Une ville, un écosystème : le virage nature de Tremblay-en-France

En Île-de-France, le Grand Roissy est souvent perçu à travers ses hubs d’activités, ses axes routiers ou ses projets immobiliers titanesques. Mais Tremblay-en-France, elle, a pris au sérieux un autre défi : faire de la biodiversité un levier d’attractivité, de mieux-vivre et même d’image. Dans cette commune de près de 36 000 habitants, la nature n’est pas un simple décor, mais un fil conducteur des politiques urbaines et des choix d’aménagement. Ici, la trame verte se tisse patiemment entre parcs, cœurs de quartiers, écoles et friches réhabilitées. Mais comment Tremblay a-t-elle évolué d’une ville périurbaine ordinaire à une commune pionnière, saluée par de multiples prix et distinctions ?

Chiffres clés de la biodiversité à Tremblay-en-France

  • 470 hectares d’espaces verts publics gérés par la ville – soit près de 35% de la superficie communale (source : Ville de Tremblay-en-France).
  • 75 espèces d’oiseaux répertoriées sur le territoire communal, dont 12 patrimoniales (LPO Seine-Saint-Denis, 2022).
  • 9 ruchers municipaux installés depuis 2017, produisant chaque année entre 70 et 110 kg de miel local (mairie, rapport 2023).
  • Label « Territoire engagé pour la nature » attribué depuis 2020, rejoint en 2022 par le label « 3 libellules » de l’Agence régionale pour la biodiversité (ARB IDF).

Des aménagements paysagers pensés « vivant »

L’approche est pragmatique autant qu’innovante : chaque aménagement paysager, chaque quartier en mutation prend en compte la biodiversité. Tremblay-en-France privilégie le concept de « ville-nature », qui s’articule autour de plusieurs axes :

  • Choix des essences : fini les arbres tropicaux ou plantes ornementales sans intérêt écologique. Place aux espèces locales – frênes, érables, saules, aubépines – sélectionnées pour leur adaptation au sol, leur rôle dans le cycle pollinisation-nourrissage, et leur résilience face au changement climatique.
  • Suppression progressive des produits phytosanitaires : la commune a banni pesticides et herbicides dès 2016, anticipant la loi Labbé (2017). Résultat : un retour observable des insectes, lézards, oiseaux nicheurs…
  • Gestion différenciée des espaces : chaque parc, talus, chemin ou massif bénéficie d’une gestion adaptée à sa vocation écologique (tonte tardive, fauche sélective, zones refuges, etc.).
  • Création de corridors écologiques : la ville développe des liaisons naturelles (haies, mares, passages à faune) pour relier les grands parcs – dont le parc du Château Bleu (54 ha) et le Bois de la Ramée (94 ha) – et limiter la fragmentation des habitats.

L’exemple du parc du Château Bleu : laboratoire de biodiversité urbaine

Impossible d’évoquer la politique de Tremblay sans s’attarder sur son emblématique parc municipal, le Château Bleu. Ce parc urbain de 54 hectares est un condensé d’expérimentations et d’innovations paysagères. Depuis 2018, la mairie a multiplié les initiatives :

  • Plantation de plus de 2 000 arbres et arbustes, tous d’origine locale, entre 2018 et 2022.
  • Création d’une prairie fleurie de 4 hectares : un ensauvagement calculé, qui attire papillons, pollinisateurs, coccinelles et accompagne la nidification de passereaux.
  • Restauration de la mare du Château Bleu : devenue un site de reproduction majeur pour les grenouilles rousses, tritons ou libellules.
  • Installation de nichoirs pour mésanges, chouettes et chauves-souris, permettant de réguler naturellement les populations d’insectes nuisibles.

Sur ce site, des inventaires sont menés annuellement avec l’appui de naturalistes et des associations telles que la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), pour piloter les efforts et ajuster les pratiques.

Espaces partagés et pédagogie verte : la biodiversité à l’école

Tremblay-en-France investit massivement dans l’éducation à l’environnement, considérant que la sensibilisation dès l’enfance est cruciale pour ancrer durablement la valorisation de la biodiversité. Plusieurs programmes phares :

  • Jardins pédagogiques : chaque école publique dispose d’un espace jardiné, où les enfants cultivent plantes aromatiques, potagers et découvrent la faune du sol avec des ateliers animés par des écogardes.
  • Actions en faveur de la biodiversité scolaire : des classes « refuges LPO » (plus de 15 en 2023) servent de support à la découverte des oiseaux et insectes pollinisateurs du quartier.
  • Opérations « Une abeille dans l’école » : depuis 2019, dix écoles accueillent une ruche et participent à l’extraction du miel communal, expliquée par des apiculteurs locaux.

La mairie va au-delà en proposant régulièrement des balades découvertes ou des chantiers participatifs de plantation, ouverts à tous les habitants.

Des corridors écologiques en ville et autour : la trame verte et bleue à l’échelle du Grand Roissy

Au-delà des frontières communales, Tremblay-en-France s’intègre dans les schémas régionaux de trame verte et bleue (SRCE Île-de-France), visant à reconnecter les grands espaces naturels de la Plaine de France. La ville travaille de concert avec Aulnay-sous-Bois, Villepinte et Sevran pour développer :

  • Le réaménagement des berges de la Morée : restauration de la zone humide, plantation de 400 arbres et mise en place de pontons pour préserver la ripisylve.
  • Un inventaire partagé des espèces remarquables avec le Conseil départemental et le Museum national d’Histoire Naturelle.
  • Un plan de déplacement doux et écologique relié au canal de l’Ourcq, intégré dans le réseau cyclable du Grand Paris.

Objectif : permettre aux espèces de circuler sur de longues distances malgré l’urbanisation et l’emprise aéroportuaire.

Innovations et partenariats : les leviers pour une ville résiliente

Tremblay-en-France ose les partenariats inédits : avec des organismes de recherche (INRAE, Université Gustave Eiffel), des associations naturalistes, voire des entreprises du secteur aéroportuaire. Quelques axes forts :

  • Pilotage de la lutte intégrée contre les espèces invasives dans les zones de friches et les parcs, en méthode douce (pâturage par moutons : expérimentation sur 3 hectares en 2023 au Bois de la Ramée).
  • Développement d’applications citoyennes pour le signalement d’espèces remarquables ou menacées (projet « Faune & Flore Tremblay », en lien avec l’Agence régionale de la biodiversité).
  • Favoriser l’emploi local par la formation à la gestion écologique des espaces verts : 35 agents municipaux formés par l’ARB IDF depuis 2019.

Ces stratégies s’accompagnent d’un effort de communication : publication de bilans annuels, pose de panneaux pédagogiques sur les sites aménagés, apéros-concerts nature au printemps…

Limits, défis et perspectives : un patrimoine naturel sous pression

Si les résultats sont tangibles, la pression foncière, le développement immobilier et la proximité de la plateforme de Roissy contraignent encore l’action municipale. Quelques limites à relever :

  • Le mitage urbain : terrains en friche grignotés par les zones d’activité, habitats fragmentés, nécessité de dialoguer avec les promoteurs pour « négocier » des trames vertes dans les projets (cf. Ecoquartier du Vieux Pays).
  • La lutte contre les espèces nuisibles et invasives : renards, rats musqués, herbe de la pampa… certains équilibres restent précaires.
  • L’exposition aux pollutions de l’aéroport : bruit, émission de particules et volatiles en danger. La commune expérimente des « haies brise-bruit » et suit l’évolution des populations d’oiseaux avec la LPO.
  • Coût de l’entretien : la gestion différenciée et la pédagogie ont un coût, même si certains financements sont obtenus auprès de la Région ou du Département.

Malgré ces défis, Tremblay-en-France fait figure d’exemple régional dans l’articulation entre croissance urbaine et maintien du vivant. Les prochains contrats de territoire (2024-2027) prévoient l’extension de la trame écologique jusqu’aux abords de la zone aéroportuaire, illustrant une volonté de réconcilier économie et écologie sur le long terme (source : ARB Île-de-France, Ville de Tremblay-en-France).

Tremblay, ville inspirante pour le Grand Roissy et au-delà

L’expérience de Tremblay-en-France montre que l’ambition écologique n’est pas réservée aux villages ou aux villes riches en patrimoine monumental. Même en zone urbaine dense, le pari est possible : à force de pédagogie, de choix techniques adaptés et d’ouverture sur la recherche et l’innovation, la biodiversité peut redevenir une alliée du développement. À suivre (et à s’en inspirer), alors que le Grand Roissy avance vers une nécessaire transition verte.

Sources :

  • Ville de Tremblay-en-France (Dossiers municipaux, bilans annuels espaces verts, 2019-2023)
  • Agence régionale de la biodiversité Île-de-France (et portail https://arb-idf.fr/ )
  • LPO Seine-Saint-Denis
  • INRAE (Etudes sur corridors écologiques Grand Roissy)
  • Seine-Saint-Denis - Parc Naturel Urbain du Sausset

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