Un territoire économique sous pression : la question énergétique du Grand Roissy

Le Grand Roissy n’est pas un territoire comme un autre. Avec la première plateforme aéroportuaire européenne en matière de fret et des dizaines de zones d’activités économiques (ZAE), la question de l’énergie se pose de façon aiguë. L’injonction à verdir les modèles, imposée par la réglementation et par une pression sociétale croissante, s’est traduite par un bouquet d’initiatives locales. Tour d’horizon des projets d’énergie renouvelable qui changent, concrètement, le visage des zones économiques autour de Roissy-Charles de Gaulle (CDG).

CDG, référence nationale pour l’autoconsommation solaire et le photovoltaïque

L’aéroport Paris-Charles de Gaulle (CDG) et ses alentours accueillent aujourd’hui certains des plus ambitieux projets d’autoconsommation et de production photovoltaïque en milieu économique dense. Dès 2021, le groupe ADP (Aéroports de Paris), gestionnaire de la plateforme, a inauguré la plus grande ombrière solaire d’Île-de-France sur le parking du Terminal 1 (Le Moniteur).

  • Surface couverte : 7 hectares
  • Puissance installée : 8,3 MW
  • Production annuelle estimée : 9 365 MWh, soit la consommation moyenne de plus de 2 000 foyers
  • Impact : Réduction de 900 tonnes de CO2 par an, selon ADP

Ce projet, réalisé avec le groupe Urbasolar, alimente directement les besoins des parkings et de certains bâtiments de la zone aéroportuaire. D’autres projets similaires émergent sur les parkings de sociétés logistiques (FedEx, DHL) ou chez des opérateurs immobiliers autour des zones Paris Nord 2, Garonor, etc.

Géothermie : Roissy et Paris Nord II misent sur la chaleur durable

La géothermie de surface (et, plus marginalement, profonde), connaît une accélération notable dans la couronne de l’aéroport et les villes limitrophes. L’objectif est double : sécuriser l’approvisionnement en chaleur et diminuer la dépendance aux énergies fossiles.

Un exemple phare est le réseau géothermique de Paris Nord II (Villepinte/Roissy-en-France/Tremblay-en-France). Mis en service dès 2017, ce réseau (piloté par Engie Réseaux), alimente une trentaine d’immeubles de bureaux et d’hôtels via :

  • 1 doublet de forages à 1 800 m de profondeur sur la nappe du Dogger
  • 20 MWth de capacité thermique
  • Plus de 30 000 tonnes de CO2 évitées sur la décennie, selon l’Ademe

La communauté d’agglomération Roissy Pays de France accompagne activement ces déploiements, notamment sur la nouvelle ZAC AéroliansParis à Tremblay, qui prévoit de raccorder ses futurs bâtiments tertiaires aux réseaux de chaleur renouvelable.

Le biogaz et les réseaux de chaleur alimentés localement : une filière qui monte

En marge du solaire et de la géothermie, le biogaz fait une percée remarquée dans l’écosystème économique de Roissy. La station d’épuration Seine Grésillons (SIAAP), en amont, produit du biogaz injecté sur le réseau GRDF alimentant indirectement plusieurs établissements industriels des zones économiques.

Sur le parc d’activités Paris Nord 2, un réseau de chaleur intelligent a été développé. Alimenté à 90 % par des énergies renouvelables, il fournit eau chaude sanitaire et chauffage à une centaine d’immeubles de bureaux, hôtels et locaux d’activités :

  • Usage : 760 000 m² de locaux tertiaires couverts (source : Paris Nord 2)
  • Émissions évitées : 12 000 t de CO2/an
  • Énergie issue du biogaz, du bois-énergie et de la récupération de chaleur fatale de sites industriels

Les synergies continuent de se développer avec des acteurs privés et des start-ups qui valorisent localement les déchets organiques des cantines d’entreprises, hôtels et commerces pour produire du biométhane. Un cercle vertueux qui attire l’intérêt d’industriels et d’enseignes hôtelières sur le secteur.

Parc International d’Activités « Paris Nord 2 » et Garonor : deux laboratoires de la transition énergique

Les deux pièces-maîtresses des zones économiques du Grand Roissy, Paris Nord 2 (plus de 550 entreprises, 20 000 emplois) et Garonor (très logistique, avec XPO Logistics, Amazon, Geodis) cristallisent les efforts sur les ENR.

Site Projet d’ENR Partenaire Impact chiffré
Paris Nord 2 Réseau de géothermie, solaire en toiture Engie, Urbasolar Plus de 90% d’énergie renouvelable pour le réseau de chaleur – 4 400 tonnes de CO2 évitées/an
Garonor Toitures photovoltaïques, optimisation énergétique logistique Prologis, Amazon Jusqu’à 20% d’autonomie sur certaines plateformes, diminution de 1 500 tCO2/an

La particularité de Paris Nord 2 : la signature d’un label « zone à énergie positive » dès 2020, impliquant des audits réguliers et la mutualisation de solutions innovantes (récupération de la chaleur des serveurs, bornes de recharge solaire pour véhicules électriques, etc.).

Des PME innovantes, moteurs de la transition dans les zones d’activités

L’innovation ne provient pas que des « grands », elle s’incarne aussi chez les PME et TPE ancrées dans le tissu local :

  • Plusieurs entreprises de la zone Mitry-Compans (77) participent au projet “Solidaire Solaire”, déploiement collectif de petites centrales sur leurs toitures.
  • À Villepinte, la société Aéro Distribution a remplacé 80 % de sa flotte thermique par des utilitaires fonctionnant à l’hydrogène produit localement.
  • De jeunes pousse comme Qista, spécialisée dans le stockage d’énergie, testent leurs prototypes auprès d’établissements hôteliers et industriels.

Le Grand Roissy est ainsi devenu, ces cinq dernières années, un laboratoire grandeur nature des nouvelles alliances entre collectivités et entrepreneurs. La Banque des Territoires, la Région Île-de-France, ainsi que Roissy Développement accompagnent des dizaines de diagnostics énergétiques qui débouchent souvent sur des aides effectives pour des solutions renouvelables.

Freins, accélérateurs et enjeux de la transition dans le Grand Roissy

Malgré cette dynamique, le territoire doit surmonter plusieurs freins :

  • Des installations de réseaux de chaleur encore sous-développées dans certaines ZAE, faute d’investissements initiaux ou de modèles économiques adaptés.
  • Un accès au foncier complexe pour l’installation de centrales solaires (multipropriété, réglementations de sécurité aéroportuaire).
  • Le manque de visibilité à moyen terme sur les aides de l’État, qui freine l’engagement des PME.

Cependant, quelques accélérateurs méritent d’être soulignés :

  • L’adoption du Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) par la communauté d’agglo, qui fixe un cap à 40 % d’ENR à l’horizon 2030 dans les zones économiques (Roissy Pays de France).
  • Le développement de l’électromobilité, facteur d’accélération pour certaines infrastructures relais (parkings équipés de bornes alimentées en énergie verte).
  • Des appels à projets régionaux qui créent des cofinancements et fédèrent les acteurs privés et publics.

Enfin, l’enjeu de l’emploi vert et des compétences est désormais clairement intégré. Plusieurs filières de formation émergent dans les lycées et CFA du secteur pour créer « une main d’œuvre des ENR » locale, aptitude qui sera déterminante dans la montée en puissance des nouveaux chantiers renouvelables.

Une dynamique à surveiller de près

Ce panorama montre à quel point le Grand Roissy n’est plus seulement une plateforme d’échanges logistiques mais bien un pôle d’expérimentation et de déploiement des énergies renouvelables à échelle métropolitaine. Solaire, géothermie, biogaz et nouveaux réseaux collaboratifs dessinent une carte énergétique en pleine mutation : chaque nouveau bâtiment, chaque zone rénovée, chaque alliance public-privé intègre désormais un volet ENR dans sa stratégie.

La prochaine décennie sera décisive pour ancrer durablement ces transitions… et Roissy, fort de son innovation et de ses ressources, pourrait bien devenir un modèle d’économie verte à la française au sein de la première région économique du pays. Une évolution à suivre avec attention pour tous les acteurs et les habitants concernés.

Sources : Ademe, Roissy Pays de France, Groupe ADP, Urbasolar, Le Moniteur, Paris Nord 2, Engie, SIAAP, GRDF, Banque des Territoires.

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