Le boom logistique du Grand Roissy : chiffres-clés et défis écologiques

Avec 3,4 millions de m² d’entrepôts logistiques recensés en 2023 autour de la plateforme de Roissy-Charles-de-Gaulle (source : Grand Paris Aménagement), la zone se hisse parmi les hubs logistiques majeurs d’Europe. De nouvelles surfaces voient le jour chaque année sur tout le territoire, du Mesnil-Amelot à Goussainville en passant par Mitry-Mory. Cette dynamique, accélérée par la croissance du e-commerce (+8 % de croissance en 2023 selon la Fevad), taraude les élus et les habitants : comment limiter l’artificialisation des sols, l’empreinte carbone, les nuisances et la pression sur la biodiversité locale ?

  • Plus de 20 % des surfaces logistiques franciliennes sont concentrées à moins de 10 km de Roissy-CDG.
  • L’essor des « entrepôts XXL » (plus de 40 000 m² unitaire) se confirme encore sur 2022-2023.
  • La question environnementale devient centrale dans chaque nouveau permis de construire logistique.

À quoi servent les labels environnementaux dans la logistique ?

Dans ce contexte tendu, les labels environnementaux ne sont plus de simples gadgets marketing. Ils garantissent aux promoteurs, investisseurs et collectivités un engagement vérifiable en faveur de la transition écologique. Leurs cahiers des charges tracent la feuille de route sur la conception, la construction et l’exploitation des bâtiments, couvrant des points variés : consommation énergétique, gestion de l’eau, respect de la biodiversité, pollution, qualité de l’air intérieur, mobilité douce, recyclage, etc.

  • Pour les entreprises utilisatrices : des économies d’énergie, une meilleure image, et plus de confort pour les salariés.
  • Pour les collectivités : une pression réglementaire revue à la hausse, et des garanties sur la qualité des projets accueillis.
  • Pour les riverains et l’environnement : une transparence accrue sur les pratiques et, progressivement, une réduction de certaines nuisances.

Tour d’horizon des principaux labels présents sur le territoire

BREEAM : un standard venu d’Angleterre qui s’impose à Roissy

Le label BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) s’est largement imposé dans la logistique neuve du Grand Roissy, tout comme sur le reste du territoire français. Issu du Royaume-Uni dans les années 90, il est aujourd’hui le standard le plus fréquemment affiché sur les nouveaux entrepôts.

  • Évalue la performance environnementale du bâtiment sur 10 thématiques (énergie, eau, pollution, déchets, transport, matériaux, écologie, innovation…)
  • Quatre niveaux de certification : Pass, Good, Very Good, Excellent, Outstanding
  • Fort impact : de grands exploitants (Goodman, Prologis, Gazeley, etc.) certifient désormais systématiquement leurs réalisations en BREEAM, notamment sur la zone Paris-Nord 2

Un exemple significatif : le parc logistique de Saint-Mard (95), inauguré en 2022, a obtenu la certification BREEAM “Excellent” avec : toiture végétalisée, gestion des eaux pluviales innovante, récupération des calories, et performance énergétique supérieure à la RT2012.

HQE : une spécificité française très présente autour de Roissy

Le label HQE (Haute Qualité Environnementale), porté par l’association Alliance HQE-GBC, est un concurrent historique de BREEAM mais avec une coloration très française. Il sert de référence depuis des années pour les plateformes logistiques.

  • 12 cibles de performance (énergie, matériaux, eau, confort, déchets, intégration paysagère…)
  • Une certification qui s’adresse aussi bien à la construction neuve qu’à la rénovation et à l’exploitation
  • Des références majeures : Parc Prologis de Mitry-Compans certifié HQE dès 2017, avec notamment panneaux photovoltaïques, optimisation de l’isolation et plan de valorisation de la biodiversité locale

LEED : l’international qui perce sur les grands projets

La certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), très prisée aux États-Unis, fait une percée timide mais notable dans les projets d’acteurs internationaux du Grand Roissy (FedEx, DHL, Amazon).

  • Critères axés sur la performance énergétique, la valorisation des déchets, la qualité de l’air, les transports alternatifs
  • Niveaux : Certified, Silver, Gold, Platinum
  • Exemple sur la zone de Tremblay-en-France pour un projet multinational, labellisé LEED Gold

Comparatif : forces et faiblesses des principaux labels

Label Origine Critères majeurs Points forts Limites Présence à Roissy
BREEAM Royaume-Uni Énergie, eau, déchets, pollution, mobilité, écologie International, très reconnu, structure complète Harmonisation pas toujours simple avec les réglementations françaises Très forte
HQE France 12 cibles dont énergie, eau, confort, paysage Adapté au contexte français, bonne intégration biodiversité Moins valorisé auprès d’investisseurs internationaux Forte
LEED États-Unis Énergie, déchets, air, mobilité Valorisation économique, attractif pour les multinationales Mise en œuvre complexe, coût élevé En progression

Labels émergents, démarches “bas carbone” et anticipation des normes

Outre ces trois grands noms, d’autres initiatives commencent à se faire remarquer sur les opérations neuves du Grand Roissy :

  • BBCA (Bâtiment Bas Carbone) : parfois exigé par les collectivités ou les donneurs d’ordre, ce label cible très spécifiquement la réduction des émissions de CO2 sur tout le cycle de vie du bâtiment.
  • BiodiverCity : se concentre sur la préservation et le développement de la biodiversité sur les parcelles et leurs abords.
  • E+C- : labellisation publique française, peu fréquente à date mais en progression, combinant Efficacité Énergétique et Réduction Carbone.

La nouvelle réglementation RE2020 (entrée en vigueur en 2022) va contraindre tous les projets logistiques neufs à aller plus loin sur l’empreinte carbone et le recours aux matériaux biosourcés.

Labels : quelles retombées réelles pour le Grand Roissy ?

L’impact des labels environnementaux sur le développement logistique local commence à produire des effets tangibles. Quelques chiffres fournissent des repères :

  • Selon l’Observatoire Régional de l’Immobilier d’Entreprise (ORIE), près de 65 % des nouveaux entrepôts construits autour de Roissy entre 2020 et 2023 sont certifiés au moins BREEAM ou HQE.
  • L’analyse menée par le CAUE 77 montre une nette réduction des consommations énergétiques annuelles, jusqu’à 35 % sur les plateformes labellisées depuis 2015.
  • La présence de labels favorise l’acceptabilité locale : les projets non labellisés rencontrent beaucoup plus de résistance dans les concertations publiques.

Mais la contrepartie existe : coûts de construction plus élevés, complexité technique croissante, nécessité de former des équipes spécialisées, parfois une inflation du vocabulaire qui nuit à la lisibilité pour le public.

Vers quelles exigences supplémentaires ? La pression monte

Le Grand Roissy s’apprête à voir la réglementation – et la pression sociale – encore se renforcer autour des entrepôts. Les élus du secteur (voir les récentes déclarations à la communauté d’agglomération Roissy Pays de France) projettent d’aller plus loin lors des prochaines ZAC et renouvellements de friches, en exigeant plus de sobriété foncière, d’innovation énergétique (géothermie, photovoltaïque en ombrières, etc.) et de transparence sur les indicateurs environnementaux suivis tout au long de la vie des bâtiments.

  • Naissance d’« observatoires vertueux » locaux pour suivre la performance des bâtiments sur 10 ans (projet pilote à Gonesse, 2024)
  • Vers une obligation d’installations photovoltaïques sur toiture pour toute nouvelle plateforme ?
  • Partenariats annoncés entre promoteurs immobiliers et associations naturalistes pour inventer “l’entrepôt à biodiversité positive”

Vers un modèle exportable ? L’expérience Roissy suscite l’attention

L’intense activité logistique du Grand Roissy sert d’exemple à de nombreux territoires en France, voire en Europe. Les retours d’expérience sur les labels environnementaux sont scrutés de près : Roissy, grâce à la multiplicité des acteurs (porteurs de projets locaux, investisseurs internationaux, collectivités citoyennes exigeantes), est devenu un laboratoire du bâtiment logistique durable.

L’enjeu : continuer de croiser croissance économique et exigences écologiques, sans perdre de vue l’intégration paysagère et l’acceptabilité sociale. Pour le territoire, rester à la pointe sur la certification environnementale, c’est aussi garantir son attractivité pour des années. Les labels, loin d’être un gadget, sont désormais un outil de pilotage indispensable – et une carte maîtresse dans la transformation durable du Grand Roissy.

Sources : Grand Paris Aménagement, Alliance HQE-GBC, Fevad, ORIE, CAUE 77, Prologis, Goodman, Le Moniteur, Les Echos.

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