG aux gouvernements dans le cadre des plans d’aides accordés aux acteurs du transport aérien, en particulier les compagnies aériennes.

M.Veillon vous savez que je ne suis pas contre l’avion, contre le transport aérien. En tant qu’élu local d’une commune située dans l’axe des pistes de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle depuis 1995, j’ai toujours défendu l’idée que le transport aérien est un secteur qui doit être mieux réglementé et selon une approche équilibrée entre l’économie, le social et l’environnement. Ce sont les trois piliers du développement durable qu’il faut traiter ensemble. C’était déjà le cas avant la crise sanitaire du Covid-19 et ça l’est encore plus aujourd’hui et demain.

Après la phase de confinement et une fois que la pandémie sera passée, Ville et Aéroport continuera d’être force de propositions auprès des pouvoirs publics afin que des engagements sur le volet écologique comme sur le volet social soient demandés aux compagnies aériennes. En effet, nul ne peut imaginer que les choses reprendront comme avant. Les élus des collectivités riveraines d’aéroports font, encore plus qu’hier, de l’environnement et de la santé des populations une priorité. L’étude épidémiologique DEBATS pilotée par l’ACNUSA et qui sera publiée cette année le démontrera. La cartographie de Bruitparif l’a déjà fait début 2019. Les zones aéroportuaires en Ile-de-France sont celles ou le nombre de mois de vie en bonne santé perdus est le plus élevé.

Dès lors, le transport aérien français et mondial ne peut plus s’exonérer de ces urgences sanitaires et environnementales. Il doit prendre sa part. Cela passe par le respect de l’Accord de Paris et la réduction des pollutions sonores et atmosphériques. Après cette crise sanitaire sans précédent, le modèle économique du Hub comme à Paris-Charles-de-Gaulle trouve ses limites. On ne peut plus favoriser la concentration des flux aériens et des personnes en un même point. Cela s’avère désastreux sur le plan environnemental et sanitaire. C’est donc tout le système aéroportuaire français qu’il faudrait repenser dans le cadre d’un schéma aéroportuaire national dans lequel les grandes orientations de l’Etat seraient inscrites. Vous conviendrez M. Veillon que je défendais cette idée avant le Covid-19 et qu’il est désormais temps d’avoir un Etat stratège et régulateur sur ce sujet.

Je ne suis pas le seul à le dire. Les garants de la CNDP dans les conclusions de leur bilan post concertation sur le projet de Terminal 4 de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle (juin 2019) ont repris cette idée d’un état stratège et régulateur et leurs recommandations reprenaient largement celles formulées par Ville et Aéroport.

Cette idée fait son chemin. D’ailleurs le gouvernement par la voix de ses ministres de l’économie, et de l’écologie ensuite a lui-même demandé à Air France des engagements écologiques précis dans le cadre d’un plan d’aides de 7 milliards d’euros accordé par l’Etat. Mme Borne a ainsi précisé lundi dernier sur Europe 1 qu’il s’agissait pour la compagnie de « réduire les émissions de CO2 du passager, réduire de 50% les émissions de CO2 sur les vols domestiques d’ici 2024, l’utilisation de biocarburant… ». « Cela passe aussi par une réflexion sur le réseau d’Air France dans le pays, en particulier lorsqu’il y a des alternatives ferroviaires de moins de 2h30 », a-t-elle ajouté.

Oui, mais… M. Veillon vous savez comme moi que contrairement aux autres secteurs, le secteur aérien n’a pas de véritable plan de réduction de ses émissions pour les 15 prochaines années. De plus il table sur des technologies qui n’existent pas encore. La compensation des émissions carbonées et l’achat de droits à polluer sont des leurres inacceptables qui montrent les limites d’un système qui ne s’est pas engagé dans la réduction des émissions.

Je considère comme d’autres qu’une fiscalité écologique doit s’appliquer au transport aérien. Je pense à la taxation du kérosène au même niveau que les carburants automobiles, à un prix de billet révisé incluant mieux l’impact environnemental estimé par la Commission européenne à 33 milliards d’euros par an pour les 33 principaux aéroports européens. Il faut également abandonner l’idée de développer toujours plus les infrastructures existantes (ex : projets d’extension de certains grands aéroports français avec la construction de nouvelles pistes ou de terminaux supplémentaires). La promotion du ferroviaire (TGV et train de nuit) est à encourager pour les trajets de courte et moyenne distance (jusqu’à 3 heures). Cela réduirait le nombre de vols. Enfin, sur la question des vols de nuit l’instauration de couvre-feux spécifiques à chaque plateforme et s’appliquant aux vols commerciaux doit être négociée.

Sur la question de l’impact du trafic aérien sur l’environnement sonore et la pollution de l’air des progrès importants sont attendus. A la faveur de la crise sanitaire du Covid-19 nos concitoyens ont pu mesurer la différence entre un environnement pollué et un environnement apaisé. Au niveau européen, le bruit est encadré par une directive et un règlement mais sans aucun objectif pour les Etats membres. Il faut que cela change. Tout comme certaines associations, Ville et Aéroport demande qu’un indice événementiel type NA65 fondé sur la répétitivité de l’émergence du bruit aérien (cause principale de la gêne ressentie par les populations riveraines) soit pris en compte en ajout des indices de mesure du bruit utilisés aujourd’hui tels que le Lden. Il s’agit pour Paris-CDG d’abandonner l’IGMP, indice insincère qui ne rend pas compte de la gêne ressentie. L’Etat devrait fixer en concertation avec les acteurs du transport aérien des objectifs de réduction de bruit chiffrés pour toutes les catégories d’aéronefs. Bien sûr il faut interdire les avions les plus bruyants mais il faut aussi réglementer le trafic en définissant pour chaque plateforme un plafonnement sur la base du nombre de mouvements annuels.

Sur le volet pollution atmosphérique, il y a également à faire pour améliorer la situation et c’est urgent. L’ADEME elle-même dans son rapport de 2018 formule des propositions pertinentes. Il faut notamment que soient prises en compte des opérations au sol incluant également les approches et départs d’aéronefs, soit le cycle « LTO » (atterrissages et décollages sous l’altitude de 915 mètres). Il serait opportun qu’Airparif fasse une expertise sur la contribution de l’aérien aux particules PM10 et PM2,5.

Maintenant je souhaite vous poser une question M. Veillon : dans les années qui viennent, reviendra-t-on à la « normale », c’est-à-dire à une croissance du marché aérien selon les critères du seul libéralisme économique ? Si c’est le cas, ce retour au rythme de croisière d’avant-crise porterait selon moi le risque de nouvelles crises pandémiques mondiales. En prendre conscience pourrait donc amener à une rupture, exactement comme les attentats du 11 septembre 2001 l’ont été dans la réorganisation de la sécurité aérienne.

Puisque vous vous attachez à rappeler l’histoire, dois-je vous rappeler M. Veillon que l’aviation civile a réussi à s’affranchir de la lutte contre la pollution en 1997 à Kyoto ? Le lobbying de l’IATA avait été efficace puisque les « soutes internationales » avaient été exclues des calculs des émissions de gaz à effet de serre. L’argument avait été de dire qu’on ne saurait attribuer des quotas nationaux d’émission aux compagnies puisque celles-ci ont des activités principalement internationales : faudrait-il taxer le pays siège de la compagnie, celui de l’aéroport de départ ou d’arrivée, ou encore l’espace aérien du pays survolé ? Depuis 1997, au gré des COP successives, les « soutes internationales » ont ainsi continué à se défendre avec succès. Mais cette exception apparaît de moins en moins tenable alors que la prise de conscience du risque climatique s’accroît.

J’entends bien que les compensations carbone sont revendiquées par certaines compagnies aériennes mais celles-ci ne peuvent constituer qu’un pis-aller, car l’ampleur qu’il faut leur donner et les effets que l’on en attend sont difficiles à mesurer en toute objectivité.

M. Veillon je ne suis pas un anti-avion vous l’aurez compris. Vous me qualifiez d’ « incorrigible » mais la correction voudrait que malgré nos possibles désaccords sur le sujet, vous finissiez par le reconnaître. En tant qu’élu local depuis 1995, j’ai toujours eu le souci de mieux protéger les populations riveraines d’aéroports. Cela passe avant tout par une réglementation du secteur. Je ne sais pas si l’avion propre et silencieux existera un jour mais dans l’immédiat il est de notre responsabilité de plafonner l’activité tout en poursuivant les progrès techniques permettant de limiter la consommation par passager transporté/kilomètre parcouru.

Bien cordialement, Jean-Pierre BLAZY

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Avions et aéroports : Blazy décidément incorrigible !

 

 

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J’en reviens encore pas… L’association “Ville et Aéroport“créée et présidée par Jean-Pierre Blazy, maire (PS) de Gonesse fait la promotion, dans le communiqué ci-dessus, d’une lettre ouverte accompagnée d’une pétition “internationale” publiée par une incroyable organisation “anti-avions” nommée Stay Grounded (“restez à terre”). Vous pourrez voir ici la version française de cette pétition qui profite de la situation pour réclamer une baisse drastique du transport aérien, critique les soutiens financiers des États au secteur aérien. Extraits :

Priorité aux employés 
Au lieu de voler au secours des cadres dirigeants et des actionnaires, toute aide financière devrait faire bénéficier les travailleur.euse.s de solides protections en matière de travail et de santé et assurer un revenu de base suffisant au personnel de bord, au sol, dans les services de restauration ainsi qu’aux pilotes et à tou.te.s les autres travailleur.euse.s touché.e.s.

Et celui-ci : Le sauvetage financier des compagnies ne doit pas permettre au secteur aérien de reprendre ses activités habituelles une fois la crise du Covid-19 terminée. L’argent public doit être utilisé en priorité pour les travailleur.euse.s et le climat. 

Et encore cette perle : Les gouvernements doivent soutenir une transition juste : modifier les réseaux de transport de façon systémique, garantir l’accès à des alternatives abordables (telles que le transport ferroviaire) et permettre aux travailleur.euse.s de quitter les emplois dépendant des combustibles fossiles pour des emplois décents et compatibles avec le climat.  

L’utilisation systématique et exacerbée de l’écriture “inclusive” (travailleur.euse.s touché.e.s, je la connaissais pas celle-là)  et deux, trois incantations klimatiks montrent bien l’origine “idéologique” des aut.eur.e.s …

Tous ces gens-là veulent moins de transport aérien (les voyages en avion doivent donc être réduits… ). Ce sont des égoïstes. La libéralisation du transport aérien (initiée par les USA pour rappel et que la France avait voulu, en vain heureusement, combattre…), fut une démocratisation formidable,  qui a permis à leurs générations et à leurs enfants de pouvoir voyager dans le monde entier. Aujourd’hui ils dénient ce droit aux générations futures.

Mais je reviens à J-P Blazy. Franchement, il est incorrigible. On se souviendra qu’il avait été élu député (PS) en 1997, en ayant fait campagne (comme toute la gauche) “contre” la construction” des deux nouvelles pistes de CDG. Pas de chance, la gauche, gagnante imprévue des législatives, s’est précipitée, notamment par l’intermédiaire du nouveau ministre (PCF), Jean-Claude Gayssot,  pour autoriser lesdites pistes (comme je m’en étais douté à l’époque).

Depuis, se souvenant de son élection basée “contre l’aéroport”, il n’avait cessé de se dresser contre le transport aérien. Contre Fedex, contre ceci, contre cela… Une des plus belles de ses trouvailles étant “le fret à Vatry” (qu’il a renoncé à prôner, un peu grâce à moi, revoyez ce grand moment de 2012 ici) . Il s’était néanmoins un peu calmé à partir de cette date, car il soutenait ardemment le projet Europa City. Celui-ci étant enterré par le gouvernement, les vieux démons de Blazy resurgissent. Incorrigible, je vous dit… EV

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Ambiance à Gonesse : Ilham Moustachir a lâché Jean-Pierre Blazy !

Ça a été une surprise, pour moi et certainement pour beaucoup. Dans un communiqué daté du 23 février, plutôt salé (à voir ici ), Ilham Moustachir  (élue au Conseil municipal de Gonesse depuis 2008), a annoncé qu’elle ne serait pas sur la liste et , à la fin elle souligne ” je ne soutiens donc plus la candidature de J.P Blazy et je ne voterai pas pour lui”. Carrément… Et elle n’y va pas avec le dos de la cuillère  ! Ce qui est étonnant car, j’en témoigne, autant elle a toujours eu son indépendance, elle a toujours soutenu Blazy mordicus. Je l’ai bien connue et toujours apprécié son travail, notamment au niveau de l’aide à l’emploi.

Quelle conséquence aura son attitude sur le résultat de l’élection municipale? Cédric Sabouret (PS), challenger de Blazy, (PS…) mène une campagne dynamique, comme le montre notamment l’affluence (foto ci-dessous à son dernier meeting (400 personnes contre 200 à celui du maire). Mais rien n’est joué, et je me garderais bien, ici comme ailleurs, de faire un pronostic… EV

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T4 et vols de nuit : joli lapsus linguae (écrit), de Jean-Pierre Blazy. Mais… Il n’a pas tort…

Voyez le site spécial d’ADP sut le projet T4

Décidément, le projet de Terminal 4 n’en finit pas de faire parler de lui.  Et tant la situation préélectorale que la fièvre verte n’arrangent pas les choses.  Récemment, une lettre, signée par une soixantaine d’élus de la région parisienne (dont Anne Hidalgo ! et le maire d’Andilly qui l’a signée en tant que président de l’Union des maires du Val d’Oise…) a été envoyée au président Macron (la voir ici) pour lui demander de retirer le projet T4. Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse ne l’a pas signée, mais a répondu (voir sa lettre ici) aux signataires en leur disant qu’il attendait des mesures d’accompagnement du gouvernement, faute de quoi il s’opposerait aussi au T4.

Le lendemain (le 24 janvier) il a publié un communiqué résumant cette lettre (le voir ici). D’une manière étrange, dans le 3ème paragraphe, il est écrit: “la Communauté d’agglomération Roissy Pays de France propose dans la position qu’elle a voté dès le 31 janvier 2019 l’application de mesures de restriction opérationnelles avec l’interdiction de tout mouvement commercial entre 23 heures et 5 heures sur la plate-forme...”.

Or la Communauté n’a jamais voté ça. Il faut croire que J-P Blazy s’est laissé emporter.

Il a, depuis, publié un nouveau communiqué (le voir ici) , le 11 février, dans lequel cette fois il s’oppose au T4…

Cela étant, je comprends bien l’énervement de J-P Blazy, que je connais depuis longtemps. Il avait toujours été anti-aéroport. Ça a commencé alors que, candidat à la députation pour la première fois dans la 9ème circonscription du Val d’Oise (suite à la” dissolution Chirac”en 1997), il s’était opposé violemment CDG. La gauche (PS et PCF), à l’époque (qui n’avait rien à se mettre sous la dent), hurlait contre le projet de deux nouvelles pistes. Mais la gauche, contre toute attente, avait gagné les législatives. Blazy fut donc élu sur ces bases, ainsi qu’une candidate (PS, son nom va me revenir) sur la circonscription voisine de Seine-et-Marne, du genre, votez pour nous, y’aura pas de bruit….

J’entends à la radio que JC Gayssot (PCF) est nommé ministre des transports et D. Voynet (Les Verts) , ministre de l’environnement et de l’aménagement du territoire.  Je me souviens bien de cet instant. J’étais en train de préparer la première carte du Pôle de Roissy et donc de commercialiser les espaces publicitaires. Je me dit m…. S’ils ne font pas les pistes, s’en est fini du dynamisme du pôle. Or les annonceurs achètent les espaces publicitaires pour “coller”leur image à ce dynamisme… Je réfléchis 10 mn… Et je me dis: non, ils vont les faire, ces pistes, malgré leur promesse électorale. Et c’est ce qui s’est passé, rapidement…

Jean-Pierre Blazy, après ça, n’a eu de cesse de critiquer l’aéroport. Entre autres, contre Fedex, et avait développé pendant des années une idée saugrenue : mettre “le fret à Vatry” ! Idée qu’il a fini par abandonner en 2012, sous les critiques de votre serviteur (revoyez ce grand moment ici). 

Et, depuis qu’il a soutenu le projet EuropaCity, ses ardeurs anti aéroport se sont calmées.

Il faut croire que l’abandon brutal d’EuropaCity (au bout de 10 ans de préparation) ait réveillé ses vieux démons.  Mais je ne lui donne pas tort : le gouvernement ne peut rayer d’un trait de plume EuropaCity, au nom de  “l’écologie, et même temps soutenir la projet de T4, qui aura forcément un impact important en matière d’environnement.

J’ai parlé de tout ça avec J-P Blazy, la semaine dernière.  EV

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Débat autour de l’avenir du Triangle de Gonesse à Villiers-le-Bel

Le mercredi 22 janvier 2020, dans une des salles du complexe Boris Vian situé à Villiers-le-Bel , s’est tenu le premier débat concernant l’avenir du Triangle de Gonesse et du territoire de la Plaine de France d’une superficie de 670 hectares, après l’abandon du projet Europa City. Le débat a été proposé et organisé par l’Association CARMA (Coopération pour une Ambition agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir), présidé par Robert Spizzichino, et animé par différentes personnalités du monde associatif écologique local, assistés par quelques experts en urbanisme. Dans ces intervenants, il y avait Bernard Loup, Président du Collectif pour le Triangle de Gonesse, Maud Granger, Administratrice en lien avec l’Association ABIOSOL et AMAP Île-de-France, Fatima Addhamou, Présidente de l’Association RER, Laurent Chatelain, Gérant de la société Agriculture d’Avenir, et Béatrice Mariolle, architecte-urbaniste. Le débat s’est déroulé devant une salle comble, en présence de Francis Rol-Tanguy, à qui le gouvernement a confié une mission de médiation pour le Triangle de Gonesse et le territoire du Grand Roissy.

En guise de préambule, Robert Spizzichino déclare :  « Ce débat est le premier d’une série de rencontres organisées par l’association, à travers le Grand Roissy. Ces échanges permettront d’aborder un certain nombre de questions qui nous préoccupent tous. Comment développer l’accès à des aliments locaux, de qualité ? Comment répondre aux besoins d’emplois en créant des activités nouvelles utiles ? ».

Pendant près d’une heure, les intervenants associatifs apporte leurs propositions à ce que pourrait, éventuellement, devenir les terres du Triangle de Gonesse. Selon Bernard Loup : « L’urbanisation abusive peu causer de nombreux désagréments. Le potentiel de la qualité des sols, en matière de culture, est un atout majeur pour résoudre le problème écologique du territoire, et ainsi préserver la biodiversité domestique ».

Pour Laurent Chatelain, qui se félicite grandement de l’annulation du projet Europa City, des solutions existent : « C’est une opportunité en ces temps de transition écologique. Il faut renouer avec nos traditions anciennes au sujet de l’agriculture. La permaculture, par exemple, crée des emplois, permettant par la même occasion un retour à des variétés locales. Arrêtons de dire que nos propositions ne peuvent répondre à la demande d’emplois. Notre activité est aussi créatrice d’emplois ».

Les intervenants s’accordent sur un point crucial. Ils lancent, à l’unisson, un appel en direction de tous les acteurs du dossier à se réunir autour de la table, c’est de la responsabilité de l’État. Il y a un changement sociétal concernant l’écologie. Le Triangle de Gonesse peut devenir un modèle, à ce fait.

A mi- débat, Robert Spizzichino a dévoilé les trois axes principaux du CARMA pour ces prochaines années. « Le premier axe est l’autonomie du territoire Pays de France, par l’aménagement et en ligne avec la transition énergétique. La création d’un Pôle d’Excellence Agricole-Santé, afin d’y apporter l’enseignement nécessaire dans ce domaine. Par la suite, un campus des métiers de la transition écologique verra le jour dans un second temps. Et bien sûr, le Triangle de Gonesse avec la création d’un projet d’urbanisme, espace faisant le lien entre 7 communes riveraines. Nous devons fédérer autour de ce projet, les citoyens et les agriculteurs associés, afin de faire évoluer l’agriculture, de travailler sur les nouvelles façons de penser l’écologie et sur les variétés de production, par l’aménagement écologique du territoire », annonce le Président de CARMA.

Pour Fatima Addhamou, il faut permettre aux gens de pouvoir manger mieux, garantit par des productions locales et en respect avec la nature. Mais surtout, lutter contre le gaspillage alimentaire.

Le débat se voulant participatif, l’assistance a pu interagir avec les différents intervenants. De ces échanges, il en ressort, en grande partie, un soutien et une confiance envers les propositions qui ont été annoncées. Quand certain.es ajoutent des idées au projet, comme une coopérative agricole ou des espaces de promenade bordant les hypothétiques futurs champs de chanvre, d’autres se rêvent à supprimer la prochaine ligne 17, voire l’aéroport du Bourget. Le débat est recadré par Maurice Maquin, 2e Adjoint délégué aux Travaux et au Développement durable à la mairie de Villiers-le-Bel. « Il ne faut se disperser ou s’emballer. Il faut faire les choses clairement, dans le sens d’un business plan à économie durable, créatrice d’emplois », rappelle-t-il.

« Le Triangle de Gonesse se situe sur l’axe de deux pistes, une du Bourget et l’autre de Roissy Charles de Gaulle. Ne croyez-vous pas que les terres agricoles ne soient fortement polluées ? », demande une des personnes de l’assistance. Le CARMA, de son côté, assure que analyses de sol ont été pratiquées et que les résultats seront rendus publics, prochainement.

Francis Rol-Tanguy au micro

Après moultes discussions, divergences et avis sur le projet, Francis Rol-Tanguy, observant le débat depuis le début sans intervenir, rejoint la scène et déclare : « Pour commencer, je tiens à dire que l’abandon d’Europa City est une bonne nouvelle. Malgré que je sois en retraite, je pense que les problèmes sociaux méritent que l’on s’y attarde. Voilà la raison de ma présence ici, recueillir vos doléances et établir le lien avec le Gouvernement. C’est un travail d’équipe, où nous devons avoir une vision élargie du futur projet. Mais je veux rappeler que malgré ma position, je ne suis pas là pour me substituer aux acteurs territoriaux ».

« Concernant la ligne 17, il faut mettre les choses au clair. La future gare métro du Triangle ne peut pas être annulés aussi facilement. Ce projet est un projet d’Etat, qui ne peut que se résoudre que par le législatif. La procédure serait très longue, avec des passages devant les hémicycles. Il y a très peu de chance pour que ça fonctionne », prévient Rol-Tanguy, revenant sur une des propositions du public.

« Pour ma part, je souhaite que le Triangle de Gonesse devienne une zone agricole et horticole, une zone verte. Nous sommes ouverts à toutes discussions, même ceux qui sont contre ce projet », ajoute-t-il.

Pendant une vingtaines de minutes, le débat participatif reprend, laissant l’opportunité aux éventuels contestataires d’évoquer un avis contraire, ainsi apportant de la diversité de pensée au débat. Prenant le micro, un habitant d’une commune voisine déclare : « J’ai des doutes sur la nature de l’abandon d’Europa City. Ca a été un moteur d’énergies et d’initiatives pour beaucoup de gens, pendant plus d’une décennie. Europa City avait créé un rêve, un espoir auprès des habitants pour l’emploi et pour leur futur. Comment le CARMA peut apporter le même espoir et la même énergie ? Ce n’est pas tout blanc ou tout noir, il faut bien réfléchir ».

Un autre, agriculteur sur les terres du Triangle de Gonesse, dit : « C’est bien beau tout ça, mais je crois qu’il faut que la conscience écologique se propage au plus grand nombre. A propos de la pollution, étant le premier concerné, je peux vous dire que les abords de champs, proche des axes routiers, sont pollués par divers détritus, comme des bouteilles et sacs plastiques ».

Cette soirée de débat arrivant à sa fin, Robert Spizzichino conclut : « Toutes les propositions et les avis des débats sont enregistrées. Ce qui permettra au CARMA de réévaluer et réajuster le projet, selon les besoins et les réalités du moment. Personne ne sera mis de côté ». Puis, comme un défi lancé à l’ensemble de la salle, le Président du CARMA déclare : « Nous avons 4 ans pour nous mettre à niveau et organiser le projet, afin de répondre à l’appel d’offre des farines de blé qui serviront à alimenter le parc olympique en pain. Ça serait une belle victoire que la Plaine de France soit sélectionné ». La soirée s’est terminée dans une atmosphère conviviale, autour de l’inévitable galette des rois, réalisées par Fatima Addhamou et l’Association RER. WM

l’avis d’EV

On sait ce que je pense de l’abandon scandaleux, d’un trait de plume, par le président Macron, du projet Europa City. Après 10 ans de préparation, soutenu toujours par l’État. Tout ça pour sacrifier à l’écologisme ambiant, mais aucun zécologiste ne votera pour lui pour autant. Grave faute politique, selon moi. J’ai bien lu le compte-rendu de WM ci-dessus, et ça  m’a fait “sourire”, notamment la déclaration de Francis Rol-Tanguy, que les gouvernements successifs ont envoyé au charbon pour des causes perdues (modernisation du fret ferroviaire-il s’était fait boulé par la CGT- et la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, revoyez ici ce grand moment-), entre autres. Je me demande pourquoi il accepte tout ça (c’est un type sympa, que j’avais eu l’occasion de rencontrer voici une bonne dizaine d’années), d’autant qu’il est en retraite… Mais bon, une chose est sûre, c’est qu’il ne pourra rien faire pour le triangle de Gonesse. Autre rire, ce qu’a dit Robert Spizzichino, retraité aussi, sympa aussi (c’est terrible, les retraités, qu’est-ce qu’ils s’ennuient! ils ont assurément des problèmes avec leur karma).

Je me réjouis par contre de cette initiative, que j’avais appelé de mes vieux (oups! lapsus, de mes vœux)  ici, des collectivités concernées, et que je soutiens entièrement. Lisez en cliquant ci-dessous, et c’est à suivre.

 

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Macron a dit non à Europa City !

cliquez pour le communiqué

Je ne trouve toujours pas les mots ! Hier a été annoncé, à issue du “3ème Conseil de défense écologique” (sic), présidé par E. Macron, que le projet Europa City ne serait pas autorisé (voir le communiqué d’E. Borne, diffusé hier). Cette annonce a provoqué la consternation et la stupéfaction dans le Val d’Oise. A l’heure (11h10)où je publie ce mot se tient une conférence de presse à la mairie de Gonesse avec JP Blazy, Patrick Renaud, président de la CA Roissy Pays de France,et Marie-Christine Cavecchi, présidente du Conseil départemental du Val d’Oise. Roissymail y est. Compte-rendu et fotos tout à l’heure.  EV

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Encore des incertitudes pour Europa City. La piste de ski définitivement abandonnée

Décidément, ça n’en finit pas.  Après que le gouvernement ait souhaité que le projet (qui date de plus de 10 ans) soit revu, les dirigeants d’Europa City ont annoncé, lors d’une conférence de presse tenue à Paris le 4 octobre (il y avait beaucoup de journalistes) une modification dans le sens “plus vert”, pour faire court. Étaient également présents de nombreux élus du Val d’Oise (dont deux sénateurs, la présidente du Conseil départemental, Patrick Renaud, et bien sûr Jean-Pierre Blazy). Tous ont pris la parole pour défendre avec ardeur Europa City. Benoit Chang, directeur d’Alliage et Territoires (c’est le nom de la structure qui prépare Europa City) a présenté le projet verdi “un modèle d’aménagement durable, sobre, résilient, solidaire avec son territoire” (!) . Vous pourrez le voir ici.

Les oreilles d’Unibail-Rodamco ont dû siffler

Patrick Renaud, Président de la CA Roissy Pays de France

S’agissant des opposants au projet, plusieurs orateurs ont nommément cité Unibail-Rodamco, propriétaire du Cente commercial Aéroville (qui avait déjà fait un recours en justice contre le projet Europa City) coupable à leurs yeux de financer un des deux groupes nommé europasdutout. J’ai toujours été étonné de cette opposition d’Unibail alors, et j’ai bien vécu ça, qu’ils avaient été victimes et moult recours qui ont retardé Aéroville de plusieurs années. Et on se rappellera la sortie de ce … nul de Benjamin Grivaux, alors ministre, que j’avais dénoncé à l’époque. Vous pouvez revoir ça ici. Quel scandale !

Plus de piste de ski…

Il a été annoncé que la piste de ski artificielle, initialement prévue, est abandonnée. C’était devenu un symbole pour la poignée d’opposants au projet  mes P’tits Loup, qui continuent à s’ennuyer dans leurs retraites dorées (et qui s’opposent ). Je regrette, personnellement cette annulation. La piste de ski aurait pu permettre à de nombreuses personnes, qui ne peuvent pas “aller au  ski” faute de moyens (ça coute cher), de s’initier et de pratiquer ce sport-loisir. J’ai eu l’occasion de voir celle de Dubaï, elle est magnifique ! Si on devrait suivre les  zarguments “écolo” de mes P’tits Loup, il faudrait alors fermer toutes les patinoires (et même les piscines !).

Que fera le gouvernement (et donc E. Macron)?

J-P Blazy et Marie-Christine Cavecci

Après avoir consulté tout le monde, il était question qu’Elizabeth Borne, ministre de l’écologie  rende un rapport le 10 octobre. On a appris qu’il n’y en aura pas, finalement. Franchement tout ce temps…  Auparavant, le 10 septembre, Zivka Park, députée (LAREM) du secteur, Marie-Christine Cavecci, présidente du Conseil départemental du Val d’Oise, Patrick Renaud, président de la CA Roissy Pays de France et Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse, aviant envoyé une lettre au Président de la République, que je vous invite à voir ici. Et aussi, le Conseil départemental du Val d’Oise a voté, le 27 septembre, à la quasi unanimité, une délibération en faveur d’Europa City et du Triangle de Gonesse en général. C’est à voir ici.

N’empêche, les promoteurs d’Europa City (Ceetrus -ex Auchan immobilier et le groupe chinois de -hôtellerie loisirs – Wanda) , sont bien patients…  Ils ne désarment pas. Un investissement privé de 3 milliards quand même…  Moi à leur place, j’aurais dit depuis longtemps: vous n’en voulez pas? je m’en vais…

Mais bon, ils tiennent (ils viennent de renouveler leur pub sur RoissyMail, c ‘est un signe) et regardez cette interview, diffusée sur BFM Business le 14 octobre, de Morgane Scoarnec, directrice de la programmation d’Europa City, c’est très instructif. EV

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Interview de Cédric Sabouret : sera-t-il le nouveau souffle pour Gonesse? “Il faut revoir le projet Europa City en profondeur”

le futur site

Cédric Sabouret est conseiller municipal de Gonesse, conseiller départemental du Val d’Oise et secrétaire de la section PS de Gonesse. Il est en opposition, depuis quelques temps, au maire de Gonesse, J-P Blazy (qui se représente pour un 5ème mandat). Il est par ailleurs administrateur principal au Sénat. Comme nous l’avions prédit en janvier 2018 (revoir ici ) Sabouret se présente contre  le maire aux prochaines élections municipales des 15 et 22 mars 2020. On a voulu en savoir plus sur ses motivations et sa vision des choses sur Gonesse.

RoissyMail  : on peut dire que les élections municipales approchent à grand pas. Mais vous, vous êtes dans les starting blocks depuis longtemps…  Une première question, qui me brûle les lèvres, vous le savez, depuis un moment (et il n’y a pas que moi), pourquoi vous présentez-vous contre Jean-Pierre Blazy, alors que vous l’avez « suivi » pendant des années. Problème personnel, politique… ?

Cédric Sabouret : Je ne me présente pas « contre » Jean-Pierre Blazy, mais « face » à lui, car mon équipe porte un projet différent et parce que je pense que nous pouvons apporter un nouveau souffle à Gonesse après 25 ans de règne de Jean-Pierre Blazy à la mairie.

Depuis quelques années, mes relations avec lui se sont dégradées. Pourtant, nous partageons des convictions communes : nous avons milité ensemble au PS, même si nous n’étions pas toujours sur la même ligne au sein du parti. J’ai fait activement sa campagne lors des législatives de 2007 et de 2012. Nous avons eu de gros différents en 2011 lorsque j’ai souhaité me présenter aux élections départementales (qui s’appelaient alors cantonales). Jean-Pierre Blazy préférait que Viviane Gris poursuive pour un 3ème mandat. Les militants PS ont alors tranché en ma faveur.

Lors des élections municipales de 2014, certains à Gonesse me poussaient à me présenter, au nom du renouvellement du personnel politique. Après tout, Jean-Pierre Blazy était encore député et la loi sur le cumul des mandats allait interdire le cumul après 2017 : il ne pouvait pas rester et député, et maire. Lui-même souhaitait toutefois poursuivre son mandat local et nous avons longuement discuté, pour aboutir à un accord politique équilibré : je renonçais à me présenter en tête de liste, j’étais en troisième place sur la liste des municipales et je serais appelé à « d’importantes responsabilités au sein de la municipalité, afin d’acquérir de l’expérience et de préparer dans les meilleures conditions les prochaines échéances » (c’étaient les termes mêmes de cet accord). C’est dans cet esprit que nous avons fait campagne, rassemblés autour d’un projet local que nous avions travaillé ensemble, et que nous avons gagné dans un contexte pourtant politiquement compliqué.

Les choses se sont gâtées dès le lendemain des élections municipales. Jean-Pierre Blazy n’a alors pas souhaité que je devienne son adjoint, et m’a proposé d’être l’un des 3 vice-présidents issus de Gonesse à la Communauté d’agglomération de Val de France. Nous n’avions jamais parlé de cette hypothèse, et je souhaitais plutôt m’investir pour ma ville. J’ai refusé cet « arrangement » et j’ai alors compris qu’il ne souhaitait tout simplement pas travailler avec moi durant le mandat 2014-2020. L’accord que nous avions passé avant les élections s’est révélé caduc juste après. J’ai certainement péché en lui faisant trop confiance.

Je dois reconnaître que j’ai été un peu assommé par la situation post-municipales de 2014. De plus en plus mal à l’aise avec certaines décisions, j’ai repris ma liberté de vote assez rapidement : en 2016, lorsque Jean-Pierre Blazy a proposé d’augmenter le taux de taxe foncière communale, je m’y suis opposé, considérant qu’il n’était pas nécessaire de demander un effort supplémentaire aux contribuables pour boucler les finances de la ville. J’ai alors été exclu de la majorité municipale.

Nos désaccords sont donc plus politiques que personnels. J’ai de l’estime pour l’homme politique, son parcours (élu 4 fois maire, 3 fois député), mais je n’apprécie pas ses méthodes et son approche de la politique qui est trop verticale : un maire, même d’une ville de 25 000 habitants, devrait être plus dans l’écoute, le dialogue et privilégier le contact humain, comme le font les maires des villages. Par ailleurs, le non-respect des engagements de 2014 m’empêche d’envisager de retravailler avec lui.

RM :  qu’est-ce qui ne va pas à Gonesse, selon vous ?

CS : Gonesse dispose de nombreux atouts, en particulier un développement économique tiré par l’aéroport et le positionnement de la ville au carrefour d’axes routiers importants. Travaillant à Paris et résidant près de la gare de RER D, j’apprécie également l’accessibilité rapide à la capitale, même si nous rencontrons fréquemment des incidents qu’il conviendra de régler.

Il faut poser un regard lucide sur Gonesse et ses transformations : la commune connaît depuis une bonne dizaine d’années un phénomène de paupérisation des ménages dont on n’avait peut-être pas assez pris la mesure. Il existe aussi une exaspération légitime des habitants face à l’insécurité et des incivilités très pénalisantes, comme par exemple les rodéos sauvages durant le printemps et l’été, le dépôt sauvage de déchets sur l’espace public ou encore les occupations nocturnes et bruyantes de placettes dans les zones d’habitation. Face à ces phénomènes, la municipalité est malheureusement trop passive.

La politique jeunesse de la ville est également en profond échec et doit être revue de fond en comble. On constate que la ville ne s’occupe des enfants que jusqu’à la fin de l’école élémentaire, et s’en désintéresse après. Or, l’âge adolescent est un âge stratégique sur lequel il faut massivement investir. Dans notre programme municipal, nous proposons d’ailleurs la création d’une maison des jeunes et la mise en place de clubs jeunes dans chaque quartier.

La stratégie de densification de Gonesse et singulièrement du centre-ville m’interroge aussi : elle a tendance aujourd’hui à aggraver les soucis que nous rencontrons : stationnement, circulation, concentration des difficultés sociales etc… Elle n’a pas permis de renforcer les services locaux : le commerce de centre-ville est encore plus sinistré en 2019 qu’en 2014 et nous avons perdu la sécurité sociale, bientôt le centre des finances publiques et la maison médicale a quitté Gonesse pour Goussainville. Le déplacement du service d’état-civil à la Grande Vallée a aussi été une lourde erreur qui a affaibli le vieux-Gonesse.

Depuis 1 an que je prépare notre projet municipal 2020-2026 avec mon équipe, nous entendons aussi beaucoup de remarques des Gonessiens sur l’absence de dialogue avec la mairie, l’insuffisante prise en compte des attentes des habitants. Ainsi, la commune a conservé la semaine scolaire de 4 jours ½ alors que 85 % des Gonessiens que nous avons interrogé lors d’une consultation devant les écoles menée au printemps dernier avaient exprimé leur préférence pour un retour aux 4 jours. Au-delà de cette seule question, nous pensons que les Gonessiens attendent pour Gonesse un changement de méthode, d’attitude à leur égard. Ceux qui viennent encore aux réunions de quartier sont fatigués d’entendre des monologues à la gloire des réalisations municipales, alors que ces temps de rencontre entre municipalité et habitants devraient être consacrés à aborder des problèmes pratiques et trouver des solutions pragmatiques aux soucis du quotidien.

Je renvoie à notre première brochure de campagne que nous avons distribué depuis début septembre pour retrouver nos premières propositions pour notre ville.

RM : Depuis un moment, je vous sens frileux sur le Triangle de Gonesse et singulièrement sur Europa City. Pouvez-vous clarifier votre position ?

CS : L’aménagement du triangle de Gonesse est prévu par le SDRIF depuis des années. Mais il n’est possible que s’il existe une solution de transport collectif. Promis depuis plus de 15 ans, le barreau entre RER B et RER D est aujourd’hui abandonné de facto. Mais le Grand Paris Express apporte une autre solution : une station de métro de la ligne 17. J’ai toujours soutenu l’extension du maillage de transports en commun (dont je suis usager régulier). La préservation du climat, la lutte contre la congestion routière de l’Ile-de-France passent par le remplacement de la voiture individuelle par des trajets en transports collectifs. Pour les Gonessiens, le métro, même un peu éloigné du centre-ville, c’est aussi l’opportunité de se déplacer plus vite et pour un coût moindre un peu partout en Ile-de-France. J’y suis favorable.

Dès lors qu’il y aura le métro, le triangle de Gonesse sera urbanisé. Être favorable au métro, c’est aussi être favorable à l’aménagement/urbanisation du triangle. Dès lors, la question centrale est de savoir ce que l’on doit accueillir sur le triangle. Le projet Europacity est le grand projet (pas le seul) qui s’est positionné. Est-ce ce dont nous avons besoin ? Un grand complexe centré principalement sur des activités de centre commercial me paraît anachronique : les formes traditionnelles de commerce sont en perte de vitesse et nous avons déjà pléthore d’offres sur le territoire : Parinor 1, Parinor 2, Aeroville. Les porteurs du projet nous expliquent qu’il y aura autre chose que du commerce : culture, loisirs, mais le moteur de ce complexe restera l’activité commerciale et les autres activités prévues restent aujourd’hui assez floues. Si un complexe commercial voit le jour pour faire faillite quelques années après son ouverture, nous aurons raté une opportunité et devrons gérer une gigantesque friche commerciale.

Il convient donc que le projet actuel soit remplacé par un projet alternatif en phase avec les attentes de la société d’aujourd’hui et surtout celle de 2027 (date d’ouverture prévue). La piste de ski, en particulier, est socialement et écologiquement inacceptable et doit être abandonnée. Le triangle de Gonesse doit recevoir des activités de loisir, des activités culturelles, mais aussi des activités de formation, d’enseignement et de recherche ou encore une pépinière d’entreprises. Le caractère agricole historique du triangle peut aussi être valorisé en utilisant certains espaces pour des cultures maraîchères ou pour planter des arbres fruitiers. Finalement, prendre le métro et sortir à la gare de Gonesse pourrait offrir aux franciliens l’opportunité d’arriver dans un espace vert, ouvert, aéré, permettant d’accéder à de nombreux services, y compris se balader dans un vaste verger et pas seulement arpenter les allées d’un centre commercial. Il faut donc revoir en profondeur le projet Europacity.

“Je ne souhaite pas la réalisation du T4”

RM: que pensez-vous du projet de privatisation d’ADP (et, tant qu’à faire, du projet du futur Terminal 4 ?).

CS : La vente du capital public d’ADP à des acteurs privés est peu compréhensible. La participation de l’État dans ADP rapporte des dividendes à l’Agence des Participations de l’État. Pourquoi y renoncer au moment où le coût de l’argent est aussi faible ? Même les américains gardent dans le giron public leurs infrastructures stratégiques. La Cour des comptes vient d’épingler sévèrement le projet de privatisation d’ADP.

Concernant le T4, il pose une question très intéressante qui mérite un vaste débat : jusqu’où doit aller le développement de la plateforme de Roissy ? Cet aéroport est un magnifique outil avec ses 4 pistes et ses nombreux terminaux. Mais doit-on encore augmenter la taille de notre plus grand aéroport ? Le gigantisme a aussi ses ratés : couloirs interminables, temps de roulage considérable avant d’atteindre les aérogares pour les avions, concentration des nuisances aériennes, impact sur la santé des riverains. Le débat sur le T4 doit être l’occasion de poser cette question stratégique : l’aérien en Ile-de-France doit-il reposer largement sur Roissy, avec l’appoint d’Orly, ou doit-on engager une réflexion sur une autre répartition des flux aériens ? Dans les conditions actuelles, je ne souhaite donc pas la réalisation du T4.

PS effondré…

RM  : vous êtes toujours membre du PS ? Et si oui, comment expliquez-vous son effondrement ?

CS : Je siège au Conseil départemental au sein du groupe socialiste et apparentés, je règle chaque mois mes cotisations d’élu au PS et je suis toujours responsable de la section locale, contrairement au maire de Gonesse qui a fait toute sa carrière politique grâce au PS et qui ne règle plus ses cotisations d’adhérent et d’élu depuis la fin 2015 comme la quasi-totalité de son équipe (à l’exception notable d’un seul maire-adjoint).

L’effondrement du PS a des causes multiples. L’épuisement du projet social-démocrate depuis 20 ans explique certainement l’affaiblissement des partis qui s’en réclamaient partout en Europe (SPD en Allemagne, travaillistes en Grande-Bretagne, Parti démocratique en Italie et PSOE en Espagne). La social-démocratie doit se renouveler profondément pour retrouver une force électorale, une capacité d’attraction. Dans une société hyper-individualiste, ce travail de reconstruction idéologique est difficile et prend du temps et ne peut se résumer à une fuite en avant populiste.

L’effondrement du PS en France a été accéléré par le scénario du dernier quinquennat et de l’élection présidentielle de 2017. Les batailles au sein de la gauche, le bazar pendant toute la période 2012-2017 au sein du PS ont conduit les électeurs à ne plus avoir confiance dans la capacité des dirigeants du PS à diriger la France. Je constate que depuis les élections européennes, Les Républicains sont à peu près dans le même état. La confiance de nos concitoyens dans les partis politiques est aujourd’hui plus que limitée et touche toutes les formations qui ont été au pouvoir.

Je garde mes valeurs et ne renie aucun de mes engagements politiques, mais à l’échelon local, j’ai souhaité constituer une équipe au-delà des étiquettes politiques autour de personnalités de qualité, déterminées à agir pour le bien commun. C’est dans cette philosophie que je m’inscris pour les élections municipales de 2020.

(propos recueillis par EV)

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Interview : Jean-Pierre Blazy parle de Gonesse et de la situation politique en France

J’ai sollicité Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse, ancien député (PS) pour cette interview, merci à lui d’avoir répondu. Il se représente pour un… n-ième mandat à la tête de la ville.  Il fait un point complet sur le fameux triangle de Gonesse et donne son sentiment sur la situation politique nationale. Toujours prolixe (tant à l’oral qu’à l’écrit…), ce qu’il dit est toujours intéressant. Voyez:

EV : Gonesse fait beaucoup parler d’elle à propos de son Triangle et de son projet phare EuropaCity . Le PLU de la ville a été annulé récemment par la justice administrative. Pouvez-vous faire le point sur ce dossier Triangle ?

Jean-Pierre Blazy : Le projet d’aménagement du Triangle de Gonesse est attendu par les habitants car il répond à des besoins forts du territoire : transports, emplois, activités, loisirs, culture mais aussi gains en attractivité. Nous sommes sereins et déterminés.

Le projet fait effectivement parler de lui car il est souvent caricaturé dans la presse et il donne lieu à des expressions d’opposition de politiques ou d’associations tous extérieurs à notre secteur qui bien souvent ne connaissent ni la réalité du projet ni le territoire. L’aménagement du Triangle de Gonesse c’est d’abord une gare de métro de la ligne 17 du Grand Paris Express indispensable pour améliorer nos déplacements tant vers Paris que pour rejoindre l’aéroport Charles de Gaulle, et en même temps accroître notre mobilité dans toute l’Île-de-France.  C’est ensuite autour de la gare, une lisière agricole, des parcs, un quartier d’affaires et le projet Europacity qui n’est pas un centre commercial mais un pôle dédié aux loisirs et à la culture avec un parc paysager de 10 hectares, une ferme urbaine de 7 hectares et des hôtels, des restaurants et des commerces comme dans tout pôle touristique. Bien évidemment j’aimerais que la société La Belle Etoile précise enfin le contenu de son programme commercial. La surface de terres agricoles utilisées pour le projet est raisonnable et raisonnée (240 ha dont 70 pour des espaces verts ou agricoles) au regard des terres préservées (740 ha à Gonesse, 8000 à l’échelle du Grand Roissy) et il s’agit de la parcelle la plus enclavée entre zones déjà urbanisées, autoroute, voies rapides et aéroports de Roissy et du Bourget.

Le projet avance. Nous sommes dans le temps des procédures contentieuses qui ne sont pas surprenantes s’agissant d’un des deux projets d’aménagement majeurs aujourd’hui en Île-de-France avec celui du plateau de Saclay. Les opposants écologistes ou les concurrents commerciaux comme Unibail utilisent tous les moyens juridiques à leur disposition. L’Etat concernant la ZAC et la Ville concernant le PLU ont fait appel devant la cour d’appel administrative de Versailles. Mais il ne faut pas oublier ce qui est positif : le rapport du commissaire enquêteur rendu en juillet 2018 sur l’utilité publique de notre projet, la signature par le préfet le 20 décembre dernier de la déclaration d’utilité publique du projet d’aménagement. La ligne 17 sur Gonesse n’est plus un projet mais un chantier qui vient de débuter. La signature du permis de construire de la station du métro du triangle a été obtenue le 18 septembre 2O18 et le marché de génie civil du premier tronçon de la ligne 17 a été attribué et signé pour 440 millions d’euros HT le 24 janvier de cette année. Depuis mars 2019 la base chantier du puits du tunnelier s’installe à la limite de Gonesse et de Bonneuil. Des travaux consistant à amener la puissance électrique pour le fonctionnement des chantiers sont en cours entre Villiers-le-Bel et Gonesse.

Je n’oublie pas que vous êtes un homme politique et avez été député 15 ans (PS). Même si c’est compliqué, quel est votre avis sur la situation … troublée en France, dans beaucoup de secteurs… ? Et, au-delà, où en êtes-vous politiquement ?

Du fait de la loi sur le cumul des mandats, j’ai souhaité ne pas me représenter aux élections législatives de 2017 pour me consacrer entièrement à mon mandat de maire. Aujourd’hui je ne le regrette pas. J’ai la certitude d’être plus utile à la tête de la commune pour faire avancer des projets utiles, mener des batailles pour défendre l’intérêt des habitants (Métro, terminal 4, hôpital…), améliorer le cadre de vie et offrir des équipements et des services publics de qualité.

Nous aurions pu et dû réussir le quinquennat précédent si François Hollande avait respecté les engagements pris en 2012. J’avais la conviction de cette nécessité : dix ans après le terrible 21 avril qui avait vu l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, il était impératif de tenir ses promesses pour avoir la confiance des Français. Ce ne sont pas les députés frondeurs dont j’ai fait partie par la force des choses qui sont les responsables de la situation dans laquelle nous sommes. Comme en 2002 la gauche a été éliminée dès le premier tour en 2017. L’élection d’Emmanuel Macron a été assurée face au risque de la victoire de Marine Le Pen grâce à l’ambiguïté de la promesse du nouveau monde face à un ancien monde politique qu’il fallait dégager. Aujourd’hui plus qu’hier le Parlement est devenu un théâtre d’ombres, notre démocratie est encore plus menacée et fragile en France mais aussi dans l’Union européenne. La situation nationale est inquiétante. Les renoncements et les divisions de la gauche m’accablent car elles laissent le champ libre au libéralisme teinté parfois de social-libéralisme et au populisme d’extrême-droite dissimulée en rassemblement national.

Le mouvement des gilets jaunes est surtout l’expression de la colère populaire exprimée face à l’injustice sociale et fiscale. Les réponses apportées par le Président de la République ne sont pas à la hauteur des enjeux. La revalorisation du pouvoir d’achat passe d’abord par le salaire et aucune proposition forte n’a été évidemment formulée sur le sujet. La baisse des impôts ne peut une fois de plus être la seule réponse. Emmanuel Macron entend bien toujours réaliser la réforme des retraites à point qui est une remise en cause de notre système par répartition sous prétexte de réformer les régimes spéciaux. Les radicalités prennent ainsi de plus en plus de place dans la société comme dans le paysage politique. Au niveau national comme au niveau local, la gauche sociale, réformiste, progressiste, écologiste et républicaine est prise en étau entre un libéralisme à outrance sous l’emprise des lobbies économiques qui font le chantage à l’emploi et un intégrisme écologiste qui estime qu’il ne faut plus rien faire pour développer les territoires et l’économie sous peine d’être complices de ceux qui portent réellement atteintes à la planète. Je suis pour ma part favorable au développement régulé par l’Etat et la puissance publique pour imposer aux acteurs économiques des normes sociales et environnementales protégeant les citoyens. Cette vision à laquelle j’adhère s’agissant de la politique nationale ou européenne, je l’applique sur mon territoire qu’il s’agisse de l’aménagement du Triangle de Gonesse ou de la pétition que j’ai lancée sous l’égide de l’association Ville et Aéroport pour demander protections et compensations face au projet de terminal 4 de Roissy Charles-de-Gaulle ( lien vers la pétition : http://chng.it/4wqMssxXt5).

Vous allez vous représenter aux élections municipales de l’an prochain. Vous êtes maire depuis 1995, depuis 24 ans donc. Vous n’êtes pas le seul à pratiquer… la longévité. Pourquoi voulez-vous vous représenter ?

Je vous remercie de relever ma longévité que je prends pour un compliment au regard de la confiance témoignée par les Gonessiens. Mes années d’expérience m’ont permis d’acquérir expertise et connaissance des dossiers et n’ont pas entaché ma motivation à mettre en œuvre des projets nouveaux et à mener des batailles avec la même passion pour les affaires publiques et l’intérêt général.

Depuis notre premier mandat, l’équipe municipale a su se renouveler et ce sera le cas à nouveau aux prochaines élections. Avec l’association Gonesse 2020, nous travaillons activement à travers des groupes de travail qui font émerger de nouvelles personnalités et des idées neuves.

Dès notre première élection, nous nous étions fixé des objectifs ambitieux pour Gonesse : rendre la ville plus belle avec des programmes de renouvellement urbain et de réhabilitation, améliorer le cadre de vie notamment à travers la réalisation d’une coulée verte et bleue, améliorer l’offre de service public de proximité, dynamiser le commerce local et créer des emplois, développer les actions sociales, associatives, culturelles et sportives, faire vivre la démocratie locale ou encore améliorer la sécurité dans nos quartiers. De nombreux objectifs ont été atteints et les Gonessiens nous ont depuis renouvelé leur confiance à chaque scrutin dès le premier tour de l’élection municipale. Le temps municipal est un temps long et certains projets lancés il y a déjà longtemps ont abouti très récemment ; je pense par exemple à l’ouverture du parc de la patte d’oie, un poumon vert de plus de 80 hectares que nous avons aménagé sur une ancienne décharge ou la réalisation du nouvel hôpital. J’ai le souhait de pousser encore plus loin cette ambition de faire de Gonesse une ville dynamique, agréable à vivre et moderne qui cultive son histoire et s’inscrit dans l’avenir à travers le Grand Paris, bref de tirer la ville vers le haut quand d’autres se contentent de leurs critiques de faible niveau et n’expriment ni vision, ni ambition hormis pour eux-mêmes.

En mars 2020 je solliciterai le suffrage des citoyens pour poursuivre ces actions et pour assurer la réalisation du grand projet du Triangle de Gonesse qui ne se résume pas tant s’en faut au seul Europa City. Pour répondre à votre question, je serai candidat car j’estime être le plus à même de rassembler sur l’essentiel au-delà des clivages partisans comme de répondre aux défis avec sérieux et dévouement. Gonessien depuis toujours, j’aime passionnément ma ville et je souhaite continuer à me battre pour elle et à travailler pour ses habitants.

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